‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 149 sur 209 · Voir sa iellre à Stanhope du 10 (27) octobre · texte numérisé non relu

Voir sa iellre à Stanhope du 10 (27) octobre

COUP D*ËTAT MINISTÉRIEL. 423

H novembre. Presque au même moment, 2 (13) novembre, lord Townshend tombait dans la récidive; et pour comble, il touchait un de ces sujets qui avaient le don de mettre le roi hors de mesure, c'est-à-dire les choses de famille.

Il rendait compte que, le prince de Galles étant revenu de Hampton Court, le conseil s'était réuni pour voir ce qu'il y aurait, d'après les ordres royaux, à proposer au Parlement dont la session était prochaine. Car il avait élé prorogé le 18 (29) septembre pour un mois.

Relativement aux affaires du Nord, les lords du conseil, en présence des menées de Tambassadeur suédois avec les jacobites, regardaient comme indispensable d'occuper le roi de Suède chez lui. Mais considérant Tobstination et l'acharnement de ce prince, la pauvreté et la faiblesse du Danemark, la perfidie et la corruption de la Prusse, le peu de probabilité d'une cordiale et efficace assistance de la part de l'Empereur, ils pensaient que le roi ne pourrait pas se tirer des difficultés où les affaires du Nord l'avaient plongé, sans en venir à de meilleurs termes avec le tsar, car ce prince était parvenu à se mettre sur un tel pied qu'il était impossible de lui imposer les conditions qui auraient été peut-être les plus avantageuses dans l'intérêt et pour la paix de l'Empire. Les lords étaient donc humblement d'avis qu'il vaudrait mieux concéder quelque chose au tsar plutôt que de risquer, en l'irritant, de le jeter dans les idées et les plans de la cour de Prusse et peut-être de celle de France. Il fallait donc employer toutes les voies de douceur pour lui persuader de poursuivre vigoureusement ses desseins sur la Suède, ce qui exigerait l'envoi d'une escadre anglaise dans la Baltique au printemps. Mais quant à y laisser des vaisseaux l'hiver, ce serait les ruiner, sans servir en rien les affaires du roi.

Déjà, lord Townshend avait rejeté du haut de sa rudesse

une combinaison de ce genre, rêve des Hanovriens, suggérée par Bemsdorf et appuyée par le bouillant Stanhope.

Lie roi n*en avait pas été médiocrement choqué. Il le fut bien davantage de ce qui suivait dans celte dépèche : « La nation est si fatiguée des taxes qu*il sera difficile d*amener le Parlement à conserver les forces sur pied ou à augmenter les subsides. Dans cette situation, si le roi ne vient pas en personne *, il sera absolument nécessaire qu*il donne au prince de Galles un pouvoir discrétionnaire pour conduire cette afTaire au Parlement de la manière la plus propre à obtenir une solution favorable. Car il est impossible de savoir ce qui peut survenir dans les chambres, surtout si l*on doit attendre de Hanovre les instructions du roi, à chaque incident qui serait jeté sur le chemin pour empêcher le service de Sa Majesté *. »

Horace Walpole à qui le roi, sur la proposition de Stanhope, avait permis de rentrer de la Haye en Angleterre, reçut mission de porter la dépèche ministérielle à Hanovre et d\' donner les explications convenables sur Tétat des affaires '.

Un ])Ouvoir discrétionnaire au prince de Galles ! Autant valait, selon George P% lever ouvertement Tétendard de la révolte. En laissant à regret son fils derrière lui en Angleterre, sous le titre suranné de gardien du royaume, il avait circonscrit son pouvoir dans les bornes les plus étroites; et, de son éleclorat, il suivait d'un œil défiant, il scrutait en

!. Pour la sfssion.

2. Lonl Townshend à Stanhope. Whitehall, 2 (13) novembre 1116. Goxe, vol. II, p. 120-123.

:). Id.. ihid. — Lord Mahon, vol. 1, p. 252, dit que le roi avait manifesté rinlcntion de passer tout l'hiver dans rÉlectorat, si l'on pouvait trouver moyen de conduire les afTaires en son absence. Alors, il était tout simple <|ue le cabinet demandât des pouvoirs suffisants pour le prince de Galles. Mais nous no voyons pas dans les correspondances de Coxe, dont se sert lord Mahon, qu'il soit fait mention d'un projet de séjour si prolongé à Hanovre

toute rigueur chaque pas, chaque parole du prince. Il jalousait la popularité qu'un caractère moins froid et moins réservé, une certaine connaissance de Tanglais, et diverses mesures gracieuses avaient acquise à celui-ci. Les partis ne manquèrent pas de découvrir le défaut de la cuirasse. Ils vantèrent à Texcès Taffabilité du fils, son désir de conciliation, son amour des usages anglais, éloges où se déguisaient autant de traits satiriques conlre le père. Des adresses de dévouement vinrent de différents comtés, à l'instigation secrète dos jacobiles. Certains whigs mécontents enchérirent bruyamment.

Le prince, au lieu de réfréner ces dangereux amis, au fond malintentionnés, se lia plus étroitement encore au duc d'Argyle que le roi ne pouvait pas souffrir, caressa les tories et les whigs opposants, et laissa voir une grande impatience de rouvrir en personne le Parlement. Les ministres, particulièrement lord Townshend et Robert Walpole, tenant leur autorité du roi, avaient d'abord été mal vus de la petite cour de Londres, « enchaînés à la rame, disait Walpole, travaillant comme des esclaves et regardés comme tels ». Ils s'efforçaient à la fois de contrecarrer Tascendànt du duc d'Argyle et de gagner la confiance et la faveur du prince. Ils y parvinrent. Mais, fatalité des mésintelligences de la maison royale! leur sage conduite d'un côté n'éveilla de l'autre côté que jalousie et soupçon *.

Le Hanovrien Bothmar, laissé comme surveillant à Londres, et profondément irrité contre des ministres qui mataient son avarice, envenimait les dissentiments par ses rapports perfides.

Il faut dire cependant qu'à part lord Townshend, le ministère ne cachait pas sa mauvaise volonté quant à

1. Lord Mahon, vol. I, p. 255 et suiv.; — Coxe, vol. IF, correspondances.

iM LE RÉGEXT. L ABBÉ DUBOIS ET LES A5GLAIS.

l'alliance française. « Son Altesse Royale, écrivait Melhuen à lord Stair, est très désireuse de croire à la sincérité du Régent dans toutes ses protestations d^amitié pour Sa Majesté, et en particulier dans ce qui se rapporte à la conclusion du traité à la Haye, bien qu*il soit passablement difficile de concilier cette opinion avec la conduite deTabbé Dubois, lui qui a d'abord refusé de signer le traité avec milord Cadogan, sous prétexte que les pleins pouvoirs envoyés d'ici étaient trop généraux; et qui, depuis, Ta refusé encore, quoique milord Cadogan eût reçu de nouveaux pouvoirs conçus exactement dans la forme que Fabbé lui-même avait requise, sous prétexte qu'ils n'étaient pas contresi;ifnés par un secrétaire d*Etat. Cette formalité n est pas d'usage ici, ayant toujours été regardée comme inutile pour les instruments scellés du grand sceau.

<' Quoi qu'il en soit, un court espace de temps nous montrera si le Régent approuve ou non ces subtilités; alors Sa Majesté et Son Altesse Royale sauront sur quoi compter et prendront leurs mesures en conséquence. »

Kt dans une seconde lettre du même jour : (c Je ne saur«iis répondre de ce qui se passe pour le traité de l'autre côté de l'eau ; mais si l'abbé devait finir par ne pas signer, j'espère que le Régent, après la manière honnête dont le roi a agi dans cette affaire, ne trouverait plus Sa Majesté facile à abuser une autre fois. Je peux me tromper, mais je crois que si ce traité est fortement dans notre intérêt, il Test bien davantage dans celui du Régent *. »

(les hargneux politiques étaient dans Terreur. Les chicanes de Tabbé tenaient à Texcès de son désir de conclure un arrangement ferme; et c'était précisément contre eux,

1. Methiien à lord Slair, Whilehall, 12(23) novembre 1716. Siair Papers, Oxerif. Cas t., vol. V.

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à la suite de ces incidents, et non contre Tabbé, que grondait le courroux du roi.

Us Tattisèrent comme à plaisir. Ce qu'il y avait de Iriste pour eux, c'est qu'ils ne pouvaient pas faire autrement, étant donnés Tobligation de convoquer le Parlement, l'absence du roi, leur désir de ne pas désobliger le gardien du royaume, à qui souriait tant Tidée de remplir cette haute fonction de la souveraineté. Us ne pouvaient pas se dispenser de prendre son parti, sous peine d'interrompre^ l'exercice de la puissance publique. << Il est nécessaire, disait Robert Walpole, que le roi fasse connaître ses intentions quant au Parlement, de façon que le prince ne croie pas qu'il veut ajourner la session, uniquement pour le fi*ustrer de ce qu'il désire si vivement; et c'est à nous que cela serait imputé *. »

Il se passa encore cinq semaines, jusqu'au moment où, lord Townshend poussant devant lui, les yeux formés, demanda pour le prince un pouvoir discrétionnaire, (le langage imprudent venait à l'appui des imputations do lord Sunderland contre les cabales de Londres. Dès lors, la résolution du roi fut prise de disgracier le ministre. Il en suspendit l'exécution à cause de la lettre justificative qu'il reçut de Townshend, en date du H (22) novembre, relativement aux difficultés survenues à la Haye, et en attendant Horace Walpole qu'on lui annonçait de Londres '.

Ce dernier, en effet, arrivé à la Hâve le soir du 17 novembre ', ne prit que le temps de visiter le Pensionnaire,

1. Lettre à Stanliope, Londres, 28 septembre (9 octobre) 1716; — Coxe, vol. II, p. 94.

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