LE CONVALESCENT
de quel côté, oi comment s'en aller. Alors, il se prit à pleurer et à Jeter des cris. Félix, qui n'avait point ceissé de le regarder, se leva, entr'ouvrit les branches de l'énorme toaffe de rosiers, et, prenant. par la main le petit garçon^ il l'amena sur la pelouse et lui moûtra deux dames qui venaient. L'enfant, les yeux encore humides de larmes , regarda son libérâfteur avec une sorte d'étonnement muet. Tout-à-coup il prit sa course, et courut se jeter dans les genoux de sa mère, qui n'était plus qu'à quelques pas.
La mère fit un demi salut à Félir et lui sourit avec bienveillance.
— ]\Ionsieur, dit -^ elle, je dois d'autant plus vous remercier, que vous paraissez malade, et qu'il a fallu vous fatiguer peut-être pour débarrasser Jules de ce. buisson.
Félix répondit par quelques phrases banales, et sans trop savoir ce qu'il disait :
vivant dans la retraite, et timide autant que possible, il se trouvait tout interdit. .
106 LE EBGBHT DK RViTOlIQUE.
Les deux dames saluèrent de nouveau et s^Bpprètèaceni à s'en aller ; Félix aurait donné ÏÂen des choses pour les voir rester là. Ce n'est point qu'elles fussent d'une heauté re^ marquaUe^ ^surtout celle qui avait parlé; mais sa taille gracieuse, sa physionomie pleine de douceur, quoique peu régulière, et surtout les intonations caressantes de sa yoix , avaient produit une impression indi^ cible sur le convalesoent. L'autre était grande, d'une blancheur de peau éblouissante , et ses lèvres entr'ouvertes accusaient je ne sais quel d^aiu. La tète à demi penchée, elle avait gardé le silence durant le court entretien de tout à l'heure, et c'était elle qui, par un mouvement imperceptible du bras, avait donné à sa compagne le »"gnal du départ.
Heui^usement pour Félix, Ten&nt s'était pris de belle passion pour les marguerites qui émaillaient la pelouse, et sa mère eut
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beau &i]?e et beau dire, rien iie put le décider à ^ laisser emmener.
Il courait ça et là, oueittant les jolies fleurs, eo emplissant ses deux petites mains, et jetant des cris chaque fois que l'autre dame voulait la saisir. iQuant à la première, elle le regardait en souriant avec une indulgence toute complice.
Durant ces débats, qui finirent par dégé* xiérer en jeux et en courses joyeuses de l'en* iànt et de la jeune fille, Vautre dame s^entretenait avec Félix, et leur conversatièii prenait ce caractère intime qui s'établit par^ fois d vite entre des po^sonnes qui se voient pour la première fois. Un livre tombé du sac de la jeune dame, et sur lequel Félix avait exprimé le jugem^^t qu'elle en portait elle-même ^ était cause de cela. Quand l'en^ fant et celle qui le poursuivait revinrent bors d'baleine, et riant encore aux éclats, Félix ne s'entretenait plus, il devisait avec l'inconnue.
I08 * LE EÉGElfT DE RHÉTORIQUE.
Elles s'en allèrent enfin avec l'en&nt, et Félix se complut à les suivre long-tems du r^rd. Puis 9 quand il les eut vu disparaître toutrà*fait, il soupira sans trop savoir pourquoi, et ces lieux, qui lui avaient semblé si beaux devinrent, à cette heure, sans charme pouivlui.
Françoise, qui s'en revenait chercher ce son malade, » comme elle disait, s'attendait à devoir âûrebien des observations avant de pouvoir le décider à qmtter le gazon et le soleil. Elle fut toute surprise de le renconti^r s'en revenant.
— Ah! dit- elle triomphante, je le savais bien. Monsieur, que vous n'étiez pas encore en état de supporter l'àir fort long-tems.
— Que cette dame a l'air bon , et que l'autre est jolie ! pensait Félix qui entendit à peine les: paroles de Françoise.
SÉ-arr^