‹ Le Recueil littéraireChapitre 14 sur 82 · NOUVELLE · texte numérisé non relu

NOUVELLE

Autour d'un temple enseveli dans une forêt de buissons, des plantes aromaticiues lleu.issaient à l'ombre, en embaumant l'espace, et les oiseaux sauvages improvisaient des chants, lugubres. Dans la chapelle, à la lueur des rayons blafards d'une lampe sainte, sous la nef sacrée, Magaritta, à pas lents, s'avançait tristement. — Chaque palpitation de ce cjeur était une douleur. Chaque élan de cette âme était une invocation. Ses pensées était tristes, ses soupirs langoureux.

Le sanctuaire divin renfermait des révélations intimes, qu'elle arrosait de ses larmes brûlantes.

Elle erraii seule dans les sentiers de la vie. Les baisers lui étaient inconnus et l'amour ne berçait pas son âme pure. Une ombre ne voilait pas son doux regard et les caresses n'accueillaient pas son gracieu.x sourire. De beaux rêves n'enchantaient pas ses nuits et les illusions ne caressaient pas son réveil.

Le bonheur pour Magaritta était un mystère. Sa vie était une nuit sombre, l'espérance ne brillait pas à l'horizon.

Magaritta aimait la nature. Elle s'égarait pensivement dans les prairies désertes dont le morne silence s'harmonisait avec sa tristesse. Le rayon de la lune fuyant à l'horizon, le zéphyr se balançant sur la cime des chênes, les bois avec leurs soupirs mystérieux, le^s oiseaux avec leurs sombres ramages lui rappelaient des souvenirs d'enfance. Chaque note de ce concert nocturne était une voix intime.

Magaritta rêvait sous les ombrages silencieux, ses grands yeux noirs se perdaient dans le vide, ses larmes mouillaient les feuilles tombées de la branche morte ; son souffle brûlant effeuillait la fleur fanée ; sa main glacée protégeait les nid;, suspendus aux arbustes et les boutons de rose oubliés sur la route. Elle voyait Dieu au fond de toute la nature et elle l'adorait dans chacpie reflet de son immortalité. Le nuage était son ombre, l'étoile é.ait son regard. I>'immensité était son nom, <iue ses lèvres paies répétaient pieusement et dans cette chapelle inconnue, elle avait consacré son âme à l'Eternel. Son cœur silencieux ne devait palpiter que pour Lui, et son rcgxrd taciturne cherchait, dans cette nuit sereine, le berceau de ses premières émotions, chacune de ses pensées était un éternel adieu à la nature assoupie, à l'oiseau jaloux, aux ormes silencieux, aux fleurs épanouies. Magaritta disait adieu a tout ce qu'elle avait aimé... Et dans un cloître devait s'éteindre le seul rayon d'espérance qui avait caressé son âme rêveuse. Ces murs froids allaient ensevelir les rêves qu'inspire l'inconnu.

Magaritta allait i)asser sur celte terre sans même y laisser son sou- \enir.

Marik Kousskl.

Nouvelle Orléans.

Page 1