ACTE III, SCÈNE V
sire une chose : que mes amis attendent au moins des preuves avant de me croire un criminel d'Etat. (Feugères détourne la tête comme si le ton de Malte le gênait.) Voyons, ce ne sont pas ces malheureux papiers, Feugères, ces rognures.... Nous faisons tous de la photographie.... {Feugères a des larmes dans les yeux.) Tu as autre chose, tu as autre chose contre moi? Dis-le... à moins que tu ne craignes de compromettre ton instruction, puisque c'est toi qui assumes la besogne... Et pour le dire en passant, mon cher, il me semble qu'il y avait là matière à quelque scrupule.... {Un temps). Nous avons le même âge, Feugères, et tu as dit un jour en parlant de moi : « Mon ami, Malte? non pas : mon chef ».
FEUGÈRES
Comment peux-tu aujourd'hui, comment peux-tu rappeler ces souvenirs?
MALTE, avec force.
Feugères, au nom de ces souvenirs, dis-
moi quelle preuve tu détiens contre moi !
FEUGÊRES, haussant les épaules.
La plus grande preuve est l'état où tu me vois.
MALTE
Ah ! parle .... Comment en es-tu venu ? . . . quand il s'agissait de moi, de moi....
FEUGÊRES, sourdement.
On te le dira. Tu as été d'une imprudence folle.
MALTE, interdit.
Ah !...
FEUGÊRES.
Assez, je t'en prie.... Veux-tu me suivre ? ( 178 )