‹ Le Régent de rhétorique, moeurs flamandesChapitre 55 sur 56 · XXV · texte numérisé non relu

XXV

LE LCCg ft^EiniAÙbASt^

Il j avait chaque jour un vrai quart"»

d'heure de délices pour le r^ent, maître de

pension. C'était le quart-d'heure qui suivait son dîner, quart - dlieure durant lequel, étendu dans son fisiuteuil, il se livrait au demi-somuieird'une digestion paisible. Qiacun alors au logis marchait avec précaution ; la servante Catherine ôtait ses sajx}i& pour aller nus-pieds, et M"** Mohnier ellemême fermait les portes sans fracas, et, ^ elle avait à gronder, ne grondait qu'à mi-voix.

Mais c'était pardessus tous les autres jours, le dimauche, que M. Félix Molinier s'abandonnait avec volupté à cette sieste délicieuse; le dimanche, jour de relâche, le dimanche, où la voix aigre de M"** Molinier ne venait pas l'éveiller en jsursaut par ce cri discordant : « voici l'heure de la classe » le dimanche dont le ^îner plus prolongé et plus délicat disposait si bien à la molle habitude de sommolence.

En outre, le dimanche, on attendait son réveil ppur. lui. servir une tasse plçine d'un Câfc noir, chaud et vigooreuX'. Rien que :1e

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parfum de ce café réjonissait.son cerveau et donnait de Tâctivité à ses nerfs ; mais c'était après l'avoir sucré avec friandise, c'était après l'avoir dégusté à petites gorgées, dégusté à diverses reprises; c'était après Favoir savouré longuement que Félix sentait tout son être se vivifier et s'épanouir. ' Un verre de liqueur aclievait de le béatifier /et alors l'estomac léger, le ventre libre, VœU clair, la face brillante et le sourire sur les lèvres, il se levait de t^ble, disait quelque bon propos à Gfitherine, re^arduit en face sonr auguste liioitié et tutiDiyait ses élèves! si par hasard il venait à en rencontrer*

Or, il était dimanche : M. Félix Molirnier, aprè^ la m^iUeuredes siestes, sucrait son café, et d'autant plus magnifiquement, que sa femmç ne se. trouvait pas là. Tout-à-coup la digne femme arrive, >mdis si pale, mais si furieuse, que la dige^on du régent s'en troUf bla , et que sa tasse, jetée hors de ses^mcâns par la bçusque ^ecdusse de la surprix, bon-

33o LE RiGSMT DE RHÉTOUfQVE.

Hii sur la taMe et vint se briseï* sur le c^urreau;

Il ne fiiut être ni œteagère ni flamande pour connaître rimpression désagréable que produisent sto* les nerfs le bruit et l'a^ect d'un vase qui se casse; jugez combien la tasse en dâiris inspira de colère à M"*^ Molinier, déjà méoénlente et si économe de sa nature.

— - Vous aréz i^ison, s'écria-t-dle, brisez et cassez tout dans la maison.

*^ Le régent n'dsa pas r^ndre^ et, regarda sa femme, confus, contrit et incertuo.

•^ Un service de pwcekine dépareillé !

dépareillé!.... à jamais! car où ^nc

trouver des tasses pareilles? Voilà trente ans que celles-là, sont chez mci,

-^ AUous, fit M. Molinier d'un ton conciliateur ; c'est un aceident; il n'j a plus de remède; et quand tu crieras, ma bonne.....

-— Un accident ! oui ; mais c'est peut-être aussi un accident, n'est-il pas vrai? que ce petit polisson, cet enfiint de je ne sais qui, gardé chez vous je ne sais pourquoi ! . . .

— Ma femme l pourrkMifi-pc js bisser sur la rue ce petit garçou qui, de retour, le soir, au U>gis de m mère, n'y tnDuva feacsonne pour le recevoir? D'aillairs, il y a trois jours seu* lemeut qu'il est ici; et quand sa mère sera guéçie, elle nous paiera la pension entière de son fils au lieu de la demir peiisicm .

— Payer! EUel.^. D'abord elle ne sortira de l'hôpital que les pieds devant) 4»Miiite^ elle ne laissera pas un sou*

-^ £h bien! répliqua le régent ému^ nous garderons son fils cbcs nous et I^u noun bépira*

^- Oui i et encore qu^quea belles œuvres comme oela et vous serez ruiné. Groyez-vous que je me lève aussitôt qu'il feit jour, et que je travaille comme un nègre toute une sainte semaine pour élever des enfans d^aveuturière? Croyez- tous que je me tuje de fatigue, que je me détruise le corps et l'âme pour voir manger mon bien par le premier venu?

33a LE RÉGEI9T DE RHÉTORIQCE.'

— * Madame, interrompit Félix avec une sorte dé fermeté, j'ai connu dans ma jeunesse la mère du petit Théobald. Elle a été riche , et d^affreus: malheurs Font réduite h l'état 9Ù elle se trouve; Dieu m'a copfié cet enfant et je ne le repousserai pas.

— C'est ce que nous Terrons; oui, c'est ce que nous verrons ; ce (letit droie, ce petit insolent qui tout-à-Fheure m'a manqué de respect!

, Toutes les fi>i$ qu'un homme &ible s'est jeté par une fougue subite et inhabituelle dans une position hostile, sa fitiblesse ne tai^e pas à le reprendre; et si quelqu'occasion de céder ^ sans trop d'humiliation à ses propres yeux, vient à se présenter, il la saisit avec empressement. Ainâi, M* Molinîer, las, effrayé de la querelle que lui Élisait sa femme, et bien aise de se débarrasser ^ sans remords de la protection accoi^déepar lui à Théobald, répéta avec une inflexion de vqix courroucée, et en tâchant de se courroucer en effet :

LE LEGS D'EUDÀMIDiiS. 333

— Vous mauquer de respect !... Je voudrais bien voir cela.

— Vous pouvez le voir de suite; je lui ai ordonné de balayer la classe, car Catherine est excédée d'ouvrage. Eh bien, il s'est m^ à pleurer en criant : (c ma mère ! ma pauvre mère! » comme si on l'écorchait, et il a repoussé le balai.

Le régent haussa les épaules; et ee sigue neutre et ambigu , s'adressait autant à l'exigence de sa femme qu'au refus de l'enfant.

— Elle aurait bien pu ne pas lui Êiire balayer la classe, pensait-il; mais, après tout, pourquoi ce diable d'enfapt ne cèdet-il pas à ce caprice, et va-t-il irriter encore plus contre lui ma femme, qui déjà ne l'est que trop? ^

— Voulez- vous le nourrir à rien faire?

Voulez-vous qu'il ne gagne pas son pain?

Gagner son pain!... il lui &udrait bien balayer des classes pour le gagner, son pain ! . . .

-^ Je lui parlerai comme il £iut , et vous

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verrez^ ma bcmne aniîe, qu'il mm plâs raisonnable demain.

— Cest cela, n'est-il pas Traâ? Laîssez- Im feire tous ses caprices! Tenez, royei-^ joiÊS^ il ne tient a rien que je ne le mette tout-à-Vfaeure à là porte.

M. Molinier se leva, à contre-cœur, disons-le pourtant, et alla trouver le petit Tbéobedd, qui pleurait avec atnerlume. Le halai gissait à ses pieds, et uû cercle ^en« fans l'entourait et se moquait de lui.

"^ Oh ! domestique ! prends ton balai et vite encore! -^-^ Tu cireras mes bottes, garçon, et si elles ne luisent pas comme il faut, gare à t<H. -^ Garçon, voilà mon pied dans le derrière , ta es trop lent ! — Yeux - tu bien balayer, allemand?

A la vue du r^ent , les petits; garçons lui ouvrirent un passage et se refermèrent eiA cercle autour de lui; le maître leur fit signe de s'éloigner ; ils obéirent, mais de ma« nière à entendre ce qui allait se direi

LE LEGS I^WdAMIDAS. 33^

— PoiHnqiioi> TbéobaU, n'aTez^TOiB pas Toula obéir à IMT' MoKoier?

L'«ifaiit baissa h téte^ et contmua à pleurer ea silence.

'— TSe vouicz-Tous pas être docile?

Les larmes de renfant coutèceot taujour»

fi U ne tftva pas la tète.

— RéponcEezr-moi , Théobald , ne TOulee^ TOUS: pas être docile?

— MsL mère! s^da le pauTve petit gar^ ÇQD^ ma mèi^ ! je tcuk mourir aTCC toi.

Le cœur de M. Molinier se serra et des.

laifnies tombèrent de ses jeus.

Mais M'"'' Molinier était là, appuyée aw le balai qu^eUe a^ait. relevé.

— Ce a'est pas aînû que .tou» le ferez obéir, Toyez-Tous. Qu'il prenne le baki, et:

quiik fasse ce (|u!on,liiî oedonae: il finit bîei^ qu'il s'y habitue ! . ^

. -^ Ma' mère! ma^ mère] fiti de nouveau Veoiant : ma mèce^ oà m-'tnt

Et 1% pauvre petite créature, si cliétÎTe^

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