LE RÉGENT DE RHÉTOIUQUE
promit de revenir le leDdemain et quitta cette triste demeure où elle avait ramené l'espérance.
Tant qu'elle parcourut les détours du noit et roide escalier, la pauvre femme, une lampe à la main , la suivit des yeux , et lorsque sa bienfaitrice eut disparu tout-à-&it, elle éprouva cette vague mélancolie dont le cœur est resserré au moment où l'on presse la main d'un ami qui nous quitte pour un long voyage.
Deux hommes enveloppés de leurs manteaux passaient dans ce quartier détourné, au moment où la jeune dame s'enfuyait légèrement.
— L'as-tu reconnue, dit l'un?
— Parbleu, elle s'est bien vite consolée de la mort de son mari. Mais ralentissons le pas et nous verrons sortir l'amant à qui elle vient de donner un rendez-vous dans cette mauvaise masure*
UNE BOWTIE ACTION. ^55
Et qui diable cela peut-il être ?
■ — Le petit régent de rhétorique.
— Bah, elle veut l'épouser celui-là; et on n'accorde point de rendez-vous *à un benêt que l'on veut épouser.
— Et puis, le pauvre garçon ne paraît pas entreprenant.
— Marche donc, marche donc. Sans cela nous ne la verrons pas rentrer chez elle.
Tiens, maintenant es-tu convaincu? La voilà qui entre dans la rue de Mièvres, où elle a loué une petite maison.
— Cest bien cela. Elle sonne. Elle entre.
La porte se referme.
— La bonne histoire!
— Mafoi,sijeneravaispasvusortirdecetle maison de rendez-vous et si je ne l'avais pas suivie jusque chez elle, je ne croirais pas à un mot de tout ceci. A qui donc se fier désormais !
Voilà les discours que tenaient tout haut ces deux homnies.
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Il y en avait un autre derrière eux qui les écoutait, et dont ils emplissaient le cœur de ragé.
C'était Félix.
IJIVE LETTRE.
— Compteas là-dessus et buyez de Teau, TOUS ne mourrez pas de soif.
• Akoktms fTkibaull et Justine, vaudeyille>. —
Marie rentra chez elle la joie dans le cœur de la bonne action qu'elle venait de faire^
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et pour la première fois, depuis bien des années, elle sesurprità fredonner un air d'opéra. Gela la fit sourire.
— O mon Félix, pensa-t-elle, mon Félix!
il £aiut donc que je te doive tout mon bonheur! — Mon bonheur, oui; car maintenant que je suis pauvre, maintenant que l'on me croît bien à plaindre , je m'estime la plus heureuse des femmes. Je suis aimée, aimée de
. Félix; de lui que j'aime, moi, depuis tant d'années! Car je puis me l'avouer à présent, c'était un amout bien ardent que je ressentais pour lui. Gomme je désirais sa présence! Qu'elle me faisait de bien et de mal! Asa vue^
' je frissonnais, je palissais; et loi, hélas \ il ne voyaitetilnedevinaitrien!Acette heure, tout est bien changé* Il m'aime avec passion , il m'aime comme j'avais rêvé tant de fois d'être aimée ! Ges paroles d'amour, ces paroles qu'il dit avec tant de douceur, qui répandent dans l'âme tant d'émotion et de bien-être, c'est à moi qu'il les adresse; c'est moi qui les
. V1VEI.ETTILE. ' 259
Juihispiret c'est sur moi qu'il lève ses grands . yeux bleus, humides et empreints d'un charme triste et doux.
Et dire que je puis l'aimer sans crime, sans remords I que bientôt je pourrai ayouer mon amour devant tousj l'entourer dé mes bi-as^ le presser contre mon cœur sans craindre d'en être jamais séparée! Ensemble sur h tarre, ensemble dans la tombe. Toujours!
Mon Dieu, que de telles idées font de bien!
comme elles rafraîchissent l'imagination !
Et mon fils!... Il va maintenant avoir un père. Car Félix lui témoigne déjà une Àffee^ -ti(m que le pauvre enfant n'avait jamais, hélas! trouvée que près de moi! Félix veillera sur lui ; Félix dirigera ses premiers pas dans la vie; Félix lui donnera les nobles qualités qu'il possède; Félix en fera un ange de douceur et de sensibilité, un ange comme lui.
Oh ! oui, un ange ! Avec quelle générosité il l'épouse, cette pauvre femme qu'il croit sans pain, pi^esque sans aàle ! Et ne l'était-
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, elle pas encore hier, tout-à«Fheùre^ avant, celte bonne nouvelle d'un héritage^ vrai don du ciel, e,t que lui lègue une parente éloignée. Quarante mille fVancs ! La voilà aussi riche que Félix ! Elle ne veut rien lui en dire; elle attendra lejpurde leur mariage. Fi! cela serait mal de garder pour elle seule une joie qu'il ne partagerait point !
Les voilà donc riches ! Avec la place de
\ Féfe, près de quati.-e mille francs de rente! Avec de l'ordre, avec de l'économie, on se procurerait à moins une agréable aisance;...
ils aurojit, eux, presquedu luxe. Quel charme iuexprimableelle éprouve à se livrer à de telles pensées! Qu'elle est heureuse! oh, qu'elle est heureuse; et comme Dieu la. récompense
- des maux cruels dont il l'a si long-tems accablée. Que les voies de Dieu sont mystérieuses et admirables! Quels transports de reconnaissance excitent en elle ses bien-
• faits!
Elle vient pourtant de tromper Félix. Ah !
VNE LETTRE. !l6l
c'est la première fois, ce sera . la cTerni^e de sa yie; elle a &it du bien sans lui !
Que Françoise a bien fait de conter l'histoire de cette pauvre fille malade , dé cette fille dont la mèi*e est du pays de Té\i\, — Quel bonheur d'avoir pu prévenir une pensée de Félix, d'avpir consolé une infortunée près de laquelle il se serait empressé de courir, s'il avait connu sa détresse.
Elle ne veut rien lui conter de cela , et même s'il vient à lui en parler, il faut nier; il faut dire : ce ce n'est point moi. » 11 sera de la sorte intrigué comme il faut j il cherchera quelle dame a donné cette aumône 3 il * en dira du bien sans la connaître, et c'est dé Marie, c'est de sa Marie qu'il parlera. Comment fera-t-elle pour rie pas rougir? pour ne pas révéler son sepret? Lui qui sait lire si bien dans l'âme de son amie , il ne tardera pas à connaître la vérité ; alors, qu'il ^ra c(mten|;, et que ses jeux brilleront d'une douce satis&ction !