LA. NOCE
nosemble ee qu'il a réuni sur la terre ! Mon Dieu , qu'elle est heureuse ! Mon Dieu ^ qu'elle vous bénit d'avoir tant feit pour elle; et comment a-t-elle pu mériter, elle, pauvre jeune fille, comment a-t-«lle pu mériter l'amour d'un homme accompli à ce point!
Elle était encore là tout entière a son bon* heur, quanddes voix jojeusescrièrent Marie!
et qu'unessaim déjeunes filles prit sa chambre d'assaut et entoura bruyamment la fiancée.
— Yoyez-vous, voyez-vous! elfe n'a point dormi, elle ne s'est point seulement couchée. — Elle attendait son fiitur. — '■ Son futur? Vous voulez dire son mari, mademoiselle Julie. — C'est vrai quand on a déjà signé au contrat — Allons, vite à ta toilette, Marie. — Il &ut vous habiller, ma petite* — • Ce n'est pas trop de deux heures pour &ire tant de choses.^ — Et la noce est pour neuf heures. — Vite, donnez tout ce, qu'il faut. — Hâtons-nous. — Oh ! la jolie Tpobe !
8o LE RÉGENT DE RHÉTORIQUE^
*— Qu'elle est élégante! — Et simple tout à la fois! — Gela est charmant. —
Toutes ces jeunes filles examinaient en tous sens les parures de Marie, disposjées dans une chambre voisine, et ne lui laissait point de repos pour 6ire sa toilette. 11 fiiUut qu'elle se t^gnât et subît toutes les observations et tous les soins des jeunes fermières. Or, par un instinctde famille, et peut-être par leur éloignement du monde recherché, les riches héritières campagnardes pré£>^ raient, comme^ leurs pères , le luxe à Télé* gance. Le goût plus délicat de Marie, ékvée dans une célèbre pension , eut donc à souffrir , mainte et mainte^ fois , des décisions de son èomité de toilette. Mais, par une ruse féminine, et avant de se rendre dans la salle où l'attendait la noce, la jeune fitlè trouva moyen de se soustraire quelques instans à ses persécutrices officieuses, et de réparer presque tout- à -fait les crimes de lez bon goût dont ^ies l'avaient accablée.
il y eut UQ murmure d'approbation lm*fqu'elle entra : Laurent lui-même, Vêtu de noir, d^s pieds jusqu'à la tête, et empesé plus que l'on ne saurait le dire, subit l'influence prestigieuse qui faisait récrier cba*cun, et vint baiser tendrement le front dé sa fiancée, rouge et toute coniuse.
Après un déjeûner copieux etbrUyant, on se mit en marche pour Téglifie, au milieu des cris de tout le village et des décharges de mouequeierie que iaisiuient, de distance en distance, les jeunes gens. L'élise était ornée de verdure et de fleurs : à l'apparition du cortège, un groupe de paysans, parmi lesquels on remarquait la face enluminée de notre ancienne connaissance Jacques Le*febvre, donna le branle à ces cris, répétés par toute la foule : Yive mademoiselle Marie! Vive monsieur Laurient Lecomtel
jM. Moreau, ivre de joie, jetait de l'ar* gent à droite et à gauche, riait, pleurait, et tâchait de donner à son maintieu ime gta-
8a LE RÉGEKT DE HHÉTOAIQUE.
Tilé imposable. Celait vraiment chose à voir que cette pfaysioDomie quelque peu triviale, béatifiée de la sorte par le bonheur.
Son visage était pourpre, ses mains tremblaient^ il ne pouvait proférer une parole, et il lui fallait s'appuyer sur le bras d'un de ses amis /car, sans cela, il n'aurait pu marcher.
Il n'en était pas de même de Laurent :
guindé dans ses habits de grand apparat, il maujdissait en lui-même toute cette cérémonie qui n'en finissait point, et calculait encore le peu d'heures qui le séparaient du moment où il pourrait s'y soustraire. Agenouillé devant l'autel , il venait, à sa grande joie, de voir terminer les derniers rites du mariage, quand un gvand bruit se fit tout-àcoup derrière lui... Il sq retourna; M. Moreau venait de tomber à la renverse.
— Mon père, s'écrie Marie : et elle court à lui, elle ouvi^ sa veste, elle dénoue sa cravatte, elle crie : De l'air ! de l'air!
tiA NOCE. 83
— S'il venait à mourir, soi^eait Laurent Lecomte , f aurait quatre cents mille francs^ au lieu de cent cinquante.
Un médecin qui se trouvait là, et qui avait essayé vainement de saigner M. Moreau, se releva de la dalle où il s'était agenouillé pour faire cette opération, *et vint murmurer quelques mots à l'oreille de l'avocat.
— Monsieur, lui . disait - il , tâchez d'emmener votre femme : son père est mort.
Ui^e apoplexie foudroyante l'a tué« .
hXTUSUOJX^.
Bi »^m fomnii* imis, peu m- ûsporlp en fa«l Im ! jfonune-moi dpDC encore on ta sœnr, on Um 0xen, -— JTenlèTe mon esclave et je tiens ma TÎctimeé - '■'> • T7 Ta paraissais fi bon , ofa ! qn'airje fiiit ? — Un orin^« •— Serais-tnphis henrenx , dn tnoliis e»-tu content? *- fins triste ^j|unaisf ' '
Huit joncs api^ la mort ioattendue â^ M. Mbreau, iuiie:> jeune 'femme Tétûe de noiv^Jfiaane ^ Tint se i^efctre à gendu± sut i/k &iàe 44ftràqier p\^f pçît à plMver atec amerlume. ! • • ••.:;•*■'''■ .
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86 LE RÉGENT DE RHÉTOaiQUE.
Pauvre infortunée !
Le ciel s'est montré bien rigoureux à son égard. Il lui a enlevé son père, sdn bon père ; son père j le seul parent qu'elle eût au inonde; son père qui l'adorait d'une tendresse si vraie; son père, le seul dans les bras duquel il lui eût été permis de se réfugier aujourd'hui. Mais non...,. Il ne lui reste personne au monde pour la consoler; personne pour la soutenir; personne pour écouter ses douleurs : personne ! Oh ! mon Dieu, mton Dieu! Elle est pourtant bien à plaindi^.
Qu'elle a été cruellement abusée par les iudignes'&ux-semblans de cet hommequ'elle admirait, qu'elle aimait. Hélas! avec quel art il l'a trdmpée. De l'art? — ^Mou Qieu non. 7^ EUe a été elle-même au-devant du pî^e !
Elle s'est' créée un fanfôme imaginaire de vërtu;£t'de générosité ;.eUaIui a enseigné^ à c^ homme, quel r^e il &Uait jouer, quelle voix il fiillait feindre pour la duper. U a cqbi^
pris les leçops qu'ell0 lui donnait, vinlà tout.
Et, à présent,, elle lui appartient corps et amer! Connaître. la vérité, le vpir tel qu'il est, elle ne le peut p^ à pré^nt sans crilne. Il fiiut qu'elle supporte,. sans une plaîi^, salis un murpiiure, sa glaciale indiffêrençe. Jamais un baiser, tendre! Jamais une parole d'amour! De tek réy^ s0nt perdus à tout jamais!
Hélas! sçs. mialkeurs ^e ^i^nt point là.
L'auréole brillante dont elle l'avait parée, s'est ^vanouîe; et, quand ^ yeux dé- &sciiié$ ont pu voir, il^ n^out vu que l'ararice, que la faim de for, et puis riep, rien, plus rien. | .
O mon père ! Mon père ! prenez pitié de mpi,r Élites que je meure! Mon père, que voulez-vous qi^e je &flfie au monde maintenant que jeTai vu tel qu'il est, celui que j'aimais tant!.*. 4 Maintenant que je le cjiéprise. Ob! quel mot!,qu'il fait mal !
..L'avocat survint;
r r^r^rï|p
§8 LE REOENT DE AftÉTOaiQUE.
•-^âlarie, dit^il, ilêâf tetm de partir; la nuit avance : a^cms, Tenez. ' '
ËUese jeta atee désespoir sur 'la tombe.
— Idbn père! mou père! J6 ne tétix' jim ^quitter.
--^ Partons^ vous dis-je. Et il Ift pift pim le bras , et il rén|ratnà vers la Toitut^. Il lui &llut Vy porter, car un mouvement conTulsif agitait Marie d'une manière ef^ frayante, et elle n'avait pas la foroe de se hisser sur le màrcbe^^pied.
Pas un ^ul mot ne lut profibfé , ni pav l'un ni par Fautre^ durant k.trifijet. Maria pleurait; et des calculs d'intérêt abeorbaient l'avocat. i vi
Ainsi, deux mois s'écoulèrent pdut la pauvre Marie , toujours coi larihes, toujours isolée , et préférant néanikioinasbn ist^lement à la présence de son mari. EHe ne le ivôj^àit guère qu^à Pbeure dés fepàs , etc'est à féoé s'ils échangeaient entr^eux quelques paix>les: }1^ passaient le reste^u tems, chacun de leur
' vkhÈàJLvr^. 89
çôt^ : Aliarie pl^i;irait9 Lecpmte réalîmit la fortune dont ilf s^ ^vv^it lQutri-<x>i]p poa^ sesseur, ^t U en plaçait leB^nctnnescapitaiit de manière à C|ii;a.t|g9ieidsr. le.]^ possiWe^les revenus.
Marie Jfais^H dé fréqinentes •e^Lqurtians à la ^iqe,.çi|il($'éUgift écoulée son enfante avet. tant de calme et de bonheur. Un maAin, cfla vit une affiche giga|i^B3que placardée sur k porte principale y et^ à cette vue^ un txtmbkmen^ cçnv^)^fs'ela|pafa de tousses memibres. A'pf^e li|i resta:t-il lEtss^ de force pour lire que la £ermç était mi#e f n vente* —
Vendre çettiç^Q^ispn^ le seul, liiiu où elle trouvât enGQraque^^0 cpnsol^tîon* Tendre la maison^ de sop p^! Ce ^t là une idée qui la réyoljfca ail dieriiieir poip^. Sans hééter elle se fit reconduire 4i I9 Viilb ^ allaldraîk ^a cabinet dSr la^ iwri^ pie -était pourpre 4'indîgQatÂon , j et , le ; reptpche «gitïàt ^ aes lèvres. Mai^, ^ la .vuci du pâle et froid visage de l'avocat, çlle se isenttt: redevenir
go LE RÉGENT DE RHÉTORIQUE.
ci*aiiitive, et c'est à peine si elle put balbutier quelques mots. Laurent, préoccupé, prit à peine garde à la personne qui entmt.
— Que voulez-vous , Marie? demandâ-til froidement.
— Une grâce, s'écria -t-elle en joignant les mains , une grâce , la première, la seule que je veux vous demander jamais. Dites , ne voulez-vous pas me Taccorder?
Lecomte, se tournant à demi vers elle, la regarda avec surprise; puis, il retomba dans son apaùiie distraite ,'et répondit :
» — Pourquoi non? si cela est possible.
' — La ferme, la maison de mon père, au nom du ciel, ne les vendez pas?
- — Et qu'en voulez-vous feire? demandat»il avec un sourire. Croyez-vous que je veuille les exploiter moi-même?
— Mais c'est la maison jje mon père ! J'y suis née; mon père repose tout auprès; où voulez- vous donc que je pdisse pleurer? '
. -—Chez vou6«
"atrtfiri^ ■ i MWmtmm>^s,mmt^^ÊÊâ
JJLMÉAUTi. 91
— Ah!
^ — Toiez Marie, cony^nODS de n06 fiiits.
Je yeux bien Toos^passer vos boutades itK maocsfues; je veux bien tolérer vos acoès de sentiment, mais ne venez jamais entraver mes affaires. Liberté complète à chacun de BOUS : vous n'attendez plus de moi , u'est-il pas vrai, des pirotestatibUs d'amqur comme avant notre mariage? Denion côté, je ne vous demande pas non plus des témoignages de tendresse qui me fatigueraient , si'itifiiut l'avouer. Vivons en bons époux; rien.de plus. A. moi les affaires, à vous le ménage. Laiarme sera vendue parce qufelle est du domaine des affaires, et qu'elle perdrait jde sa valeur, si je ne la vendais pas de suite : vous me ferez fidre tel dîner que vous le voudrez, je n'en murmurerai point , car k.dî'ier est de grotte domaine , du domaine du ménage.
• U:se xemài j&oidemeiit à écrire.
. illfidhit emporter, dans son appartement,