LE CONVALESCENT
fruits qu'il semblait respirer , et la convoitise venait. humecter son palais et ses lèvres. N'y pouvant plus résister, il demanda ses vétemens à Françoise, et ajouta qu'il voulait aller se promener.
La vieille servante joignit ses mains avec surprise et terreur:
— Promener! vous, monsieur Félix?
vous qui depuis deux jours seulement avez obtenu du médecin la permission de quitter le lit pendant une heure ou deux ! Yous? aMer vous promener? ^
Habitué depuis six semaines de maladie à la domination de Françoise , le jeune homme se sentit presque intimidé par ce flux d'exclamations.
-^ Vois donc, ma bonne, comme il fait beau! Laisse-moi sortir une heure ! • . • Allons, tiens, une demi-heure seulement!... tu me donneras le bras, et nous n'irons pas loin.
La vieille fille demeura inexorable. •
— Pas une demi -heure, Monsieur, pas un
g8 LE AÉGEirr DB KHtrOMQUE.
^rt d'heure 9 pas un moment.. Tous n'auriei qu'à retomber malade, et qu'est-ce qui tous soignerait alors? Car je sena^ hélas!
qu'avec toute k bonne volonté du monde, je n'en aurais plus la fiarce^ moi, et que, de mon cdté, il me faudrait bientôt garder le Ut.
-— Je te dis, Françoise, que cela ne peut me fiûre que du bien.
En oe moment une légère rougeur colora ses joues pales; et a>mme un homme qui renonce à un projet devenu impossible, il laissa retomber Sa tête sur l'oreiller dont il Pavait quittée durant k chaleur de k discussion. Le bruit des pais du médecin venslit de se faire entendre sur Fescalier. Néanmoins, M par un entêtement puéril et machinal du éueur humain, Félix demanda , sans espérer k mwns du monde, une réponse £ivorable:
-^ÏTest-il pas vrai, docteur, que je pourrais frire sans danger une courte prowe- Dade?
, LE C0KVAUE8CBNT* 99
<— N'est-il pus vrai, interrompit Francdfie, n'est-U pas vrai, Mooaîeur, qi^e ce serait une grande imprudence?
— Yoyons donc 9 voyons donc, fit le mé* decin arec gravité : ^t prenant le braa du malade, il se mit à lui tater le pouls en silence ei bnguement. Durant tout ce tempslà, Félix et Françoise ne détachèrent point les yeux, de dessus lui.
— Yous alle& bien, fort bien aujourd'hui,
dit-il, enfin.
La figure de Françoise , un peu rembrii*^ nie par la discussion de tout-«-l'heure, s'é» panouit et redevint riante» Elle aimait tant son jeune maître !
— Et je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous sortiez pour prendre Pair pendant une heure.
— Ou trois quarts d'heure, ajouta Françoise satisfaite, et en même tems froissée de se voir le dessous dans sa discussion avec Félix. Encore faudra-t-il qu'i I se couvre bien ,
1 00 LE AÉOENT iVB RHÉTORIQUE.
el qu'il prenne garde de ne jpas se fatigue»: le moins du monde} car une rechute serait si terrible, n'est-ce pas monsieur le Docteur?
Par de telles restrictions, la bonne femme cherchait à atténuer le plus possible sa défaite; et une fois son amour-propre mis de la sorte, et tant bien que mal, à couvert, elle reconduisit le médecin , et vint de bonitô grâce aider Félix à s'habiller.
•*— Il faut mettre. Monsieur, ces bas de laine, voyez comme ils sont doux; on dirait de la soie. Yods devriez bien croiser ce mouchoir sur votre poitrine. Ne vous donnez -pias tant de mal^ je nouerai moimême votre cravate. Vraiment vous voilà sur pied comme un homme qui se porte }>ièn , et c'est à peine si l'on devinerait , tant vous avez bonne mine, que vous ayez été malade^
La toilette du jeune homme fut enfin terminée, et heureux au-delà de toute expi'ession, il descendit l'escalier avec pré*
liE COUYÀLESCEM T. I O I
caution, et, appuyé sur le brasdejFranooise^' il se trouva, enfin dans la rue.
A peine eut-il quitté le seuil , qu'un air fort et vif saisit ses oi^anés débiles et habitués à l'atmosphère tiède d'une chambré olc^. tTn vertige monta au cerveau ébranlé du jeune homme, et fit tournoyer à se$ yeux éblouis tous les objets qui l'environnaient. Il serait tombé, sans Françoise, qui le soutint en souriant.
Ensuite et peu ;à peu , ses regards s'accpu^ tumèrent au grand jour et ses poumons a la vigueur de l'air; il sembla même à Félix, une fi)is la première secousse supportée, qu'il devenait moins faible, et que ses jambes âe chs^^celaient plus autant. Quoi qu'il en soit, sa promenade ne fyt pas longue, et il fallut bientôt qu'il s'assît, ou plutôt qu'il se couchât, à l'abri d'un buisson et sur un^ belle pelous^ au so.leil.
I^, nonchalamment étendu, et çare^épar le plus voluptueux des bien-étresi^r^-pai* U