ACTE I, SCÈNE V
MALTE
Oh ! Laurence, encore des scrupules?
LAURENCE
Des scrupules? Je n'ai p^s su en avoir, {baissant la tète) mais des remords... (// lui saisit le bras. Avec une Contraction de subite et d'extrême souffrance, elle se dégage.)
MALTE, étonné.
Qu*y a-t-il? Je t'ai fait tant de mal? (// relève la manche, il étouffe une exclamation de surprise et arrache vivement un bracelet.) Un bracelet de fer, Laurence ! Je te l'interdis. Et tu portes un cilice, j'imagine, et tu gardes les marques de la discipline et voilà pourquoi tu ne veux pas....
LAURENCE, humblement.
Oh ! je n'ai pas la prétention d'expier, ni de ( 35 )
tricher avec le ciel. Je ne demande rien pour moi. C'est pour toi, c'est pour mes enfants....
MALTE, très ému.
Je te défends, m'entends-tu? Je te défends de m'abîmer ma maîtresse... ; et quant à tes remords, ah ! ma pauvre enfant, pourvu qu'ils ne te fassent pas de mal, garde-les bien tes remords, le bonheur de demander pardon.
LAURENCE
Oh ! Georges, comme tu es léger... Comment ne souffres-tu pas de nous aimer dans le mal ?
MALTE [sorte de rêverie figée, raidie).
Le mal? Qu'est-ce qui est le mal?... Le mal, c'est le regret atroce, irréparable, du bonheur qu'on n'aura pas eu, parce qu'on hésite et que la mort vous emporte. Nous n'avons pas le temps, nous n'avons pas le temps de souffrir ! Ah ! les garrottés que nous sommes et le bon