‹ Le Réflexe Naso-oculaire: Contribution à l'étude du Réflexe naso-facio-oculaireChapitre 5 sur 30 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

P.-Emile WEiL définit ainsi le Réflexe Naso-facial: « Chez un individu normal, l'introduction dans la narine d’un tampon d’ouate monté sur un stylet provoque, du côté excité, une réaction congestive des paupières, du nez, de la conjonctive, en même temps qu’une réaction de larmes. Si la vaso-dilatation et la rougeur s'étendent au front, aux joues jusqu'aux oreilles et au cou et s’accompagnent d’une transpiration plus ou moins forte, le Réflexe est intense. En cas de Réflexe faible, l’œil du côté excité devient un peu larmoyant, et les vaisseaux de la conjonctive oculaire sont seulement un peu plus apparents que normalement. Ayant observé la coloration de la face et l’état des pupilles, le malade regardant un point fixe au plafond, on pouse le tampon d’ouate jusqu’au méat supérieur, et l’on note du côté examiné l'étendue et le degré de congestion, l’abondance du larmoiement et sa rapidité de production et si la réaction est diffuse sur le cou et l’autre moitié de la face. Parfois, il peut se produire une mydriase bilatérale légère. Si l’on bouge le tampon d’ouate, l’on peut constater un hippus très vif et très rapide. Il nous a été donné de

voir parfois une légère exophtalmie du côté excité. Enfin, il ne faut pas négliger les effets à distance, qui peuvent être une vaso-dilatation de la poitrine rappelant l’érythème pudique, et des modifications des rythmes cardiaque et respiratoire. La même recherche sera faite du côté opposé. Le Réflexe naso-facial, qui est un réflexe purement sympathique, permet d’interroger le Système sympathique de la face et, de plus, de connaître le degré d’excitabilité du Système sympathique du sujet examiné. » |

Le Réflexe que nous nous proposons d’étudier et auquel M. SARGNON a donné le nom de Réflexe nasofacio-oculaire, est, dans son essence même, le Réflexe de P. Emile WErr, avec cette différence que les phénomènes purement oculaires ont attiré plus particulièrement l’attention des .expérimentateurs de la Clinique du Professeur ROLLET, M. COLRAT ayant eu l’idée de rechercher, à l’aide du tonomètre de BAILLART, les modifications de la tension artérielle rétinienne au moment où le tampon d’ouate est introduit dans les narines. Le fait clinique qui a servi de point de départ à ces recherches est l'amélioration brutale et rapidement progressive de la névrite rétrobulbaire observée à la suite de la plus minime intervention endonasale. Dans deux cas publiés, on a pu constater, en effet, outre cette amélioration, une baisse assez notable et en tout cas persistante de cette tension artérielle. On est alors en droit de se demander si des améliorations de cet ordre, difficilement explicables, ne seraient pas dues à une modification durable du

tonus vaso-moteur dans le domaine du Sympathique

cervical, à la suite de l’intervention endonasale. MM. COLRAT, SARGNON et MOUNIER-KUEN, dans une communication au Congrès d’Oto-Rhino-Laryngologie de 1926, ont cherché à résoudre la question dans ce sens.

Le Réflexe Naso-Facio-Oculaire, ou encore plus simplement Naso-Oculaire (ROLLET), n’est en somme qu’une modalité du Réflexe de P. Emile Wei. Tous deux ont par conséquent de multiples points communs et nous serons obligé de traiter des questions relatives à l’un et à l’autre. Pour commencer, nous allons envisager le problème si discuté du Ganglion sphéno-palatin.

Pendant longtemps, on a voulu faire du Ganglion de Meckel, ou Ganglion sphéno-palatin, le véritable centre de toutes les réactions déclanchées par la mise en jeu du Réflexe. De nombreux auteurs ayant constaté l’amélioration de douleurs névralgiques, de rhinite congestive, spasmodique ou à bascule, d’hydrorrhée nasale, voire même d’asthme, à la suite d’applications de cocaïne sur la muqueuse du cornet moyen, tout près du Ganglion, voulurent créer une nouvelle entité morbide : « la Maladie du Ganglion ou Syndrome sphéno-palatin. En quoi consiste exactement ce syndrome ? SLUDER nous le définit, lors de la présentation à la Société de Neuro-Oculistique en janvier 1923, d’une malade ayant comme cortège symptomatique une série de crises dont les caracteres étaient les suivants : Ces crises avaient lieu surtout la nuit, à la même heure, vers 2 heures du matin. La malade était réveillée par des sensations de brûlures intenses à l’intérieur de la fosse nasale droite qui finis-

Me saient par déterminer une douleur violente, pénible dans la profondeur. A ces sensations de douleurs, brûlures, picotements, venaient s’ajouter du larmoiement, de l’enchifrênement et de l’obstruction nasale, enfin l'écoulement de liquide clair. Le diagnostic de Syndrome sphéno-palatin et, en particulier, de névralgie du Ganglion, fut confirmé par DUVERGER; une application de cocaïne adrénalinée fut pratiquée : « placée au-dessus et immédiatement en arrière de la queue du Cornet moyen droit au niveau du frou Spéno-palatin ». Ces troubles bruyants disparurent immédiatement après l’application et l’auteur d’affirmer qu’il en avait été de même chez des malades souffrant depuis des années de troubles analogues.

Une telle communication devait soulever de nombreuses controverses. La plupart des Rhinologistes, parmi lesquels nous citerons BOURGUET, BARRÉ, SAR- GNON et BERTEIN, quantité d’Américains, se basant sur leur expérience personnelle et sur les données classiques de l’Anatomie et de la Physiologie relatives au Ganglion s’opposèrent formellement à cette conception beaucoup trop séduisante pour n’être pas théorique. C’est qu’en effet, s’ils ne sont pas d’accord, avec SLUDER et ses partisans, pour reconnaître au Ganglion de Meckel une influence aussi prépondérante sur l'équilibre neuro-végétatif du Système trijéminosympathique, c’est que ces derniers se sont appuyés sur des données anatomiques anciennes que l’on considère de nos jours comme erronées. Nous verrons, d’ailleurs, dans deux des chapitres suivants, que le Ganglion, aussi bien au point de vue physiologique

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qu’au point de vue anatomique, possède, en tant que centre autonome, une valeur qui lui est de plus en plus contestée. Pour le moment, nous dirons simplement ceci : Au point de vue anatomique, il est démontré que la majorité des filets nerveux qui se rendent à la pituitaire traversent ou côtoient le Ganglion, mais ne s’y interrompent pas. De même, les filets qui partent de la pituitaire, pour se diriger en apparence vers le Ganglion, suivent, en réalité, la voie du Nerf sphéno-palatin. Or, contrairement à ce que pensaient les anciens auteurs, le Nerf sphéno-palatin ne naît pas du Ganglion, mais tire ses filets propres du Nerf maxillaire supérieur, branche du Trijumeau. Ceci prouve donc que le Ganglion, loin d’être le centre de l'arc réflexe, n’est, comme le dit BOURGUET, qu’un poste placé sur la voie du Trijumeau et du Sympathique. A ces données viennent se joindre des considérations physiologiques. Les expériences de PRÉVOST, faites en 1866, celles de CHAVANXE, JUNG et TAGAND, faites récemment, en 1925 et en 1926, renforcent les arguments anatomiques. En effet, PRÉVOST, sans s’attacher à l'étude d’un réflexe qui, à son époque, était encore dans l’ombre, rechercha cependant la part qui revenait au Ganglion de Meckel dans la physiologie de la pituitaire et de la musculature du globe oculaire. Ses expériences ont démontré que le Ganglion n'intervient ni dans la sensibilité tactile et sensorielle, ni dans la nutrition de la muqueuse pituitaire. Elles ont apporté un appoint précieux aux arguments qui faisaient déjà du nerf Sphéno-palatin une branche du nerf Maxillaire supérieur. D’autres physiologistes vin-

rent qui ne reconnurent plus au Ganglion que la valeur d’un Ganglion Sympathique.

De nos jours, les expériences pratiquées par CHa- VANNE, JUNG et TAGAND confirment celles de PRÉVOST, et de nombreux auteurs tels que BOURGUET (dans un article publié dans l’O.-R.-L. Internationale) réduisent presque à néant les fonctions du Ganglion de Meckel, qui ne tiendrait sous sa dépendance ni la sensibilité, ni la turgescence de la pituitaire, ni la sécrétion nasale, ni la sécrétion salivaire, ni les fonctions pulmonaires et cardiaques. Ce serait un tort, par conséquent, de lui imputer des troubles tels que : douleurs névralgiques, rhinite congestive, spasmodique ou à bascule, hydrorrhée nasale, troubles salivaires et gustatifs, toux, asthme, tachycardie.

Nous concluons en disant que le Ganglior de Meckel, depuis qu’il a attiré sérieusement l’attention d’Anatomistes tels que POIRIER, CUNÉO, HOVELACQUE et de Physiologistes comme PRÉvOST, MorAT et Doyon, CHAVANNE, ne doit plus être considéré comme un des auteurs principaux du déséquilibre neuro-végétatif. La thérapeutique, qui consiste à l’attaquer par les badigeonnages et les injections modificatrices est purement illusoire, car prétendre arriver au Ganglion par la voie endonasale, à l’aide de ces simples procédés, c’est vouloir, semble-t-il, jeter un défi au bon sens : le Ganglion, qui est de la grosseur d’un pois, est séparé des fosses nasales par une lame osseuse recouverte de sa muqueuse ; quant au {rou Sphénopalatin qui semble le mettre en communication avec la cavité nasale, il est lui-même fort peu accessible;

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recouvert par la muqueuse, il est trop petit et trop profondément enfoui sous le cornet moyen pour qu'il soit possible de l’apercevoir et d’atteindre, par cette voie le Ganglion, à l’aide du simple porte-coton ou d’une aiguille aveugle.

Au cours de cette introduction, nous avons défini le Réflexe Naso-facial couramment employé depuis 1916 ; nous avons dit ensuite quel était le but des recherches entreprises à la Clinique du Professeur RoLLerT; elles ont permis, en attirant spécialement l'attention sur les réactions oculaires qui se produisent au moment où se déclanche le Réflexe, d’ajouter aux phénomènes observés par P. Emile WEiL et les rhinologistes, les modifications qui ont lieu dans la circulation artérielle rétinienne. Le Réflexe, tel qu’il est étudié dans cette clinique, est donc une modalité du Réflexe Naso-facial. Il a pris tour à tour le nom de Réflexe Naso-facio-oculaire (SARGNON) et de nasooculaire (ROLLET).

Nous avons ensuite abordé la question du Ganglioñ de Meckel et exposé l’opinion des Rhinologistes en ce qui concerne son rôle dans les troubles réflexes d’origine nasale. Nous reparlerons de lui dans les « DOoNNÉES ANATOMIQUES », et dans le chapitre consacré à | « ETUDE PHYSIOLOGIQUE DU RÉFLEXE >» nous verrons que des Auteurs comme GUILLAUME admettent que ce Ganglion appartient au système Para- Sympathique. Dans ces deux chapitres nous nous occuperons surtout de l’Anatomie nerveuse des régions nasale et oculaire, qui peuvent être intéressés par le Réflexe et nous mettrons en relief les données physio-

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