‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 58 sur 209 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

A Paris, lord Slair, entouré des cunemis de son maître, accrédité auprès d'une cour tout entière jacobite, dont il avait à surveiller les tendances, à contrecarrer et à dénoncer les menées hostiles qu'elle lui dérobait soigneusement, se vovait dans la nécessilé cruelle de se rendre insupportable. Il était infatigable et très fatigant auprès du Régent, au moins de deux jours Tun au Palais-Royal '. Les mémoires qu'il adressait au Régent étaient, par la force des choses, autant d'accusations contre ce prince, bien qu'enveloppées de formes courtoises et dissimulées sous des [irotestations de confiance. Les réponses tardaient longtemps à venir, ou même ne venaient pas, étant trop difficiles à faire; et la situation s'envenimait.

Dans le courant de janvier (1710), Stair adressa unv nouvelle requête où il disait que, malgré les assurances 4jue Son Altesse Royale lui avait données souvent d'observer fidèlement et ponctuellement le traité de paix,

i. Gazette de la Rtfgcnce, publiée par M. le comte de Barthélémy, 1 vol., )». GO.

cependant des officiers, des soldats, des munitions sortaient journellement des ports de France pour TEcosse, sans opposition de la part des commandants. C'était ainsi que le Prétendant s'était embarqué à Dunkcrque. Il priait le Régent de voir si Ton suivait exactement ses ordres *.

Le prince avait-il en vue d'apaiser, par une voie détournée, les Anglais et les Hollandais lorsqu'il publia, le 29 janvier 1716, une déclaration qui défendait aux Français le commerce et la navigation de la mer du Sud, sous peine de confiscation des vaisseaux, et de mort des capitaines? Il faut dire que cette voie avait été ouverte par le feu roi qui, pour complaire aux Hollandais, avait, dès l'année 1714, interdit itéralivement à ses sujets de fréquenter la mer du Sud, sous peine d'amende et des ^ères *. Le Régent aggravait la pénalité, mais ne créait pas le principe. Si cette rigueur était susceptible de plaire k la République, elle était de nul effet quant aux Anglais.

Le comte de Peterborough, un des originaux du temps, encourageait lord Stair. Il venait le trouver tout botté et lui débitait, trois heures de suite, des choses extravagantes, lu jugement de sa victime : tantôt, qu'il y avait lieu de se léfier, si la cour de France laissait ses observations sans réponse; tantôt, tout plein de la sincérité des Français, du l^rand avantage qu'il y aurait d'être bien avec eux '. Telle était aussi la pensée de lord Stair; mais il ne trouvait pas qu'on en prît le chemin.

En Angleterre, le parti victorieux se livrait à la fureur de son triomphe sur les jacobites. Des exécutions sommaires avaient lieu dans les comtés. Les chefs, amenés à

*• Lamberly, Mémoires itour servir à l'histoire du XVIfl* siècle, t. IX, p. 364.

2- Lamberty, t. VIII, p. G8i ; l. IX, p. 88-92. ^' Stair's Journal, 3 décembre ni*>. 23 janvier, H février 1716.

Londres, comparurent devant le Parlement, dont la session s'ouvrit le 9 (20) janvier 1716 *. Par une adresse passionnée, les Communes et les Lords mirent à la disposition du roi toute la rigueur des lois. Six membres de la Chambre haute furent condamnés à mort. Les femmes de trois d'entre eux se jetèrent aux pieds du monarque. Il les repoussa durement. A la chambre des Communes, quelques-uns des whigs les plus purs inclinaient vers la clémence. Robert Walpole, premier lord de la Trésorerie et chancelier de TEchiquier *, s'y opposa. « Il était saisi de xîolère, s'écria-t-il, de voir qu'il y eût, dans ce grand corps, des membres assez indignes pour ne pas rougir d'ouvrir la bouche en faveur de rebelles et de parricides. » Chez les Lords, un des ministres, le seul tory hanovrien que (ireorge P' eût admis dans le conseil, le <5omte de Notlingham, osa se montrer plus humain. U «ppuya et fit passer une adresse à la couronne, où Ton -demandait un sursis pour ceux des lords qui seraient dignes de clémence ^. Ses collègues irrités mirent dans la bouche du roi cette dure réponse qu'il agirait -en cela, «t dans toutes les autres occasions, selon ce qu'il croirait Je plus convenable à la dignité de sa couronne et à la sûreté de son peuple.

Plusieurs mois après, la colère des whigs durait encore; et le secrétaire de lord Townshend, écrivant à Stanhope (8 septembre 1716), se plaignait de la mollesse qui r^nait

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