‹ Le Régent de rhétorique, moeurs flamandesChapitre 13 sur 56 · LE REGÇNT DE RHÉTORIQUE · texte numérisé non relu

LE REGÇNT DE RHÉTORIQUE

plaignait du peu d'aide que lui donnaient les fiancés, et s'en retournait gêner, com-^ mander et embrouiller de plus belle ses domestiqueS) qui s'empêtraient l'un rauti*e.

Mais ce fut su Août le matin ou plutôt la nuit qui précéda la noce , qu'il ÊiUait voir la ferme! Personne ne 'voulut s'y coucher, d'abord par zèle véritable, et ensuite pour fidre preuve de zèle. On aurait pensé que rien n'aurait été ni bon, ni bien £aiit, si l'on ne s'était donné beaucoup de mal pour le faire. On chargeait d'énormes marmites toutes les crémaillères de la cheminée; les foui'neaux étiuoelaient de braises, et des éventails de bois ne cessaient d'en feire jaillir des éclairs de flammes bleues, qui s'en venaient reluire sur les murs jaunes de la cuisine. Le four engloutissait des centaines de tartes que pétrissaient les servantes, et à travers la porte vitrée du salon, on apercevait quelques domestiques qui achevaient djB garnir une table gigantesque de quatre*

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vingts couverts, et qui n'était qu'une succursale de deux autres tables dressées dans les chambres voisines^

A quatre heures du matin arrivèrent les cuisiniers de la irille, se donnant des airs , faisant de l'étabge , et se complaisant dans une fatuité d'artiçtos transcendaus. Enfin, à sept heures, la fermie était. déjà remplie de Pitauds; c'est ainsi que l'on nomme dans le pays de Flandre, les gens que l'on héberge.

Déjà les ^lles des plus, riches fermiers du voisinage s'occupaient , dans )a chambre de Marie, à la parer de ses atours de mariée..

Elle, non plps, n'avait pas fermé l'œil de toute la nuit* C'est que, voyez*vous, l'on ne dwt guère la veille d'un maria^. Son bon«, heur Venivraitj elle n'osait y croire, et, dans sa joie naïve, elle se couchait pour bien s'a^ surer qu'il y avait du réel dans son bonheur ! Elle se levait, elle allait retirer à sa fenêtre et contempler le^ciel^qui brillait de milliers d'étoiles : elle demeurait là des heures én^

<j8 ^ LB RÉGENT DE RBÉTOEIQVE.

tièrës appuyée^ deim*nue| sur le Balcon de sa croisée, et se laissant aller aux plus doutées rêveries, tandis que le rossignol chantait et qu'un doux paifum de' fleurs venait l'embaumer à chaque souffle capricieux dé la brise. -Il n'y avait pas dans ses idées une seule idée, je ne dis pas d'amertume, mais même d'inquiétude, même de doute. L'avenir s'offrait à elle , pur , délicieux, ineffable , certain. Unir sa destinée à Laurent, d'un si noble caractère, d'une générosité telie* ment sublime! Etre témoin de toutes ses actions ! Partager ses bien&its , connaître cha* cune de ses pensées qui ne ressemblent en rien à Taoïsme du vulgaire ; oh ! quelle femme n'éprouverait point , à la veille d'une semblable union , dès extases de félicité? Et dire que quelques heures la séparent seules encore de Laurent ! que le jour une fins venu, elle sera à son amij que rien ne pourra plus l'en s^rer, pas même la mort! Car il est dans le ciel une autre existence où Dieu

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