CHAPITRE XIX
A la Haye, les Autrichiens, les Hollandais et même rainbassadcur anglais, Horace Walpole, rendirent Tenfanlemcnt final de Talliance et du nouveau système, très laborieux.
Lï^motion avait été grande chez les Hollandais, lors- <|u'ils avaient appris par des lettres particulières de Paris, le voyage de Tabbé Dubois à Hanovre, ses conférences avec Stanhope, tandis que la négociation était ralentie et tenue on suspens chez eux. Le grand Pensionnaire Heinsius, tout troublé, vint demander à Horace Walpole si TafTaire serait conduite aulre part et sans concert avec la République; si les Etats devaient traiter avec la France séparément; si lui, Walpolcs avait ordre de leur communiquer ce qui aurait ùU\ signé h Hanovre; si la négociation commencée en Hollande y serait continuée, ou transportée ailleurs; et ce que les Etats devaient faire? Walpole, par les mains duquel venait do passer sous cachet volant, pour qu'il en prit connaissance, la relation que Stanhope envoyait à lord ïownshond de ses conférences avec Tabbé, s'efforça de
rassurer Heinsius, en lui disant que, si Ton avait signé quelque chose, c'était seulement afin de prévenir tout malentendu sur les paroles échangées entre les deux négociateurs; que tout dépendait de Fartîcle de Mardick et que la conclusion définitive aurait lieu à la Haye.
En même temps, il plaidait chaudement la cause des Hollandais auprès de Stanhope. Il demandait qu'on ne les laissât pas en dehors des deux traités alors en voie de négociation (alliance avec la France, alliance avec TEmpereur). Leurs hommes importants * avaient toujours désiré avant tout une étroite alliance avec TAngleterre; et ensuite, avec d'autres puissances pour le maintien de la paix. D^ailleurs les Etats avaient été invités à entrer dans l'alliance avec l'Empereur; ils avaient eu aussi de nombreuses cqnférences avec l'ambassadeur français; si on les amenait à décliner l'une et l'autre alliance, on les exposerait à des fluctuations continuelles et aux intrigues des partis qui chercheraient leur force dans une étroite union soit avec l'Empereur, soit avec la France. Or la chose véritablement essentielle était de ne rien faire que de concert et avec le consentement de l'Angleterre, l'intérêt des deux nations étant inséparable.
« Nos amis, dit Walpole, se sont opposés à ce qu'on traitât avec la France sans nous. Ils espéraient certainernent que nous ne traiterions pas avec elle sans eux. Ils comptaient qu'en une afl'aire de si grande importance, nous irions la main dans la main. Si nous signons sans eux avec la France, après avoir déjà conclu le traité avec l'Empereur sans eux, ils feront une pauvre figure, étant exclus de ces importantes alliances, eux qu'on avait tant recherchés et pressés d'y entrer.... Les Français ne man-
i. Heinsius, Slingelandl, FageL
queront pas d'employer tous leurs artifices et leurs efforls pour les entraîner à traiter avec eux,... surtout si les Impériaux persistent à vouloir les mener haut la mai». Alors l'Angleterre et la Hollande se trouveraient séparées dans tout ce qui a rapport à la France. Et ne se pourrait-il pas que l'Empereur agit avec les États, de manière à leur donner des raisons do recourir k la France pour la garantie de la Barrière *? »
En vue de prévenir ce danger, et pour tranquilliser les esprits, Horace Walpole autorisa le Pensionnaire à communiquer, sous le sceau du secret, aux députés pour les Affaires étrangères , les extraits des conférences de Hanovre, qu'il avait pris dans la dépêche de Stanhopc ù Methuen. Il proposa même à Stanhope d'adjoindre un ingénieur hollandais à la commission anglaise pour Mardick. u Cela les satisfera, dit-il. Si le Régent refuse, ils auront la preuve de son peu de sincérité et de ses chi-
canes *. »
Bientôt, avec la permission du prince de Galles, qui se dispensa de consulter le roi, Horace Walpole donna connaissance officiellement aux députés des articles de Hanovre et des explications dont les avaient accompagnés Stanhope et Dubois. Il leur permit de les mettre par écrit, avec prière de garder le secret, pour autant que le bien de leurs affaires et la nature de leur gouvernement le permettraient : restriction très propre à mettre les indiscrets à Taise. Il réitérait toujours que, jusque-là, tout était conditionnel et dépendait de l'article de Mardick. Sans cette démarche, il y aurait eu, écrivait-il à lord Townshend, beaucoup de confusion en Hollande à voir la scène entre nous et
1. Roberl Walpole à Slanhope, la Haye, 1" septembre 1716. Rec, 0/f., Ilollandy vol. 315.
2. H. Walpole à Stanhope, la Haye. 8 septembre 1716. /</., ibid.
la France, conlinuellement changée d*un lieu à un autre, sans qu'il fût donné connaissance aux Etats de ce qui se passait dsuis ces diverses conférences sur une affaire où ils devaient devenir parties *.
Mais, de son côté, le roi, désavouant d'avance son ambassadeur et pressentant sans doute qu'il agissait d*après les instructions du prince de Galles, lui faisait écrire sèchement par Stanhope que c*était son sentiment que les États devaient être parfaitement satisfaits de la communication qu'il avait faite au Pensionnaire et à quelques-uns de leurs amis seulement '.
Cette lettre impérative était du 15 septembre. Mais avant qu*elle parvint à la Haye, la chose était faite, et même au delà. Car, au lieu de se borner à informer non pas seulement quelques amis, ni même les députés pour les Affaires étrangères, un rapport du Pensionnaire avait tout exposé -aux États de Hollande, assemblés le 18 septembre. Horace Walpole s'excusa auprès de Stanhope et du roi sur ce que riniminence de la réunion des Etats Tavait obligé à se déterminer promptement. Il avait ôlé toute occasion de jalousie et d'ombrage qu'autrement on aurait pu prendr<'^. Il se consola du côté de lord Townshend par Tespérance que le prince de Galles Tapprouverait * : étrange L'ouvemement bicéphale, qui commandait à la fois de Hanovre et de Londres à la Haye, avec des vues contradictoires, suggérées par Tanimosité réciproque du père et du fils.
Cependant le cabinet de Londres envoya comme plé-
1. Hor. Walpole à lortl Townshend, la Haye, il septembre; à Stanhope, 10 septembre, à lord Townshend, 13 septembre, à Stanhope, 15 seph»mhrc 1716. /</., i6irf.
2. Hor. Walpole à lord Townshend, à Stanhope, la Haye, 19 septembre 1716, i-n français, /rf., ihul.