‹ Le RégentChapitre 179 sur 196 · Rec. O/f , France, vol · texte numérisé non relu

Rec. O/f , France, vol

aucune recherche du passé; il le reconnaîtrait roi de ses états héréditaires et s'efforcerait de l'établir lui et sa famille en prospérité et royale grandeur. Il l'exhortait à comparer un règne paisible sur des sujets héréditaires avec la possession inquiète et toujours troublée d'un usurpateur en pays étranger, où il ne peut se soutenir que par le sang, la violence et la rapine... sans oublier que la justice divine ne manque jamais de châtier l'oppresseur. Il conjurait tous les princes et les Etats chrétiens de l'aider dans sa juste et bienveillante proposition qm devait, sans effusion de sang et sans trouble, faire justice à un prince lésé et contenter un ambitieux... 1.

L'ingénuité de ce document suffirait à désarmer la critique. Mais chez l'Angleterre de la révolution de 1688, il provoqua un transport de fureur inouïe, d'autant plus qu'il coïncidait avec la découverte d'un complot jacobite, découverte à laquelle Dubois n'avait pas été étranger. Car il en avait donné les premiers avertissements au roi, à condition toutefois qu'il n'en coûterait la vie à personne2. Parmi de nombreuses arrestations, celle d'Atterburv, évêque de Rochester, attentat à la dignité épiscopale dans l'Eglise établie, qu'on avait vu pour la première fois sous le règne si mal famé de Jacques II, causa un scandale énorme, accru encore par la rudesse de la captivité de l'évêque à la Cour. Ce coup hardi déconcerta les jacobites. Dubois approuva : « Voilà, dit-il à L. Whitworth, ce qu'il méritait depuis plusieurs années ». Dès l'ouverture du Parlement, 9 (20) octobre, les Communes suspendirent YHabeas corpus pour un an. Le 15 (26), le chancelier donna lecture d'un message du roi dénonçant la conspiration en faveur

\. Rec. Off., France, vol. 365.

2. Schaub à L. Carteret, Paris, 30 septembre 1722. Id., ibid., vol. 364. L. Mahon, vol. II, 37.

d'un prétendant papiste et, par suite, les grandes dépenses qu'avait imposées le soin de la sûreté de l'Etat. Les Chambres répondirent, le lendemain, par une adresse passionnée de dévouement au roi. Le cardinal chargea Schaub de féliciter L. Carteret des résolutions vigoureuses qui se suivaient dans les deux Chambres avec tant de rapidité, et qui ne pouvaient qu'achever d'abattre le courage des ennemis du roi et d'affermir le poids de son gouvernement, tant au dehors qu'au dedans1. Un mois s'était écoulé dans cette effervescence, lorsque le roi transmit en double aux lords la déclaration du Prétendant; l'une en original, écrite delà main et signée de ce prince; l'autre imprimée, 16 (27) novembre. Les lords invitèrent les communes à une conférence, où l'on décida que l'exemplaire imprimé serait brûlé publiquement par la main du bourreau. Enfin, le 26 novembre (7 décembre) 1722, Robert Walpole, alléguant les grandes dépenses causées par les rébellions et désordres, fît voter un bill portant prélèvement d'une taxe extraordinaire de cent mille livres sterling sur les biens de tous les papistes 2.

On était bien près encore par le temps, deux ans à peine, mais à quelle distance morale! du moment où le généreux Stanhope méditait de supprimer les lois pénales édictées contre les catholiques.

La menace de cette inique confiscation, pressentie dès la fin d'octobre, avait ému vivement les alliés catholiques de l'Angleterre, de l'Autriche et de l'Espagne; et ils se demandaient ce qu'allait faire la France régie par un cardinal. Tous les yeux étaient fixés sur elle, écrivait Destouches, 12 novembre. Ici, le haut dignitaire ecclésiastique

1. Versailles, 18 novembre 1722. Rec. Off., Finance, vol. 364.

2. 11 y eut de la résistance. Car les Communes se partagèrent presque par moitié, 172 voix contre 188.

céda prestement la main au ministre politique. Le cardinal fit décider au conseil, sur la lettre (Je Destouches, qu'un courrier porterait au chargé d'affaires de France l'ordre d'employer les représentations les plus énergiques auprès de George Ier. Le ministre politique joignit à la dépêche officielle une dépêche confidentielle qui la désavouait (19 novembre 1722).

Il posait d'abord en principe la nécessité, en face des cours étrangères, de rendre aux catholiques d'Angleterre des offices par tous les moyens que pouvaient donner les liaisons d'amitié qui subsistaient si heureusement entre les deux royaumes. Le duc d'Orléans était également très persuadé de la solidité des raisons qu'il prescrivait d'employer.

Venait alors la contre-partie. « Mais il ne nous appartient pas déjuger si absolument de ce qui convient au bien des affaires du roi de la Grande-Bretagne, et c'est à ce prince à examiner lui-même ce qui peut intéresser sa justice et sa gloire, aussi bien que les conséquences et les suites de ses résolutions. » Ainsi, quoique les ordres soient très sérieux, Destouches devra les communiquer à L. Townshend et à L. Carteret, avant que d'en rien confier à personne; et il se réglera sur ce qu'ils jugeront le plus convenable pour le temps et la manière d'en faire usage. « Notre principale attention, en cette occasion, est de ne rien faire qui puisse causer de l'embarras ni de la peine au roi de la Grande-Bretagne ni à ses ministres. Ce doit être aussi la règle de votre conduite. Vous confierez à milord Townshend et à milord Carteret ce que je vous mande à cet égard, et vous me renverrez ce billet en original par le même exprès qui vous le portera. »

f Destouches a raconté (25 novembre 1722) l'alarme des deux ministres à la lecture de la première dépêche, capable,

s'ils y avaient égard, à la fois de les décréditer dans l'esprit du souverain et de leur ôter la confiance du Parlement et du peuple, comme entachés de papisme; leur joie, à la lecture du papier secret. Ils conduisent Destouches chez le roi, qui lit, à son tour, les deux dépêches, et le charge de témoigner au Régent et au cardinal combien il est sensible à cette nouvelle preuve de leur vive amitié1.

D'ailleurs, Dubois s'en expliqua avec Schaub librement et sans ambages, dans le laisser-aller du personnage principal avec son familier; et Schaub écrit à L. Carteret (4 décembre 1722) :

«Le cardinal m'a dit que comme toutes les autres cours catholiques interposaient des offices en leur faveur, il n'avait pu se dispenser d'en faire autant; mais qu'en écrivant là-dessus à Destouches une lettre ostensible et très sérieuse en apparence, il lui a en même tems ordonné de vous dire en particulier que ces instances ne se faisoient que par manière d'acquit, et sans qu'on s'attende que vous y fassiés autrement attention. Véritablement, le Cardinal paroissoit souhaitter d'abord que les innocens pussent être séparez des coupables, croyant que cela seroit du service de Sa Majesté; mais il s'est rendu sur-le-champ aux raisons si bien déduites dans la dépêche de V. Exe. du 10 novembre, v. s. (21). — Et il les a tellement goûtées qu'il m'a prié de lui en donner le précis par écrit pour en faire usage vers le roy d'Espagne, bien persuadé que S. M. Catholique même en sera satisfaite. »

Le 5 décembre (1722), Schaub accuse réception d'une nouvelle dépêche de L. Carteret du 14 (25) novembre, qui achèvera de mettre le cardinal en état d'ôter tout scrupule au Roy d'Espagne sur la taxe additionnelle que le par-

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