ACTE I, SCÈNE V
MALTE, essayant de se distraire à ces souvenirs.
Et notre premier baiser, vous souvenez-vous ? a daté dune visite royale. Dans les eaux grecques, toute la rade pavoisée, ébranlée de salves, dans un salon pareil à celui-ci....
LAURENCE, regardant le portrait officiel.
Oui, depuis, je ne peux plus voir le portrait de M. Loubet, ni par extension celui de M. Fallières, sans un battement de cœur.
MALTE
Et moi, je ne peux plus entendre un coup de canon sans défaillir !
LAURENCE
Six ans de bonheur... C'est trop beau.
MALTE
Ah ! moi, je ne compte pas le bonheur de si loin. Il y a les années perdues. Pendant trois ans, ma chérie, vous avez été une gâcheuse ( i ).
LAURENCE
Je valais mieux qu'aujourd'hui... et je ne t'aimais pas moins. *
MALTE {il lui passe la main sur le front pour chasser les mauvaises pensées) .
A quelle heure rentrez-vous à terre?
LAURENCE
Ce soir avant les couleurs. [Malte la regarde.) Non, mon Georges, je t'en prie.
(i) Il me semble que^eci tranche la question soulevée de la paternité Malte. En lui attribuant l'ËÛné des enfants de Laurence, on en faisait bien surérogativement « le père du mensonge ».