ACTE I, SCÈNE V
plusieurs fois : je suis le fils d'un pâtissier, c'est te dire que mon père... enfin n'est pas toujours la discrétion même. Il y a du désordre dans la maison, ils sont encore plus gênés que moi. Pour éviter les faillites, pour que l'odeur de la boutique n'arrive pas jusqu'ici....
LAURENCE
Tais-toi ! Je ne veux pas que tu sois le fils de ces gens-là.
MALTE, se souvenant, avec des arrêts, des mouvements fiévreux.
Je l'ai été si peu ! J'ai bien été interné à six ans... La vie ne m'est devenue supportable qu'à partir du Borda. Là, j'ai respiré pour la première fois, j'ai cessé d'être un paria écrasé par les hiérarchies de la terre... En mer, il n'y avait de société que la nôtre, celle où nous sommes les chefs. Je n'ai jamais quitté les états-majors, je n'ai changé qu'une fois d'amiral, il y a six ans.
LAURENCE
Six ans déjà! Six ans, et pas un souvenir qui ne soit commun. Depuis six ans la même vie, les mêmes voyages, le même bateau, le même port....
MALTE
Nous sommes plus que des amants. Le métier nous a liés comme le sang. Nous sommes des parents aujourd'hui, vous, la fille d'archevêque, et moi....
LAURENCE, Se souvcnant.
D'abord la station du Levant, le Bosphore, même hôtel à Péra. Le bateau s'appelait le Formidable. Ensuite Alger, l'Amirauté. Ensemble, maîtres de maisons, nous avons reçu des rois, des altesses de toutes les couleurs. Et puis Paris, à la Tactique, et puis l'escadre, aujourd'hui, le Redoutable. [Souriant) Toujours de ces noms-là .