VI PREFACE
D'abord, comme source première, au Public Record Office (archives d'Angleterre), la série France^ vingt-quatre volumes, n^ 346-369, embrassant les huit années de la Régence (4715- 1723). Nul, jusqu'à ces derniers temps, ne leur avait demandé leur secret. Pour la première fois, ils prennent place dans l'histoire *.
Mais il n'était pas possible de s'enfermer strictement dans les papiers de France. Gomment, avec l'Europe de 1715, alors qu'on sortait à peine de la guerre de la Succession d'Espagne, comment étudier les relations politiques de la France et de TAngleterre, abstraction faite de la Hollande et de TAutriche, les alliées de l'Angleterre dans la coalition contre Louis XIV? La Haye était devenue la capitale diplomatique de l'Occident. Il semblait qu'aucun acte important ne dût s'accomplir dans la politique générale, si elle n*en était le théâtre et la régulatrice. L'Autriche medntenait quand même ses prétentions sur l'Espagne contre Philippe V et voulait river l'Angleterre de George 1" à sa tenace ambition. Nous avons donc cru devoir faire entrer dans nos recherches les deux séries de papiers d'État Holland et Germany.
Ici, c'est pour nous un devoir bien agréable que de rendre hommage à la parfaite obligeance et à l'amitié de M. W.- Noël Sainsbury, rédacteur du Calendar des colonies, immense travail, auquel s'est ajoutée la fonction de conservateur adjoint du Publie Record Office, Sa libérale initiative nous permit de copier et d'extraire tout ce qui nous intéresserait dans les précieuses collections que des usages surannés à la fois entr'ouvraient et fermaient à la curiosité. De plus, tout récemment, il découvrait, après de laborieuses investigations, et nous envoyait des documents très curieux fixant, à propos du traité de la Haye, la jurisprudence des protocoles quant au titre de
1. Ces papiers présentaient des traces de recherches antérieures sur deux points seulement : la démolition de Dunkerque stipulée dans le traité d'Utrechl en 1713, et les faits relatifs au prince Eugène de Savoie. Il est bon de rappeler qu'au Record Office, jusqu'en 4876, on ne permettait pas aux travailleurs de prendre des notes, encore moins des copies par eux-mêmes. Ils indiquaient seulement les pièces dont ils désiraient qu'on nt des copies pour eux. S'il s'agissait de simples extraits, ils les désignaient h la marge par un trait de crayon. Rien donc de plus aisé qué de reconnaître si et en quoi on avait été précédé.
PRÉFACE. Vil
roi de France que les rois de la Grande-Bretagne s'attribuaient, inéme lorsqu'ils traitaient avec la France ^ Il a fait davantage : à ces documents, déjà d'un si haut prix, il en a ajouté d'autres, également inédits, sur les négociations entre le Régent et George I**'; par exemple, les seuls renseignements d'origine britannique qui existent sur la célèbre entrevue de l'abbé Dubois avec le secrétaire Stanhope, à la Haye, en juillet 1716 *. Joignons-y l'audience de réception de Louis XIV à lord Stair en 1715, dont la mention ne se rencontre dans aucun des mémoires du temps.
Cependant il y avait dans les papiers du Record Office des lacunes considérables sur les deux premières années (1715-1717), c'est-à-dire sur les rapports secrets de George P', par l'intermédiaire de lord Stair,avec le duc d'Orléans,du vivant de Louis XIV; et ensuite ses rapports officiels, avec le duc d'Orléans devenu le Régent : précisément la période la plus délicate pour des raisons diverses, soit qu'il s'agît de nouer, en la dérobant aux yeux du roi, leur intimité naissante; soit que la politique incertaine du Régent la compromît et faillît la transformer en un violent antagonisme. Les papiers de lord Stair, Slair Papers, nous ont offert bien heureusement le complément désiré. M. le comte de Stair nous a fait l'honneur de nous ouvrir, à sa résidence d'Oxenfoord castle, près d'Edimbourg, ses archives de famille et la correspondance du chef illustre de sa maison au xvin® siècle. Les renseignements les plus piquants, les plus variés, les plus authentiques y abondent. Nous prions M. le comte de Stair d'accepter nos remerciements pour sa haute courtoisie et son gracieux empressement à livrer à nos études ses trésors historiques ^.