Il rentra à Londres le 30 janvier 1717, n. s
les scribes avaient mis dans le texte latin, roi de France au lieu de Roi Très-Chrétien; Regem Galliœ pour Regem christianissimum.
DuboiSy laissant à M. de Châteauneuf le règlement de ces menues difficultés, fit ses préparatifs de retour en France. Il prit congé des États par un mémoire du 28 janvier 1717, rédigé sur ce ton de protection convenable à une vieille monarchie envers une république née le siècle précédent, et selon la rhétorique étudiée qui caractérise les écrits sérieux de Tabbé.
a L'abbé du Bois, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du roi de France, ayant rempli les ordres que Sa Majesté lui a confiés pour contribuer avec M. le marquis de Châteauneuf à Tancienne union entre le royaume de France et les Provinces-Unies, laquelle après avoir pris naissance sur les fondements de cette République, s'est maintenue si longtemps avec une satisfaction et des avantages réciproques, se dispose à se retirer en France, puisque le Seigneur a béni les bonnes intentions de Sa Majesté le roi de la Grande-Bretagne et de Vos Hautes Puissances pour le repos public par rheureuse conclusion d'une Triple Alliance entre les couronnes de France, d'Angleterre et Votre République, qui n'a pour but que le maintien de la paix de leurs États et la tranquillité de TEurope, et que le concours unanime de toutes les provinces de la République pour la perfection d'un ouvrage si salutaire ne laisse rien à désirer. »
Il croit donc pouvoir se servir de la permission qu'il a de retourner en France ; mais il a ordre d'assurer Leurs Hautes Puissances que « Sa Majesté et Mgr le Régent voient avec une complaisance infinie le renouvellement de cette liaison, déjà accompagnée de leur part d'une amitié aussi attentive aux intérêts de la République
qu'à ceux mêmes de la France, et qni commence à liaiire revivre les temps où la couronne de France reconnoissoit ses amis et ses ennemis à la conduite qu'ils tenoient à l'ég-ard des Provinces-Unies; et de vous confirmer Tassurance qu*il vous a déjà donnée de leur part qu'ils seront attentifs à vous faire ressentir des effets solides de leur bienveillance et du désir qu'ils ont de s^employer efficacement dans toutes les occasions qui se présenteront à ce qui pourra être utile à la République pour la sûreté de ses Etats, le maintien de sa liberté et Tavantage de ses sujets*. »
Aussi Tabbé a-t-il de l'impatience d'aller rendre compte à sa cour des bonnes intentions qu'il a remarquées chez tous les déput«\s et de leur rendre ce témoignage qu'il a reconnu dans tous une véritable inclination pour le rétablissement d'une amitié sincère avec la France, on respect et une (b*férence infinie pour le roi, et une entière confiance dans la pénétration, la sagesse et la noble candeur du Régent.
Il n'oubliera pas les égards qu'ils ont eus pour les ministres du roi, <( (fui au lieu d'avoir à exagérer les difficultez qu'ils auroient eu à surmonter dans le cours de leurnégociation, n'ont qu'à se louer des facilitez, et des secours qu'ils ont trouvé dans la sincérité de Vos Hautes Puissances ».
L'abbé terminait par des remerciements pour les bontés
i. Il est assez piquant de rapprocher ce langage magnifique de quelques-uns des termes des superbes reproches de Loais ZIV dans son manifeste de guerre du 6 avril 1672 : « La mauvaise saUsfaction qu*a Sa Majesté de la conduite que les États-Généraux des ProTÎnces-Unîes ont eu depuis «pielque temps en son endroit, étant Tenue ai avant, que Sa Majesté, sans diminution de sa gloire, ne peut dissimuler plus longtemps l'indif^nation qui lui est causée par une manière d'agir si peu conforme aux grandes oUif/aiions dont Sa Majesté et les roi» ses prédécesseurs Us ont comblés si libéralement.,, ».
dont ils l'avaient honoré personnellement; jointes à la vénération qu'il avait pour eux, elles l'obligeaient à faire profession d'une partialité juste et bien fondée pour celle puissanle République et d'une estime sincère pour les illustres membres qui la composaienl, etc. *.
Malgré le luxe de politesse qui parait ce langage, on ne put s'empêcher de remarquer à la Haye que l'abbé Dubois s'était abstenu de mettre en tête de son écrit les mois Hauts et Puissants Seigneurs et que M. de Châteauneuf faisait de même dans ses communications. On crut que c'était pour n'être pas en reste avec l'Empereur qui avait accoutumé de commencer ses lettres par les mots Hauts et Puissants et n'y ajoutait pas Seigneurs.
L'abbé quitta la Haye le 3 février 1717. Les Etats-Généraux lui rendirent de grands honneurs. Ils mirent à sa disposition leur yacht, où il s'embarqua au son des fanfares, au bruit de l'artillerie *. Il se dirigea vers Mardick, fâcheux point dans la circonstance pour atterrir.
D'autre part, le Régent avait envoyé à Avignon le comte de Dillon, lieutenant général des armées du roi, pour disposer le Prétendant à se retirer en Italie. Il ne voulait employer que les moyens de douceur, par égard, et pour l'exilé et pour le pape. Le prince se soumit discrètement, en priant qu'on payât ses dettes, ce que le duc d'Orléans fit volontiers. Il partit d'Avignon le 6 février 1717, et traversa les Alpes au mont Cenis '. A Turin, le roi de Sicile, Victor-Amédée II, mécontent de l'Autriche et de l'Angleterre, lui témoigna des égards raffinés. Il gagna
l..Lamberty, t. X, p. 14-16.