‹ Le Réflexe Oculo-Cardiaque dans les Maladies Nerveuses et MentalesChapitre 25 sur 27 · PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

PATHOGÉNIE

Comment devons-nous interpréter ces résultats ? Il faut, nous semble-t-il, envisager deux ordres de faits. Le réflexe oculo- -cardiaque est modifié par deux catégories de phéno- . mènes. Le centre ou les voies du réflexe peuvent tout d'abord êlre altemis de lésions qui altèrent plus ou moins la forme ou l'intensité de la réaction nerveuse. D'autre part, les voiés centrifuges de l'arc nerveux, c'est-à-dire le pneumogastrique ou le sympathique, présentent parfois des troubles fonctionnels se traduisant par des modalités particulières du réflexe. |

Nous nous occuperons, en premier lieu, des états dans lesquels les modifications du réflexe s'expliquent par l'étude anatomo-pathologique. | |

Dans le tabes, par exemple, l'abolition du réflexe oculaire, signalée par Miloslawich, puis par Lœper et Mougeot, paraît due à une lésion du mésocéphale, Déjérine et Thomas disent que, dans le tabes classique, les racines postérieures des nerfs crâniens et surtout du triJumeau sont le siège de lésions fréquentes. La cinquième paire représente, en effet, une racine postérieure, et l'on, connaît bien l'affinité du processus tabétique pour toutes les racines postérieures de la moelle ou du. cerveau. Fraenkel a, lui aussi, mis en évidence les lésions du V dans le tabes. Il n’est pas besoin, pour comprendre l'abolition du réflexe oculo-cardiaque, de recourir aux lésions

nucléaires el à la névrile du vague, qui ont été constatées

tation qu il a transmettre aux Lire du ee as k qui traversent son noyau sensitif. Elle est. donc un signe de: __ tabes supérieur, et constitue un symplôme analogue au signe” sh L * d'Argyll- Robertson, qi elle Roues PROD dans son spa Eu rition. RNA TNT af “Le réflexe oculo- -cardiaque est aussi presque constamment. 453 Labot: dans la maladie de Parkinson. C'est ce qu ‘ont constaté: | À Lesieur, Vernet et Petzetakis, quinze fois sur seize cas: La po: compression oculaire ‘augmente en même temps le tremblement. Les mêmes auteurs ont examiné un malade à type par- kinsonien unilatéral, etn ‘ont pas troûvé d’abolition du réflexe. mais seulement une diminution du côté malade. “Cela semble

#0 Te)

3 correspondre à une unilatéralité des lésions. Oh ne peut incriminer des troubles de l'excitabilité des nerfs , pneumogas- E 4 tique ou sympathique : aussi Lesieur, Vernet, : Petzetakis pensent- -ils à une altération du centre du réflexe oculo-cardiaque. Ils se basent sur les études anatomo- -pathologiques: Grasset croit que les centres automatiques bulbo-protubérantiels sont souvent lésés dans la paralysie agitante. Vires émet la même hypothèse. Or, c'est en cé point qu'on localise le centre du réflexe oculo-cardiaque. D'ailleurs, pour Grasset, la maladié de Parkinson est due à un trouble de l'appareil nerveux de l’équilibration. Cela explique leur tremblement, 3 “défaut d'équilibre du tonus normal, leurs pulsions, leur

Aù

adiadococinésie.

Tous ces symptômes se rattachent à un syndrome. cérébelleux fruste et peuvent s'expliquer par une lésion ponto- . cérébelleuse, intéressant le centre du réflexe oculo-cardiaque: Cette hypothèse explique bien l'unilatéralité du tremblement dans certains cas, et les variations du réflexe avec l'état de

la maladie. Ces faits nous indiquent enfin: qu'on ne peut plus considérer cette maladie comme une pure névrose. Quand | il n'existe, en effet, aucune lésion nerveuse centrale, comme dans les tremblements sénile et alcoolique, le réflexe oculacardiaque est toujours normal. ;

Dans la sclérose en plaques, le réflexe est variable, comme la localisation mème des plaques de sclérose. Une plaque au

centre même du réflexe explique les cas d’abolition. On a

signalé souvent des plaques de sclérose sur le‘trajet du sympathique, qui est une voie centrifuge possible du réflexe. La paralysie générale, quoique fort souvent d' origine syphi-

Jitique, à montré rarement l'abolition du réflexe. On a cons-

laté, au contraire, de forts ralentissements. Ces fails seraient en rapport avec des phénomènes d'irritation bulbairé, mis en évidence par les troubles sécrétoires, circulatoires, respiratoires et de la déglutition qui se.montrent au début de la maladie. 43,4

Nous ne reviendrons pas sur les modifications du réflexe chez les pseudo-bulbaires, ni sur l'explication qu'en donnent : Guillain et Dubois.

Ïl nous reste maintenant à étudier comment certaines maladies sans lésions organiques du système nerveux. peuvent agir sur la modalité du réflexe. Il s’ ‘agit alors d’ une irritation superficielle et de réactions purement dynamiques.

Nous savons déjà que l'excitation transmise par le iris

meau se projette au cœur par les deux systèmes modérateur et accélérateur. La facon dont le cœur réagit dépend de l'état de ces deux systèmes. Il est d'un intérêt très grand de rechercher dans chaque cas si les phénomènes pathologiques prédominent sur la-partie sympathique ou sur la partie pPneumogastrique du plexus cardiaque.

Eppinger et L. Hess, en 1910, réussirent à isoler parmi les réactions nervéuses de.leurs malades deux groupes cliniques

LA

bien distincts, suivant que ces réactions prédominent dans le territoire du vague ou dans celui du sympathique.

Cheïinisse aboutit aux mêmes conclusions dans un travail

paru dans la Semaine Médicale du 20 novembre 1912,

Eppinger et Hess ont donné le nom de vagotoniques aux individus chez lesquels l’activité du sy stème nerveux autonome * Venpôrte de sympathicoloniques à ceux chez qui prédomine l'activité sympathique.

Le malade vagotonique a de la pâleur de la face, de l'anesthésie pharyngée, de la tendance à la myopie. C’est un nerveux, il transpire facilement et abondamment. Ses paupières sont largement fendues, ses lèvres épaisses, son nez épaté. L'orifice buccal du pharvnx est rétréci par une luette très développée, et par des anrygdales hyertrophiées.. Dans les antécédents du sujet, on note souvent la scrofule ganglionnaire. On observe de l'éréthisme cardiaque. La bradycardie

est fréquente, mais on note de l'irrégularité du rythme cardiaque. Des palpitations apparaissent au moindre effort. Le

vagotonique présente encore une tendance manifeste à l'asthme, à l’hypersécrétion gastrique. Ordinairement, il a de

Ja constipation spasmodique avec des crises de diarrhée. Les

mictions sont fréquentes, les réflexes sont exagérés.

Le type sympathicotonique doit s'opposer au vagotonique. Il est ordinairement plus âgé que celui-ci. Il présente de la rougeur du visage en placards, de la dilatation des pupilles, de la tachycardie continue. Il y a une légère hypertension artérielle. La motricité gastrique est plutôt diminuée, les fermentations sont fréquentes, la“diarrhée habituelle. La palpation de l'abdomen est très douloureuse, augmente la rougeur de la face et la mydriase. |

Mais ces deux syndromes ne se présentent pas toujours aussi nettement. Ils s'intriquent parfois et les phénomènes qui les constituent participent des deux ordres de réactions. En

général, Éopenue tr il y a prépondérance de l'un des deux

systèmes. PAR

La nature des phénomènes Le chacun des deux types va

s'explique aisément, par ce que nous savons du rôle des deux nerfs en cause. | Eppinger et ne ont montré que le système nerveux auto=

nome, constitué par la X° paire, à laquelle ils adjoignent le. moteur oculaire commun et la corde du tympan, exerce vis:

à-vis du sympathique une action diamétralement opposée.

Le système autonome fait contracter la pupille, relâche la |

zonule de Zinn, ralentit le cœur, accélère les mouvements

péristaltiques de l'intestin, fait sécréter enfin les sucs gas- :

trique et pancréatique. Le sympathique dilate la pupille, fait sallir l'œil, accélère le cœur, inhibe les mouvements de l'intestin, relâche le sphincter anal, donne de la glycosurie et de la polyurie. (J. Gautrelet, Gazette des Hôpitaux, juin 1911.) &

Pour distinguer les manifestations pneumogastriques ou sympathiques, Eppinger et Hess ont utilisé une méthode pharmacologique. La pilocarpine est l’excitant spécifique du système nerveux autonome, l’adrénaline l'excitant du sympathique. |

Le vagotonique présente à l'épreuve de la pilocarpine une sialorrhée et une sudation abondantes. Le sympathicotonique réagit, au contraire, à l'épreuve de la pilocarpine. Il présente de la tachycardie, de l'hypertension, des palpitations, enfin de la glycosurie, si on lui fait ingérer 100 gr. de glycose une heure avant l'injection. =

Czermack avait déjà proposé auparavant une méthode dif-

férente, qui consiste à exercer au niveau du cou une compres-

sion directe des pneumogastriques. Les hypervagotoniques ralentissent fortement dans cette épreuve leur rythme cardiaque. Celle épreuve n'est pas employée en clinique, elle est infidèle et dangereuse. On ne sait pas quel est l'organe, pneu-

— 51 —. , | mogastrique, carotide ou ganglion cervical inférieur, US l'on : comprime plus spécialement. |

Enfin, la dernière méthode, la plus récente et la moins

connue pour rechercher la vagotonie, c'est le réflexe oculo-

d'hypersympathicotonie, son exagération accompagne lhy-— (Ne boiie. |

KT

Dans la maladie de Basedow, cerlains malades réagissent ne des sympathicotoniques, d'autres comme des vagotoniques. Quelques- uns, tout en montrant une excitabilité anor-

male du sympathique, ce que lraduit la lachycardie, ont en même temps de l'hyperexcitabilité du pneumogastrique, mise

en évidence par les épreuves de la pilocarpine et de l'adré-

naline. Ces phénomènes s'expliquent par ce fait que la thy-

roïde, dont le dysfonctionnement produit le syndrome de Basc-

| dow, éxerce son action sur les deux systèmes à la fois, autonome et sympathique.

Dans l'épilepsie, l’exagération du réflexe oculo- -cardiaque répond à une excitation bulbaire anormale, démontrée par la glycosurie, l’albuminurie, la polyurie, obtenues chez un épileptique par la compression oculaire.

= Enfin, dans la mélancolie à forme anxieuse, il n'est pas étonnant que le réflexe soit aboli, puisque ce sont des malades hypersympathicotoniques. Certains auteurs ont même fait de la mélancolie une maladie du système sy mpathique.

L'étude de l’antagonisme des systèmes nerveux sympathique et autonome et la recherche de leur insuffisance ou de leur hyperexcitabilité, ne sont pas d'ordre purement théori- __ que. Nous venons de voir comment elles peuvent éclairer = la pathogénie de diverses affeclions. Nous allons montrer | qu'elles peuvent servir de base à la thérapeutique.

En effet, les glandes à sécrétion interne peuvent se diviser en deux groupes, suivant que leur ‘sécrétion excite le système sympathique ou le système autonome. ù

cardiaque. Pour Miloslavich, l'absence du réflexe est signe

Les nc Le Fe jhyroïde; l'hypophyse activent. Técates

bilité du sympathique. Au contraire, le pancréas et l'ovaire excitent spécifiquement le preumogastrique.

Minkowski et Hédon ont montré que l’ablation toraté du pancréas entraîne là glycosurie. Or, Frouin, Mayer, Zukzer

ayant extirpé les surrénales d'un animal dépancréaté, notè-

rent que la glycosurie ne lardait pas à s arrêter. Lœvi croit

que le rôle du pancréas est de résister à l'activité des splan- |

Mmalion intense du glycogène hépatique en sucre.

-chniques, dont l'excitation normale déterminé une transfor-

Les deux groupes de glandes ont un antagonisme fonction-

nel évident. L'ablation du pancréas agit comme l'injection d'extrait surrénal, elle provoque la gly cosuric, la polyurie et

l'azoturie. De même, si les surrénales, l'infundibulum hypo- :

physaire, la thyroïde augmentent le métabolisme de calcium,

le pancréas et l'ovaire le diminuent. Les prémières aûgmen-

tent Ja pression artérielle, le pancréas et l'ovaire la font baisser.

Enfin, dans les aulopsies, il est fréquent de : voir : l'hyperrophie des surrérales et de la thyroïde là où l'ovaire est atrophié (Rénon).

Tous ces exemples montrent que ces deux groupes glandu-

laires agissent électivement sur l'un ou l'autre des systèmes

nerveux, autonome et sv mpathique. Lorsque ceux-ci sont troublés” dans leur fonctionnement, ‘on peut donc à bon droit suspecter l'insuffisance où l'hyperfonctionnement d'un groupe de glandes endocrines et Y remédier par l’opothérapie. Lorsque ces troubles sont peu marqués, la prédominance légère de l’un ou l’autre des systèmes présidant à la vie de nutrition, constitue un des Substratums du tempérament et de la constitution (F'alta). Pendant le sommeil, il existe une prédominance relative du système autonome (Bauer).

Page 1