Id.^ ibid
\. Hor. Walpole à lord Townshend, la Haye, 22 septembre 1716. /cf., ibid.
3o0 LE REGENT, L ABBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS.
nipotentiaire, conjointement avec Horace Walpole, lord <]adogran: et toutefois il le munit de pouvoirs insuffisants.
Dès son arrivée ù la Haye (6 octobre), les envoyés' autrichiens, c'est-à-dire le marquis de Prié, qui Tavait devancé de trois jours, et M. de Heems, chargés tous deux de négocier Talliance pendante avec la Hollande, protestèrent contre ]*alliance française. M. de Prié, tel était Ténormc orgueil de la cour de Vienne, se plaignit à Walpoie que l'Angleterre mit la couronne de France sur un pied d'égalité avec TEmpereur. Les suites de cette alliance, disait-il, par Texclusion du duc d*Anjou à la couronne de France, feraient tort aux prétentions de l'Empereur sur rEsp<ignc. Après s*être plaint trois heures consécutives, malgré les efforts de Walpole pour le rassurer, il alla porter ses doléances au Grand Pensionnaire. Heinsius, peu satisfait des procédés de la cour de Vienne, dans l'affaire de la Barrière, et se sentant obligé aussi de marcher d'acconl avec les Anglais, lui répondit sans détour, qu'on ne pouvait pas éviter de faire alliance avec la France. La République était si épuisée qu'elle demandait nécessairement (|uolque repos pour reprendre haleine et se mettre en état de rendre plus de services à ses amis dans les occasions. La France regarderait un refus comme une déclaration d'inimitié perpétuelle. Alors elle les troublerait par li' moyen du Prétendant ; et de là pouvaient sortir des conséquences susceptibles d'intéresser TEmpereur, aussi bien qu(^ le roi et les États *.
On était convenu, tout d'abord, d'unjour pour commencer
I. Hor. Walpolc ù Slanliopc, la Haye, G oclobre 1716, en français. Ret\ o//'., IloUand, vol. 313.
à négocier raccession de la République à ralliance angloautrichienne. Les Impériaux se dédirent, sous prétexte que la nouvelle qu'ils recevaient d'Angleterre d'une alliance avec la France, les obligeait à s'arrêter court et à demander des ordres à Vienne. Ils avaient pleins pouvoirs, et pour établir une alliance défensive avec les Etats sur le même pied qu'avec le roi, et pour régler les difficultés de la Barrière ; mais aussi l'ordre exprès de ne pas faire le moindre pas vers une alliance, s'ils les trouvaient en quoi que ce fût disposés à en contracter une avec la France. Les Anglais étonnés demandèrent qu'on négociât du moins sur la Barrière. Prié répondit qu'il n'y avait rien à faire là-dessus non plus, si le traité devait se poursuivre. Il manifesta beaucoup d'inquiétude au sujet de la garantie des deux successions, comme préjudiciable aux intérêts de l'Empereur et très avantageuse à la France. Les Anglais essayèrent de lui prouver que néanmoins les prétentions de l'Empereur restaient entières et intactes; qu'en retour des grands avantages qui leur étaient accordés relativement au Prétendant et à Mardick, il n'y avait aucun avantage stipulé en faveur de la France, en dehors de l'assistance à donner au Régent dans ses prétentions à la couronne de France, conformément au traité d'Utrecht*.
Mais, entre les Anglais et les Hollandais, il y avait toujours des tiraillements. Le Pensionnaire et Slingelandt critiquaient Tordre du roi de signer au plus tôt avec l'abbé, dès qu'il serait présent, en réservant aux Etats le droit d'accession. Ils craignaient que la bonne harmonie établie en Hollande par les communications déjà faites, n'en fût troublée. On leur avait assuré constamment que tout ce qui serait arrêté à Hanovre et en Angleterre, serait porté à la
1. Lord Cadogan et Hor. Walpolc à lord Townshend, la Haye, 9 octobre 1716. Ktc, Off,^ Holland, vol. 373.
HSi LE UÊliKNT, LABBË DUBOIS ET LES ANGLAIS.
Ilayo pour y être examiné et conclu avec les États, comme parties principales. Ils avaient aussi quelques petits intérêts à démêler avec la France, entendant par là certaines facilités de commerce qu'ils demandaient. Heinsius persistait dans le plan do conclure simultanément (simul et semel) les d(Mix alliances impériale et française. Il accordait cependant, si la cour do Vienne s'opiniàtrait à se récrier et à refuser de rion faire à cause de Talliancedc France, que les Anpiais seraient suflisamment justiRés de passer outre, avant (|uo les Etats eussent accédé au traité avec TEmpereur*.
La décision du roi de traiter ssms attendre les Hollandais causait un cruel souci à Walpole, parce qu'en toute occasion, il leur avait promis. g<iranti le contraire. Il s*en explique amèrement avec Steplien Poyntz (la Haye, 10 octobre). Les lettres que le messager porte en Angrleterre ^ lui rendront compte, dit-il, de la grande confusion des aflaires du Nord, et de Textrême épouvante où sont les ministres à Hanovre; et, il le reconnaît, non sans bonne raison. « Mais je voudrais qu'on ne proposât pas des choses qui semblent impraticables, ou de nature, si elles étaient mises a exécution, plutôt à augmenter le mal que nous craignons, qu'à y remédier. Si nous devons ici cli.'uiger nos mesures si précipitamment, à chaque alarme, nous dévoilons notre faiblesse; et je dois avouer que je ne saurais [)lus comment me conduire. Je vais faire tous mes («florts pour ne pas perdre courage; et en m'attachant avec fermeté à ce qui semble solidement droit, j'espère me tirer dos perplexités, qui, en ce moment, troublent l'esprit des gens. Si nous devons avoir confiance dans la France, ne
1. Lord Cadugaii cl Ilor. Walpole ù Stanhope, la Haye, 10 octobre 1716. vn Trançais. /(/., ihid,
'2, Sans doute celle de Slaiihopc à lord Townshend, du 23 septembre. Voir plus haut, p. 330.
sora-t-il pas nécessaire de concerter avec le Régent et les Etats les meilleures mesures pour apaiser les troubles du Nord et arrêter les progrès de la puissance et Thumeur envahissante du tsar *? »
Les envoyés impériaux, impassibles au milieu de cette agitation morale, que, peut-être, ils ne pénétraient pas, voulurent bien consentir à entrer en conférence avec les députés pour les Affaires étrangères relativement k la Barrière, mais sans dire mot de l'accession des Etats à Talliance entre l'Empereur et le roi d'Angleterre. Ils ne savaient pas, disaient-ils imperturbablement, que le traité avec la France fût si avancé; et ils avaient ordre de ne faire aucune démarche pour une alliance avec les Etats, si ces derniers étaient résolus à en conclure une avec la France *.
Cependant par ordre du roi, dans Tcspoir de les apaiser, Horace Walpole et lord Cadogan leur communiquèrent le traité, afin de les convaincre qu'il ne contenait rien de préjudiciable aux intérêts de l'Empereur . Ils n'y purent pas trouver beaucoup î\ redire; mais ils se retranchèrent de nouveau sur ce que leurs instructions les empêchaient de traiter de Tatliance avec les États ; et ils se bornèrent strictement à conférer sur la Barrière, encore avec peu de fruit.
Lord Townshend adressa à Schaub,Ie ministre d'Angleterre à Vienne, une sorte de plaidoyer d'où ressortait, dans sa vivacité, le caractère aigu du débat : « Nous voyons par nos dépêches de Hollande que le marquis de Prié a commencé à montrer, au nom de la cour impériale, une avor-
1. lior. Walpole à Steph. Poynlz, la Haye, 10 octobre 1716. Coxe, Mem. of Walpole y vol. 11, p. 102-103.
2. Hor. Walpole à lord Stair, la Haye, 13 octobre 17i6. Oxenfoord Castle, Slnii' PaperSf vol. VI.
sioii marquée pour toute alliance du roi et des Étals avec la couronne de France. Son Altesse Royale ' trouve cette manière d'agir déraisonnable. Après Timmense effusion de sang et d^argent que ce royaume-ci a faite pour soutenir les intérêts de TEmpereur en particulier el lui procurer d(^s acquisitions (territoriales), il semble bien dur que nous ne puissions pas nous mettre à Tabri des dangers qui nous menacent du côté de la France par Hardick et le Prétendant. sans causer de si étranges alarmes à Vienne. Cependant nous étions en droit avec plus de raison d'attendre de nos bons amis dans cette cour, qu'il leur serait agréable de nous voir |»rocurer ces avantages à la Grande-Bretagne, spécial- Icment la démolition des écluses de Mardick, qui seule suffirait à justiKor notre alliance aux yeux de qui nous veut du bien : d'autant que si nous n'avions pas pu nous retirer du flanc cette épine, comme nous avons fait, nous aurions été tellement bridés et tenus en respect, qu'au lion d'être en état d'assister nos amis à l'occasion, nous nous serions trouvés dépourvus de toute sécurité chez nous, et continuellement exposés «^ do dangoreuses entreprises sur nos côtes '. »
Le (*omte de Sinzendorf, chef du cabinet de Vienne, consentit à s'apercevoir que l'Angleterre avait le droit de pourvoir à sa propre sûreté. Mais il prétendait que le roi arrêtât ses négociations avec la France, jusqu'à ce que l'Autriche et la Hollande pussent y entrer ensemble. Lord Townshend trouva cette idée impraticable et impossible. « Le soûl point de Mardick est de si grande conséquenco pour l'Angleterre, même pour tous nos amis du dehors, que s'ils jugeaient sainement de leur propre intérêt dans