‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 57 sur 209 · Mémoires, p. 601. Collect. Michaud et Poiijoulat · texte numérisé non relu

Mémoires, p. 601. Collect. Michaud et Poiijoulat

Et maintenant, la question de Talliance française se trouvait par lui introduite officiellement dans les conseils de la République. En dehors de cette délibération, plusieurs membres considérables du gouvernement demandèrent à Horace Walpole si le roi ne serait pas disposé à entrer dans une alliance défensive avec la France, par laquelle les garanties des successions, tant à la couronne d'Angleterre qu'à celle de France, pourraient être fermement établies, en conformité du traité d'Utrecht. Serré de si près, l'ambassadeur britannique raconta quelles offres de garantie pour les deux couronnes, préférablement à toute autre alliance, le roi avait faites au duc d'Orléans, aussitôt après la mort de Louis XIV; comment le Régent les avait éludées, en proposant une alliance défensive entre TAngleterre, la France et les États; et après cela, un projet de neutralité perpétuelle pour les Pays-Bas (autrichiens) ; comment cela avait été suivi de l'invasion du Prétendant en Ecosse, soutenu par des officiers, des armes et des munitions sortis Je tous les ports de France; que ces procédés très notoires œntre le traité d'Utrecht avaient donné au roi des motifs de se défier de la sincérité de la France, et qu'à présent que le dessein du Prétendant avait manqué, et que le roi avait proposé une alliance défensive entre lui, l'Empereur et les Etats, il était très naturel que le Régent donnât de bonnes paroles; mais il y avait lieu d'appréhender que loffre faite par la France d'une alliance défensive ne fendît qu'à empêcher d'en conclure une avec l'Empereur. Il était toujours au pouvoir du Régent, s'il le voulait, de runvaincre tout le monde qu'il abandonnait la cause du Prétendant; et s'il voulait donner au roi des preuves sincères et réelles de ses bonnes intentions à cet égard, il n'y aurait pas à douter qu'une bonne correspondanro ne s'établît bientôt entre l'Angleterre et^la France».

Walpole s'efforçait donc (ramener les Hollandais à renouveler Vancienne confiance et amitié entre les trois puissances^ sans se laisser écarter de ce point principal par les spécieux amusements de la France. Mais vainement leur faisait-il remarquer et avouer que la récente réponse du Régent à la demande de chasser de France les rebelles était plutôt garnie de belles paroles que fie preuves réelle et solides de sa bonne disposition envers le roi, la terreur d'une rupture entre l'Angleterre et la France était si grande à la Haye, que les Hollandais cherchaient plutôt à excuser la conduite du Régent sur ce que les deux nations étaient animées l'une contre Tautre à cause de ce qui s'était passé relativement au Prétendant; et quoique le roi eût raison de s'attendre à des complaisances dans ce qu'il demandait, pourtant le Régent ne condescendrait pas tout d'abord à dire ce que, par intérêt et par inclination peut-être, il était disposé à faire. Ils se flattaient donc que peu à peu l'Angleterre et la France pourraient être portées à une meilleure correspondance ensemble *.

C'est ainsi que les Hollandais s'efforçaient de conjurer l'orage, en allant d'un pôle à Taulre, pour soutirer l'étincelle prMe à jaillir.

Toutes les provinces notifièrent sans tarder leur consentement au renouvellement de l'alliance entre la République et l'Angleterre. Mais l'Angleterre voulait davantage. Elle poursuivit sa campagne diplomatique contre la France. George I" envoya à Horace Walpole pleins pouvoirs pour traiter et conclure l'alliance défensive entre les

1. Horare Walpole à L. Townshend, 17, 20, 31 mars 1716. Record Office, UoUaud. vol. 373. Ces diverses dépêches sont en français. Sans juger utile de les reproduire telles (luelles, nous les suivons de très près dans le fond et dans la forme, considérant ce duel des deux gouvernements de France et d'Angleterre par-devant la Hollande, comme d'autant plus dipne d'attention qu'il a été moins connu jusqu'ici.

trois puissances, c est-à-dire avec adjonction de TAutriche.

Alors, Tambassadeur de France, opposant .manœuvre à manœuvre, se rendit chez le pensionnaire Heinsius (17 avril 1716), et Tinforma qu'il avait reçu de sa cour Tordre de faire connaître que le roi son maître était disposé à entrer dans une alliance défensive avec TAngleterre et la Hollande. Il se contenta de ces termes généraux, sans faire mention d'offres particulières *.

Il lui suffisait, en effet, dans le moment, de répondre ainsi au sentiment des Hollandais, d'ailleurs fort peu pressés de se lier à TAutriche. C'était assez que la France éloignât de leurs yeux le fantôme du conflit armé. Ils en étaient flattés et reconnaissants. Ils ne voulaient plus de coalition contre elle. Bon nombre d'hommes sages demandaient amèrement de quoi il avait servi à la Hollande de se ruiner pour accroître de sa substance la richesse et la puissance de ses alliés^ qui maintenant s'érigeaient en maîtres impérieux ou en âpres concurrents.

l. Le même au même, la Haye, 17 avril 1116. W.. ifnd.

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