CHAPITRE
S Historique
Les physiologistes ont décrit, dans des expériences devenues classiques, des phénomènes qui paraissent les premiers en date dans l’histoire du Réflexe Solaire.
Brown-Séquard (1), en 1856, écrasait entre les mors d'une pince le ganglion semi-lunaire droit du chien et obtenait par ce traumatisme l'arrêt presque immédiat des
mouvements du cœur. |
Goltz, en 1862, expérimentant sur la grenouille, pro-
duisait ce même réflexe d'arrêt du cœur en diastole, par
un coup porté brusquement sur l'estomac mis à nu.
Au cours de ses nombreuses recherches sur le plexus : solaire, Laignel-Lavastine (2) a vérifié que le phénomène n'avait pas lieu si l’on faisait une section préalable des nerfs splanchniques ou pneumogastriques. Il remarqua d'autre part que cet arrêt du cœur « ne se produit pas non plus, après ablation complète du plexus solaire chez des chiens à qui on donne un coup violent sur l'épigastre,
(x) Archives générales de Médecine, 1856, VI, /p. 583. (2) Thèse Paris, 1903.
tandis que ce traumatisme entraîne la mort ou la syncope des animaux sains. » : QE
Ces expériences, après avoir mis en lumière d’une façon générale l'importance du système nerveux de la région sous-diaphragmatique dans son ensemble, avaient spécialement fait connaître l'influence que peuvent avoir
sur la fonction circulatoire, des excitations ordinaire-
ment violentes portées sur la région épigastrique où les
organes qui lui sont sous-jacents. De ces résultats Den vent être rapprochés les cas de « mort par inhibition » bien connus des médecins légistes qui portent ce diagnostic quand un traumatisme violent de l’épigastre a entratné la mort subite, sans qu'on puisse trouver, à l’autopsie, de lésions qui l’expliquent (Brouardel). . PRET T
On était cependant loin de penser à à utiliser en sémiologie médicale des phénomènes provoqués de la sorte ét les modifications circulatoires que l’on peut déterminer en clinique par l'excitation provoquée du sympathique sous-diaphragmatique étaient insoupçonnées.
André Thomas ef J.-Ch. Roux (1) présentent le 23 mai 1914 à la Société de Biologie une note qui marque les pre-
mières constatations faites à ce sujet et qui est ainsi inti--
tulée : « Sur les modifications du pouls radial consécutives aux excitations du sympathique abdominal (Plexus solaire et ramifications terminales): — Réflexe cœliaque
hypotenseur. » L’excitation porte sur le plexus solaire
directement par pression épigastrique ou sur les bran-
ches terminales du plexus au niveau des viscères qu'il
(1) Soc. Biologie, 23 mai 1914.
innerve. « L'irritation du plexus solaire’ par compression peut exercer une action immédiate sur la circulation, facile à apprécier par la simple palpation du pouls, dans certains cas. Tandis que de lâ main droite on palpe la paroi abdominale à égale distance de l’ombilic et de l’'appendice xiphoïde, c’est-à-dire au niveau du creux épigastrique, la main gauche explore le pouls radial. Lorsque les doigts de la main droite s'enfoncent dans la profondeur, il arrive un moment où le pouls radial devient moins fort ; chez quelques individus, il peut même disparaître complètement, le pouls file sous le doigt : c’est le réflexe cœliaque hypotenseur. » Il s’agit donc d’une diminution d'amplitude du pouls, mais à laquelle peut s'associer une diminution du nombre des pulsations : « plusieurs fois il nous est arrivé de constater que le pouls se ralentit en même temps qu'il fléchit et le ralentissement persiste quelquefois alors que la compression a cessé. » Les auteurs mettent le clinicien en garde contre les grandes inspirations du malade qui pourraient troubler le résultat et contre une pression trop profonde qui intéresserait l'aorte, alors qu’une pression énergique et pénible n'est pas nécessaire. « L'affaiblissement du pouls peut être tel que celui-ci devienne imperceptible, sans que la pression de la paroi abdominale n'ait été forte ni douloureuse. » Les cas cliniques où ces phénomènes ont . pu être provoqués se rapportent plus souvent à des sujets névropathes avec angoisse épigastrique ou troubles dyspeptiques, qu’à des malades atteints d’affection organique du système nerveux ; par contre le réflexe a été, d'une part, absent chez des malades appartenant à l’une
de ces catégories et, d’autre part, constaté chez des sujets:
n’appartenant ni à l’un ni à l’autre de ces deux groupes., André Thomas et J.-C. Roux posent enfin les questions de la fréquence, du mécanisme et de la valeur sémiolo-, gique de ce phénomène et émettent l'hypothèse d’une action réflexe agissant plus vraisemblablement sur le cœur que sur la circulation périphérique.
Si intéressant que soit le phénomène constaté par André Thomas et J.-Ch. Roux, il ne fut pas l'objet de recherches cliniques ultérieures destinées à en fixer la nature et à en utiliser la signification. |
On peut en rapprocher, cependant les odoraal faites par G. Blechmann (1) en 1917 : chute brusque de la pression artérielle avec parfois absence de toute oscillation au Pachon chez les blessés de l'abdomen et au cours de laparotomies au moment du lavage du péritoine à l'éther. Ces faits, apparentés au mécanisme du choc, ont été observés aussi par H. Barnsby (2), A. Mac Glennan (3), .
: G. Jeanneney (4) et rappelés récemment par G. Blech-
mann (5) ; cet auteur donne la relation d’un cas où la chute de pression correspondit à une douleur atroce dans
() L'étude de l’état de schock dans une ambulance de l’avant. Déduetions thérapeutiques. Réunion méd. nue urg. de Ja IT armée, 3 et 17 jauvief 1917.
(2) Société de Chirurgie, séance du 23 mai 1077:
‘(8) Modification de la pression sanguine au cours des opérations
abdominales. — Journ. of the americ. méd. Assoc, 9 juillet 1921, -
t, LXXVII, n° ».
(4) Les hypotendus en die gie. — Gaz. des HO HUE 27 EEE
(5) Choc et atome qe l'abdomen. — Gaz. des Hébdiue. 17 et 19 avril 1923.
la région épigastrique, chez un laparotomisé à l'anesthésie locale, ;
M. le Professeur Henri Claude (1), au cours de ses recherches destinées à multiplier les procédés d’exploration du système nerveux involontaire, mit au rang des différents réflexes traduisant des états fonctionnels variables de ce système, les modifications circulatoires et plus précisément les modifications oscillométriques con-
sécutives à la pression méthodique du creux épigastrique.
Sous le titre « Le Réflexe du Plexus Solaire » il présente
à la Société de Biologie le 12 février 1921 une note dans laquelle, après avoir rappelé la communication d'André Thomas et de J.-Ch. Roux, il expose sa technique et ses résultats personnels obtenus avec l'oscillomètre de Pachon. « Je déprime doucement et progressivement la région, épigastrique en remontant vers le diaphragme jusqu'à ce que je sente les battements aortiques et au bout d’un temps variable suivant les individus (4, 5 secondes à 20 ou 25 secondes) je vois les oscillations dimi- nuer d'amplitude et dans certains cas l'aiguille rester immobile. Si l'on vient à relâcher la compression, après quelques secondes, k£ oscillations. reparaissent, deux ou trois sont plus amples parfois, puis elles reprennent leur amplitude antérieure. Cette compression n'a jamais été douloureuse et n'a jamais provoqué aucun malaise : elle n’était continuée d’ailleurs que pendant un temps assez court. Nous avons vérifié les modifications de la contraction cardiaque à l’écran radiologique et constaté que les
(x) Société de Biologie, 12 février 1927.
plitude des contractions était très réduite. »
M. Henri Claude . obtenu ce réflexe avec grande
netteté pour la première fois chez un tabétique atteint de
ee étaient diminués dans leur intensité et l'am-
crises gastriques, puis chez-une mélancolique anxieuse et
délirante, dans un cas de pseudo- -tabes alcoolique, etc. ; chez d’autres sujets le réflexe était absent ; chez d’ autres enfin, il était inversé, c'est-à-dire caractérisé par l'augmentation de l'amplitude des oscillations au Pachon.
| Des variations étaient également constatées à la suite d’injections d'extraits hypophysaires qui firent disparaitre le réflexe, à la suite d’injections de pilocarpine qui le firent apparaître, alors que dans d’autres cas ces produits in jectés avant la compression épigastrique restèrent sans effet. Enfin, chez les malades qui présentaient un réflexe nettement positif, le réflexe oculo-cardiaque fut variable, tantôt positif, tantôt négatif, tantôt indifférent.
Aussi, M. Henri Claude restait très réservé dans l'interprétation de ces faits et ajoutait à leur relation les remarques suivantes : « Il est donc impossible de tirer actuellement des conclusions sur la valeur sémiologique de ce réflexe, ni sur sa nature, ni de préciser quels sont les éléments du système nerveux sympathique ou parasympathique qui sont en cause, IE est très probable cependant que c’est le plexus solaire qui est actionné dans cette épreuve. » |
Cette communication de M. Henri Claude à la Société de Biologie fut le point de départ de discussions et de faits
nouveaux apportés aux débats. \
M: P. Brodin (r) rapproche des résultats obtenus par M. Henri Claude, les constatations qu'il a faites au cours des pneumopéritoines pratiqués dans le service du Professeur Chauffard et qu’il estime en rapport avec l'excitation du plexus solaire et de ses branches. Il s’agit d’un ralentissement du pouls d'environ dix pulsations par minute, se produisant au moment où le malade se plaint d’une sensation de barre épigastrique, c’est-à-dire alors que la distension de l'abdomen est assez marquée ; ce ralentissement persiste plusieurs heures, même une journée, suivant la rapidité de résorption du gaz insufflé dans la cavité péritonéale.
M. A.-C. Guillaume (2) considère le réflexe abdominal décrit par M. Henri Claude comme un « réflexe de com-
pression vasculaire » et les phénomènes enregistrés comme relevant de perturbations de l'hydraulique circulatoire par compression épigastrique de l'aorte.
M. Heïri Claude (3), tout en reconnaissant la
plexité des faits, apporte des arguments importants contre cette explication et affirme l’origine réflexe véritable des résultats enregistrés. Avec MM. J. Tinél et D. Santenoise il présente plusieurs notes à la Société de Biologie. Ces recherches ont pour résultat, d’une part, de faire mieux
connaître le Réflexe Solaire, les causes d’erreur dans sa
recherche, les influences physiologiques (4) et pharma-
codynamiques (5) qui peuvent le faire varier ; d'autre
(x) Soc. Biologie, 19 février 1921.
(2) Soc. Biologie, 16 avril 1921 et 14 maï rg21. (3) Soc. Biologie, 30 avril r921.
(4) Soc. Biologie, 25 novembre 1922.
(5) Soc. Biologie, 23 décembre 1922.
3 Re.
part, de lopposer au Réflexe oculo-cardiaque G). en.ce qu'il traduit le degré d’ excitabilité du système sympathique, tandis que le réflexe d'Ashner renseigne sur l'exci-
tabilité du vague, enfin d'appliquer ce nouveau moyen.
d'investigation meuro-végétative au plus grand nombre de cas cliniques qui peuvent bénéficier de son emploi et servir à éclairer sa signification. :
Les travaux de M. F. Arloing, au Laboratoire de Médecine expérimentale et comparée de la Faculté de Méde-.
‘cine de Lyon, sont venus apporter confirmation des
résultats obtenus par M. Henri Claude et ses élèves. M. F. Arloing et ses collaborateurs, M" A. Guillemin et M. L. Langeron (2) ont étudié l’ « action suspensive du réflexe solaire sympathicotonique sur les manifestations convulsives du choc vagotonique chez l'animal. » D’auire part, au cours de leurs recherches sur les leucopénies expérimentales (3), MM. F. Arloing et L. Langeron constatent (4) que la compression solaire empêche la leucopénie résultant de l'injection de strychnine, si cette compression est faite avant l’ administration de cette substance. Ils tirent de ces faits expérimentaux des applications
cliniques : ils confirment d’une part la valeur de l’exci: tation mécanique du plexus solaire comme moyen d’investigation du système sympathique ; ils pensent, d’autre part, qu'on possède dans le Réflexe Solaire un moyer: d'action thérapeutique rapide sur les chocs par ruptur:
de l’équilibre vago-sympathique.
(1) Soc. de Biologie, 25 novembre 1922,
(2) Soc. de Biologie, 2 décembre 1922.
(8) Bull. de l’Académie de Médecine, r# octobre 1029:
@ nr Médicale des Hôpitaux L Lyon, 16 janvier 1993.
PSN VLEUTE
Enfin, tout récemment, MM. Henri Claude, Garrelon et Santenoise (1) étudiaient la physiologie du Réflexe Solaire et donnaient ainsi la confirmation et l'explication des données établies par la clinique.
Fels sont les travaux relatifs à la question du Réflexe Solaire ; nous les exposerons, ainsi que les recherches et les constatations que nous avons pu faire à la Clinique des Maladies Mentales, dans le service de M. le Profes-
‘ seur Henri Claude.
(x) Société de Biologie, 5 mai 193.