LE RÉGBNT DE RHÉTORIQUE
Cependant , une légère émotion agita ses muscles lorsque, s'asseyant sur une chaise inoins élevée que la chaise de Marie, il prit la main de la jeune femme et la considéra quelque tems en silence.
— Madame, dit -il enfin, dans un mois vous pourrez vous remarier.
La veuve rougit jusqu'au blanc dès yeux.
Cette rougeur et cette émotion firent un bien à Félix!
— Voulez-vous m'épouser, demanda-t-il sans hésiter, et ne doutant pas le moins du monde d'une réponse fiivorable.
Marie fit cette réponse, en passant ses bras autour du cou de Félix , et en lui couvrant le front de baisers. Puis, toute honteuse de ce premier transport , elle recula et détourna la tête.
— Marie! Ma femme! murmura Félix.
Et il l'attirais doucement à lui.
. Elle pleurait de joie.
Alors ils se mirent à se faire de longuea eonfidences.et àse rappeler mille souvenirs d^autrefois.
— Vous ne savez pas, disait Marie , vous ne savez pas depuis combien de tems je vous aime : méchant^ vous n'aviez point alors un regard pour moi ; une autre les attirait tous. Et moi, moi, préoccupée de vous, uniquement y sans cesse... — Mon Dieu, est-ce que je ne fais pas un rêve ! — Folle que je suis, est-ce bien à vous que je conte tout cela!
. Elle riait, elle pleurait , elle pressait les mains de Félix , elle lui parlait , elle s'interrompait , et ne pouvait se lasser de le considérer avec des yeux humides d'amour et de félicité-
— Va, lui répétait Félix, je n'ai jamais aimé que toi : tu es mon premier et mon seul, amour : je* croyais aimer Lucile; mais toi , je t'aime ! Mon amie , quel bonbeur nous at-
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tend ! Nous ne serons pas riches, il est vrai , néanmoins nous nous trouverons dans l'aisance. D'ailleurs , je travaillerai avec tant d'ardeur pour toi et iiotre fils! Jusqu'à pré* sent on m'a sollicité de donner des leçons particulières : je refusais. Qu'avais-je alors besoin d'être plus riche! A présent, c'est autre chose, je donnerai des leçoas et le soir je reviendrai près de toi, content de ma journée, satisfait de moi-même^ et tout fier de t'apporter le salaire de mon travail. Tu m'en payeras d'un baiser, n'est-ce pas?
Et ce surcroît de travail ne sera peutêtre pas nécessaire d'ailleurs. Une chaire de rhétorique est ^vacante au collège royal de Brouay; le recteur m'a présenté parmi les candidats , et j'ai bon espoir d'être nommé.
Si tant de bonheur nous arrive, nous quitte* rons joyeusement, et sans regrets^ cette ville, et nous irons, loin des importuns, nous isoler à Brouay, et ne vivre que pour nous.
Oui , que je sois nommé à cette place, et
CONSOLATIONS. :l39
nous voilà asses riche pour &ire un peu de bien.
Mon amie, quelle sotis&ction d'aller soulager ensemble la misère, de' porter ensem*ble la consolation chez des malheureux !
Que ces courses nous seront délicieuses!
comprends-tu? Ton bras sous le mien , le soir^ rendre l'espoir à une famille sans pain, nous entendre bénir, et rentrer chez nous la paix dans l'âme ! •
Ils devisèrent ainsi jusqu'à onze heures du soir.
Félix ne pouvait se résigner à partir, et Marie oubliait de lui donner le signal du départ.
Le lendemain, à neuf heures, Félix entrait chez Marie; car c'était, alors, l'époque des vacances, et il pouvait disposer de tout son tems.
Un mois entier s'écoula pour les amans, en de si douces extase^, et le terme où la loi