‹ Le Recueil littéraireChapitre 1 sur 82 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

TOUT EN CAUSANT

\'oiis qui avez lu. vous qui savez les plaisirs que vous ont donné la lecture ; vous qui avez et .dié, vous qui avez goûté les bonheurs que vous ont procurez l'étude, ne plaigniez-vous pas les ignorants ?

Certains, répondent oui, d'autres répondent non. Moi, je les plains !

Pour (jurllc raison ? je ne saurais mieux dire que A. Djbay, laissons le parler : '• La culture de l'esprit développe toutes les facultés, la mémoire, le jugement, le raisonnement, etc., elle élève l'câme, développe les beaux sentiments, ennoblit le cœur et dirige dans la voie du bien. Elle nous rend bon, aimable, utile et cher à nos semblables, elle resserre les liens qui unissent les époux et les porte à donner une bonne éducation à leurs enfants, devoir sacré ])our tiut citoven qui se croit solidaire envers son pays.

" Enfin, la culture de l'esprit est la source d'une foule de plaisirs et de bonheurs, auxquels l'être ignorant reste toujours étranger.

" O femmes ! ô hommes ! cultivez bien votre esprit, surtout que ce soit dans un but moral. On peut briller par les parures, mais on ne saurait plaire que par l'esprit. C'est l'esprit qui vivifie le corps, qui anime et embellit la physionomie, qui pare de mille charmes, la femme la plus maltraitée de la nature : l'esprit conquiert tout sur la terre, amour, honneurs, gloire et richesses. ''

Les dames américaines ne sont certainement pas en arriére de leur siècle, ils ne dema.ident qu'une chose très simple : voilà des milliers d'années que les hommes gouvernent, qu'on leur confie les affaires du pays ; elles veulent avoir leur tour. C'est que voyez-vous, le dix-neuvième siècle a bien produit l'émancipation des noirs, chez les Yankees, p )urquoi ne commenceraient-i.ls point le vingtième en donnant à la femme le droit de vote, d"être députée et même présidente des Etats- Unis ? Quand on est lancé dans la voie du progrés il me semble qu'on ne doit pas s'arrêter en si beau chemin.

Je parie qu'en plein vingtième sièc:le les candidates auront remplacé les candidats. Quelles élections dans ce temps prochain ? Pour sûr, que dix fois sur dix les hommes mettront les principes de côté et voteront pour la plus jolie femme. C'est mon opinion, du moins, c'est ce que je ferais. Mais aussi dans ce temps prochain, gaie les chignons ! 1 !

Le jour où les femmes seront députées, les perruciuiers seront rois.

\j\\ ami d.' la république voisine m'a envoyé un journal curieux ; " Daiighters of America "' entièrement rédigé par des femmes et ne s'occupant que des droits passés, présents et futurs de la plus belle moitié du genre humain. C'est extrêmement éj)atant et d'un chic... à faire crever de rire, nos spirituelles canadiennes.

LE PETIT RECUEIL LITTERAIRE ô

Cette idée, abracadabrante comme disait Adam Mizare a dû germer dans le cerveau d'un Yankee qui possédait une femme acariâtre. Il a voulu lui donner une occupation. Oui, car, la femme est trop poétique trop idéale pour avoir trouvé cela.

Cependant, si quelques unes de mes lectrices désiraient elles aussi approfondir les grandes questions sociales qui sont du ressort des dames je me ferai un plaisir de lui donner l'adresse du journal, afin qu'elles soient en état de puiser à sa source même, les connaissances nécessaires, qui feront de la femme, r homme d'état par excellence.

La semaine dernière votre humble serviteur faisait sa tournée ordinaire chez les marchands de vieux livres — car il n'y a rien que j'aime tant, que bouquiner, compiler et collectionner — j'achetai un volume trésrare, très poudreux, d'une apparence très misé:aV)le. Rendu chez moi, dans ma petite chambre, dans mon sanctuaire, j'examinais comme

Loin des regards, enfoui dans l'ombre ;

un avare, ce trésor plus précieux pour moi que le vil métar. Soudain entre les feuillets pressés se présenta à ma vue, un papier jauni par le temps, rongé, coupé, percé ici et là. Curieux comme un fils d'Eve, je déi^liai, avec la plus grande précaution, ce papier mystérieux. Jugez de ma surprise quand je lu ce qui suit : (l'ortographe selon l'originale).

CHAX.SON.S NOUVELLE

Antre ba'-us et la meures je passerai mes plus beaux j'">ur lorsque je suis sous la traille dans mamin une bouticlle ma mètres ou prais de mois je vie plus heureux qun roi.

je len brasse quns je veux nous nous et mon tous les deux quan je dorre elle me revielle dans sa mins une boutielle elle aime ame voire entrain souvant elle me varce plain

les son ses amans tranci qui languis jour et nuis de llceur nen veul pas boir peur de trou pies leur mémoire mois jan boi je vis contens comme uns oiseau du piain tant

bacus assis sur un donneau fais la gaire au buveur deaux retire tois cœur de glaice Ce nest pas esi da plaice pour être mon coniagnon faut vider verre et flacon

C'est tout à fait original, mais j'aimerais à savoir toujours i^ar ce que je suis fils d'Eve, quel est l'auteur de cette charmante chansonnciie.

E. Z. Massicotte.

Vers sur un vieux violon trouve par hasard dans la poussière d'une vieille mansarde.

Vieux témoin du passé, qui dors dans la poussière Comme un guerrier vainqueur dans le dernier combat, Comme une lampe éteinte en donnant sa lumière Dans son dernier éclat !

Si tu pouvais briser l'inflexible silence Qui pèse pour toujours sur tes cordes sans voix, Tu trouverais encor la foule avide, immense Des beaux jours d'autrefois !

Tu verrais s'empresser la jeunesse brillante Et l'austère vieillesse, oubliant ses douleurs, Et tu V, rrais tomber, sous ta note vibrante. Une moisson de fleurs.

Mais non ! Le cœur ardent qui te donnait la vie. Qui te faisait gémir, qui te faisait chanter, Est fermé pour toujours à la douce harmonie... Tu ne peux que pleurer !....

Quand l'âme a déserté l'instrument qu'elle anime. Les saints concerts en chœur la suivent glorieux ! Et l'instrument brisé dans sa douleur sublime J-'leure silencieux....

Ami, ne pleure pas : la lyre est immortille ! Pour consoler la terre, en remontai^t aux ^ieux. Elle laisse tomber la divine étincelle Des sons mélodieux !

L'artiste la recueille, et bientôt l'Harmonie, Electrique chaînon, fait vibrer tous les Cieurs ; L'ardent Travail se lève, et prépare au géiue La palme des vainqueurs !

Ami, prête l'oreille aux sonates savantes Qui tiennent sous leur charme un peuple admirateur. Ne reconnais tu pas de tes notes brillantes L'immortelle splendeur ?

Ne retrouves-tu pas l'éclat de ton tonnerre Dans les sons orageux du sombre Beethoven ? Et n'admirestu pas l'accent de ta prière Dans le tendre Jéhin ?

Ducharme, Chatillon, Manleht, Martel, De.'^ève, Font revivre tes chants : tu peux dormir en paix Dans les cœurs canadiens l'harmonieuse sève Ne tarira jamais !

Page 1