‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 123 sur 209 · Coxo, Mem. of Walpole^ voi. II, p · texte numérisé non relu

Coxo, Mem. of Walpole^ voi. II, p

dents de toute sorte dans ces régions, où ils ne seraient d'aucun service. « D'ailleurs, continuait lord Townshend, toujours au nom du prince de Galles, quand la nation est menacée d'une invasion, il serait impardonnable d'immobiliser au loin une partie si importante de ses forces navales. Le roi de Suède traite en ce moment avec les jacobites pour se joindre au Prétendant; et s'il voit l'Angleterre brouillée avec le tsar, il se croira libre de donner pleine carrière à sa passion de jeter un corps de troupes en Angleterre. »

De tels conseils, pleins de sens et de justesse, mais rudes et d'origine suspecte, devaient sonner mal aux oreilles du roi. Aussi Townshend essayait-il à la lin de sa lettre d'en pallier le fâcheux effet par une satisfaction au moins apparente donnée aux esprits bouillants du cabinet de Hanovre.

« Le prince, disait-il, sent l'imminent danger auquel les royaumes britanniques et l'Empire seraient exposés par la conduite du tsar, qui veut évidemment se rendre maître de toutes les côtes de la Baltique; et il pense que les mesures proposées dans la lettre de M. Stanhope doivent être mises à exécution plutôt que de souffrir que ce souverain aille plus loin et exécute le plan qu'il parait avoir formé. Mais tout dépend de ce que le Danemark peut faire. Si le roi pense que le roi de Danemark soit capable de venir à bout du projet dont il s'agit, qu'alors il lui insinue confidentiellement dans le plus grand secret, que non seulement il approuve son entreprise, mais qu'il le soutiendra et l'assistera dans la suite de cette affaire, une fois le coup frappé. Si, alors, la flotte moscovite veut attaquer le Danemark, sir John Norris déclarera qu'il a pour instructions de défendre ce royaume. Par toute autre voie, le roi rencontrerait d'insurmontables obstacles, dont le

moindre serait que le poids de la guerre contre la SuèiW et la Moscovie retombât tout entier sur Sa Majesté *. »

Cette précaution de laisser au Danemark la délicate mission de se risquer le premier, était l'équivalent d'un refus de concours, car il était certain que ce petit royaume n'aurait pas la témérité d'essayer de lui-même un pareil coup. Le roi ne s'y trompa guère.

Cette lettre à peine écrite, survint à Londres une nouvelle dépèche de Stanhope, celle du 29 septembre, sur l'impatience du roi d'en terminer avec le Régent. La réplique de Stephen Poyntz, c'est-à-dire de lord Townshend, du 25 septembre-6 octobre, ne fut obligeante ni pour Stanhope ni même pour le roi. « Lord Townshend est très affecté du tour fâcheux que les affaires du Nord ont pris. Les énergiques représentations que vous comptez faire au tsar lui paraissent certainement motivées; néanmoins, il ne voit pas comment on pourrait se flatter raisonnablement qu'elles fussent suivies de succès. La conduite du tsar dans cette conjoncture n'est assurément pas l'effet d'un changement soudain qui se serait fait en lui; mais la conséquence d'un plan qu'il a formé depuis longtemps. Que ce soit là la vérité, il en a donné une preuve suffisante en mariant sa nièce au duc de Mecklembourg. Il a, sans aucun doute, a une époque, regardé la Suède comme hors d'état de le troubler beaucoup ; et il semble ne pas avoir une plus grande appréhension de Sa Majesté, parce qu'elle n'a que le Danemark avec elle et qu'elle n'est pas en mesure de s'opposer à ses vues et à ses entreprises en Allemagne. »

Après ces lignes peu respectueuses pour le roi, venait

1. Lord Townshend à Stanhope, Hamplon Court, 23 septembre-! o<'lobre 1716. Coxe, Mem, of Walpole, vol. U, p. 87-îM).

l'ofTense directe : « Mîlord (Townshend) voit par une lettre de M. Robethon \ que le roi insistera probablement pour que Tescadre de sir John Norris reste à hiverner dans la Baltique; et il me commande de vous informer qu'il perd toute patience à voir quels ridicules expédients ces gens proposent à Sa Majesté pour se tirer eux-mêmes de leurs difficultés actuelles, comme si de vous laisser huit vaisseaux de ligne pris dans les glaces pendant six mois, pouvait peser d'un fétu dans la balance des affaires du Nord *. »

Cette disposition chagrine de Londres s'exerçait également à l'égard du Régent. On aimait à douter de sa bonne foi. On en parlait sur un ton sceptique. « Gomme le Régent trouvera son intérêt à cette alliance, Son Altesse Royale (le prince do Galles) espère qu'il agira loyalement avec Sa Majesté, et s'efforcera de mériter son amitié en décourageant toute entreprise du Prétendant ou de ses amis, pour envahir le royaume, ou fomenter des séditions ou des désordres cliez les sujets du roi *. »

Methuen, dans une lettre confidentielle à lord Stair, Whitehall, 2 (13) novembre, s'exprime ainsi : « On a fait quelques concessions sur le canal, parce que nos ingénieurs ont pensé qu'il valait mieux pour nous laisser

t. Secrétaire du roi pour 1a langue française, comme nous lavons dit précédemment. 11 était de la coterie des ministres lianovriens. Il écrivait à lord Stair, Hanovre, 9 octobre 1716, que la plus grande partie de la flotte de Norris hivernerait en Danemark et en Norvège. Slair Papers, Oxenfoord Cislle, vol. VlU.

1. Steph. Poynlz à Stanhope, Hamplon Court, 25 septembre (6 octobre) niG. Coxe, Mem, of Waipole, vol. 111, p. 91-92. — Voir aussi lord >lahon, vol. I, p. 238. 23U.

3. Mclhiien à lord Stair, Whitehall, 24 septembre-5 octobre 1716. Oxenfoord Castb*, Siair Paperf^ vol. V.

l'écluse comme elle est. Et puis je dois vous dire que les nouveaux troubles du Nord, où le tsar semble décidé à laisser de côté la descente en Scanie, pour cantonner son armée sur le territoire du roi de Danemark, font désirer au roi que ce traité soit conclu le plus tôt possible.... Le prince et les serviteurs du roi qui étaient ici chargés de TafFaire de Mardick ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour faciliter les choses, autant que cela était compatible avec Thonneur du roi et la sécurité du royaume '. »

A ce billet, Mothuen joint une lettre ofRcielle du même jour, destinée à rappeler au Régent ses devoirs de fraîche date : le prince « s'attend qu'aussitôt le traité achevé en Hollande, le Régent s'efforcera de cultiver l'amitié de Sa Majesté en chassant le Prétendant d'Avignon, en concourant cordialement à décourager tous les mauvais desseins des jacobites, aussi bien que de ceux des Français qui ont eu rimpudence de les aider ' ».

Le même, 13 (26) octobre, invite lord Stair à avoir les yeux ouverts sur ce qui se passe en France '.

Huit jours après, 22 octobrc-2 novembre, Methuen lui dit que le prince apprend avec plaisir que le Régent est touché des bons procédés que l'on a eus à Londres pour M. dlberville. 11 répète qu'on n'a insisté que sur ce «|ue rhonncur du roi, la sécurité et l'intérêt de son royaume exigeaient absolument, de sorte que le prince « espère que le Régent payera d'un juste retour un procédé si généreux, en révélant à Votre Excellence aussi bien qu'en décourageant les desseins de ceux qui cherchent toujours à troubler la paix de la Grande-Bretagne * ».

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