Stair's Journal, Hardwicke Papers, p
2. liecord Office, France, vol. 349. Paris, 29 janvier 1715. — Nous tenons celle dépêche, ainsi que le compliment de Jord Stair au roi, de M. Noël Sainsbury, qui a bien voulu la rechercher dans le riche dépôt dont il a \^ garde. Elle voit le jour pour la première fois.
3. Nous reproduisons exactement le manuscrit autographe. Lord Slair s'exprima de vive voix devant le roi, et ensuite rédigea pour son gouvernement en français.
Majesté qui se puisse communiquer réciproquement à vos peuples.
« Le Roy, mon maître, croit une telle boone intelligence absolument nécessaire pour le repos et le bien de son peuple et pour la tranquillité de TEurope; et il ne doute pas que Votre Majesté, ayant des sentiments semblables, ne fasse de son côté les pas nécessaires pour lever tout d'un coup les ombrages et les jalousies qui pourraient encore rester à aigrir les esprits de vos peuples, et qui pourroient être fomentées à troubler un jour la tranquillité publique.
« Je me trouve très honoré de la commission que j'ay du Roy mon maître, parce qu'elle me donne occasion d'approcher d'un si grand Roy qui est autant aimé et estimé par ses vertus et ses belles qualités personnelles, qu'il est admiré par ses grandes et éclatantes actions.
« Je m'estimeray fort heureux si, par mes soins et mes offices, je pourrois contribuer en quelque manière à conserver et à aflfermir une amitié que le Roy mon maître souhaite si ardemment à établir avec Votre Majesté. C'est à quoy je m'apliqueray uniquement tant que j'auray l'honneur de rester à la cour de Votre Majesté. »
A cette harangue, où la raideur du vieil antagonisme et de la nation perçait à travers la courtoisie et le respect, et dont la saveur étrangère ne déparait pas la haute allure, le roi répondit « très gracieusement et d'une manière fort ouverte en substance qu'il étoit très aise de voir les sentimens du roi de la Grande-Bretagne si conformes aux siens ». Il pria lord Stair d'assurer son maître qu'il ferait tout ce qui dépendrait de lui pour entretenir une bonne et sincère amitié avec le roi de la Grande-Bretagne et qu'il ne doutait point, puisqu'ils voulaient tous deux la paix, le repos de leurs peuples et la tranquillité de l'Europe, qu'ils
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ne trouvassent le moyen de lever toute sorte de jalousie et de prévenir tout incident qui pourrait troubler la tranquillité publique. Lord Stair serait témoin que son procédé répondrait à ses paroles.
L'ambassadeur lui remit alors la lettre de George I" et une lettre du prince de Galles. Louis XIV les reçut avec des paroles très obligeantes. Quant aux affaires dont lord Stair annonça qu'il aurait à Tentretenir avec sa permission, il dit qu'il y avait des choses qui regarderaient M. de Torcy; et que, pour les autres, il serait toujours prêt à les écouter. Les relations régulières se trouvèrent ainsi établies entre la dynastie protestante de Hanovre et le protecteur des catholiques Stuarts.
Au commencement de cette année qui fut sa dernière, le roi paraissait encore d'une santé très vigoureuse et très robuste.
Immédiatement après son audience, lord Stair eut part, dit-il, à un régal que Ton n'avait certainement pas préparé pour lui, c'est-à-dire la harangue des députés de la province de Bretagne. Le roi sortit de la chambre du lit pour les recevoir. L'archevêque de Rennes porta la parole. Afin de mettre dans un plus beau jour l'heureuse situation présente des affaires, plus zélé qu'adroit, il fit la peinture de l'horrible état où la France s'était trouvée à la fin de la guerre, et d'où le roi avait su la tirer par la supériorité de son génie, en mettant la division parmi les ennemis, quand la France paraissait à deux doigts de sa ruine, par où il était parvenu à conserver l'Espagne à son petit-fils et à donner encore la paix à l'Europe d'une manière tout à fait glorieuse pour lui et avantageuse pour son peuple.
L'ambassadeur après avoir ainsi recueilli par hasard un témoignage solennel de l'épuisement de la France, sauvée par la paix d'Utrecht si odieuse aux whigs, alla présenter
les lettres de congratulation du roi aux princes et princesses du sang, en commençant par le jeune dauphin qu'il trouva, dit-il, beau prince, fort bien fait, avec la mine de
vivre *
Il ne perdit pas non plus de temps pour seconder près du duc d'Orléans les vues de George P% ni le duc d'Orléans pour y entrer. Ce n'était pas la première fois que le neveu de Louis XIV nouait des relations secrètes avec les Anglais. Lorsqu'il commandait en Catalogne, pendant la guerre de la Succession,, en 1708, il avait tâté le même James Stanhope, maintenant secrétaire d'État, pour savoir si, à défaut de Philippe V et de l'archiduc Charles, les alliés ne l'accepteraient pas comme roi d'Espagne. Il était donc tout préparé à renouer; et il s'empressa de faire tenir la lettre suivante h l'ambassadeur pour le roi d'Angleterre.
Versailles, 2 février 1715.
« Monseigneur, les témoignages réitérés d'estime et d'amitié que Votre Majesté me fait Thonneur de me donner, par sa lettre que M. le comte de Stairs * m'a rendue me comblent de joie et de satisfaction, je m'en sens trop flatté pour ne pas faire tout ce qui dépendra de moy pour maintenir et conserver les bons sentimens de Votre Majesté. Je la suplie donc de croire qu'il n'est aucune occasion où, très attentif, je ne cherche à luy marquer
1. 11 est singulier que \eJouimal du très minutieux Dangeau passe cette audience sous silence. Voici tout ce qu'il dit de L. Stair : « Dimanche. 21 janvier 171*, milord Stairs est arrivé à Paris; il est nommé ambassadeur en France, mais il n'en prendra pas encore sitôt la qualité ». Dangeau se trompe sur la date de l'arrivée, qui eut lieu le 23 janvier.
2. Les Français de ce temps-là écrivent toujours Stairs, au lieu de Stair, qui est l'orthographe véritable, conforme à la signature de l'ambassadeur. Voltaire écrit toujours Stair.
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mon attachement sincère et le respect avec lequel je suis..., etc. *. »
Outre le roi, il écrivit au ministre, c'est-à-dire à Stanhope, dans les premiers jours de mars, mais pas de sa main. La lettre fut écrite par Thomme qu'il employait pour communiquer avec lord Stair; et celui-ci, en Fenvoyant au secrétaire d'Etat, fait remarquer qu'on y voit l'affection que le duc porte au roi, leur maître. Aussi, par réciprocité, s'est-il empressé d'affirmer que le roi en est d persuadé qu'il ne donnera jamais de mauvaise explication à aucune des actions du prince et que Son Altesse pourra faire librement tout ce qu'elle trouvera convenir ^ Stanhope, très flatté, répondit aussitôt qu'il se mettait aux pieds <lu duc d'Orléans, avec les plus fortes expressions de respect et de gratitude pour le grand honneur que Son Altesse Rovale avait bien voulu lui faire '.
L'homme en question qui allait du duc d'Orléans à lord Stair, était ou l'abbé Dubois, ou bien l'abbé de Thésut, secrétaire des commandements du prince *. Ce dernier personnage figure comme un de leurs intermédiaires; mais, confident déloyal, il les trahissait auprès de la cour jacobite de Saint-Germain, ainsi que, plus tard, le duc d'Orléans et lord Stair en acquirent la preuve '.
Stair, dès son installation à Paris, s'occupa de se créer un foyer d'information et d'action, d'abord près le duc