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LE RÉGENT DE BHÉTOBIQUE

bien de la charité dans Teffort qu'elle fit f)Our surmonter la répugnance et le dégoût que lui inq>irait cette 'mourante couverte de lambeaux malpropres. Si la pauvre femme eût pu soupçonner combien coûtait un pareil effort a celle qui le faisait, elle lui en aurait su encore plus de gré que de la riche aumône.

Mais elle a[^renait à sa bieufiûtrice les souffradces endurées depuis trois grands mois par sa fille; elle lui répétait que k pauvre œ&nt était doaœ , soumise et laborieuse.

Toute entière à son récit et accputumée à l'atmosphère fëtide et lourde de sa petite chambre, elle ne pouvait apprécier les sacrifices que lui faisait k dame en y restant de la sorte. Ce qu'elle appréciait, c'était l'attention et l'intérêt avec lesquels cette dame senv blait écouter ses longues plaintes; intérêt qui acheva de lui gagner son affection. Gir la douleur est conteuse! On dirait que l'on •souffre mi»ns quand on a pa dire comblai

VUE BOHUE Acnoff. 247

l'on souffre^ et surtout kMqu'une to«k eoaff^knte répond aux conûéenoes que Pon fiiit.

Et puis, ajoiaton€4e, nos maux deviennent nimns amers, s^îk noos Talent la compassion ou l'intérêt des personnes placées au--des8iis de nous par leur supérioràé morale ou leur rang dans la société.

— Si vous saviea, Madamç, disiit-eHe en essuyant les larmes quirempUssaient ses yeux , si TOUS saviez combien Mb était résignée avant que le délire la prit! Elle souffrait comme une sainte*. ••• Maudite soreièrecpii filit mourir mon en&nt !

Oui, Madame, c'est un sortqu'on kâa jeté.

Un jour une vieille paysanne vînt nous apporter de l'ouvrage ; quand il fiit fitit nous né Toulûmes pas le lui livrer avant d'eu avoir reçu le payement : car, Madame, quand <hi est pauvre et que l'on n'a pour vivre que le seul travail de ses maii», (m ne |)éut faim crédit à des inconnues.

La paysanne nous pria long-tems de lui

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permettre d'emporter ce que ma fille avait ouvré pour elle. — Sainte Vierge! pourquoi lie lui ai-je point accordé^ quand j'aurais dû perdre le travail d'une semaine !.. — mais nous ne voulûmes pas céder; ma fille surtout s'y opposa ouvertement, car pour moi, je l'avoue, j'aurais consenti.

Gela mit la paysanne dans une colère! Si vous aviez vu les yeux efirayans qu'elle fit à ma fille! Vous ne voulez pas, dit-elle, adieu! Elle fi:appa légèrement sur la poitrine de ma pauvre en&nt, qui n'y prit pas garde, et elle sortit en grommelant d'une voix cassée des menaces que je ne pus comprendre.

Le lendemain , ma fille.se leva avec une fièvre brûlante; elle ressentait à la poitrine de grandes douleurs* Ce qu'elle aimait le mieux auparavant lui causait du d^oût; et elle, si gaie d'ordiitaire , elle ne disait plus une parole et t^estait toujours là immobile.

Gela dura six semaines I

Les médeeins n'y comprenaient rien. Il

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m'en coûtait chaque jour de grosses sommes pour payer des drogues ; ces drogues restaient sans aucun èiSet ; le mal empirait de plus en plus .

Je contais un jour mes chagrins à une de mes Tcn^ines^ femme de grand sens. *— Tenez, me dit-elle, j'en suis certaine, on a jeté un sort sur votre fille.

C'était une idée qui m'était venue plus d'une fois à l'esprit.

Cette vieille paysanne inconnue à laquelle nous n'avions pas voulu faire crédit ; cette paysanne qui s'en était allée en colère'; cette paysanne qui avait touché ma fille à la poitrine, là où ma fille souffrait le plus. ; . . Il n'y avait plus à douter, la cause de la maladie de ma fille , c'était le maléfice d'une sorcière. •

J'avais ouï parler d'un berger, homme savant s'il en existe^ qui connaît la médecine mieux qu'un médecin. 11 possède des secrets admirables pour guérir toutes sortes de

aSo LB UÉGBNT DE RBÉTOHIQVE.

maux; et dau k tems , d'est lui qui levm le sctti jeté 6ur une de mes pauvres coFUsâûes à qui Ton avait donné le mal de SaimtGUslain(i).

Je k fluppliaide venir voir ma fitte ; quand il f eût vue^ il secoua la tiibe et dit : c'est un £»rt^ mais un sort que je ne puis lever; elle en mourra; du reste, vous saurez quelk personne lui a jeté ce sort , car le sorcier viendra chez vous trois semaines avant le jour oik voira malheureuse filk rendra le dernier soupir.

' Le berger n'avait dit que trop vrai en disant qu'elle en mourrait; vojez dans quel état elle se trouve !

Ici, les sanglots de la pauvre femme éclatèrent malgré ses efforts pour les comprimer. •

Quand elle fut un peu remise, elle continua en ces termes :

(i) Nom donné en Flandre à ï'ëpflepde.

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Et il né me neste jdus d'eqpérance, nm pauvre fille n'a plus que trois semaines a ▼iTre!,.. Hier matin^ on frappe doucement à ma porte, je dis : entrez. Oh! Madame, je vois paraître la sorcière!

Ya-t-en, lui criai-je, Ta*^t-en! scélérate, toi qui as &it périr mon en&nt.

Si TOUS aviçz tu la feinte surprise de l'infernale créature! Hors de moi, je me jetai sur elle pour l'étrangler ; une de mes voisines me retint.

L'hypocrite sorcière! Elle jurait ses grands dieux qu'elle ne savait pas ce qu'on voulait

dire Elle était aussi innocente que

l'enfant qui' viait de naître. ..•• Elle venait tout bonnement chercher l'ouvrage qu'elle avait donné à &ire.

Je le pris cet ouvrage pour le mettre en j^tèce, pour le jeter dans le feu, mais les fcMTces m'ahandonnèrent, et je tombai sans mouvement.

Quand je revins à moi, elle était partie.

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elle avait laissé sur une table l'argent qu'elle me devait.

D'abord, je n'aurais point toucbé cet argent pour tout For du monde.

Mais ma pauvre fille souffrait tant qu'il m'a bien fiiUu passer pardessus mes craintes, et lui acheter des potions avec cet aident.

L'argent a fini ce matin, car, Madame, vous comprenez bien que ce n'était pas une grosse somme.

La jeune dame, pendant le récit de la vieille, soupirait amèrement. Elle songeait aux étranges et absurdes contradictions que l'on trouve parmi les personnes privées des lumières de l'éducation, parmi ces personnes qui èroient aux sorciers et qui mettent en dénégation les bien&its de la vaccine. Tout ce qui dégrade, tout ce qui ravale l'espèce humaine est accueilli avec empressement; on n'est incrédule que pour la vérité.

Mais elle écouta la pauvre mère avec le

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respect que l'on ^oit au malheur, et quand ce long récit fut terminé , elle ne songea point à lui démontrer que les sorts et la sorcellerie étaient des superstitions absurdes; les i^isonaemens les plus justes et les plus con^ vaincans seraient demeurés inutiles devant la croyance de préjugés dont la vieille était entourée depuis le berceau.

Après ceb, elle l'encouragea doucement , elle fit entrevoir des jours meilleurs; et la pauvre femme, qui naguère fléchissait sous le désespoir, Se consolait à ces paroles, comme se console l'enfant réfugié tout en pleurs dans jes bras de sa mère et à qui bientôt il ne reste de ses chagrins qu'une douce tristesse, s'exhalant en gros soupirs.

Sur ces entrefaites , la nuit était venue et lorsque le vent suspendait ses mugissemens assourdissans , on entendait la pluie qui résonnait sur le p^vé frappé de ses gouttes larges et précipitées. La jeune dame rassembla autour de sa faille les plis de sa mantille ,

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