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CHAPITRE XXVI

L'année 1722 présente le point culminant de la fortune de Dubois, mais au prix de quelles angoisses! Et que deviendrait-il sans le vigoureux, l'infatigable appui du gouvernement britannique auquel il le rend bien?

Cette année s'était ouverte pour lui par un triomphe qui l'avait rendu l'arbitre du conseil de régence et le laissait plus libre de mettre à exécution certaines mesures propres à rehausser la majesté royale et à éloigner de la cour tels ou tels personnages fâcheux.

Le roi approchant de sa majorité, le cardinal voulut le replacer dans le cadre de la grande monarchie, c'est-à-dire au palais de Versailles, déserté depuis la mort de Louis XIV. Il se proposait d'écarter de la cour certaines personnes de qualité hostiles au duc d'Orléans, et une foule de gentilshommes sans biens que le séjour de Paris attirait; de soustraire le roi à la juridiction de l'archevêque de Paris, grâce au voisinage de Saint-Cyr, qui relevait du diocèse de Chartres ; et enfin de retirer le duc lui-môme de sa vie désor-

donnée du Palais-Royal, dont on pouvait se servir pour le perdre dans l'esprit encore neuf du jeune monarque l.

Le retour de la royauté à Versailles s'effectua le 15 juin

Outre ses vues d'utilité publique, le cardinal avait ses vues particulières . Versailles était un théâtre beaucoup mieux approprié que Paris à la suprême évolution de sa grandeur, c'est-à-dire à sa promotion de premier ministre, et de même aux coups d'autorité frappés au-dessus et bien loin des émotions de la foule. Il y était pour ainsi dire en tête-à-tête permanent avec le Régent. Un double exil le débarrassa dès le 15 juin du duc de Noailles et de Canillac, l'un pour avoir présagé que le mariage du roi avec l'infante aurait le même sort que le succès de M. Law et finirait certainement par une catastrophe2; pour avoir fomenté l'opposition du cardinal de Noailles, son oncle, et s'être retiré du conseil de régence en même temps que la cabale; l'autre, pour être un des roués les plus éhontés du Palais-Royal. Mais le coup le plus retentissant fut frappé sur le maréchal de Villeroy.

Gouverneur du roi, il exerçait sa charge en acteur tragique, faisant profession publique de protéger la vie de son jeune maître contre les machinations du duc d'Orléans, et d'écraser de ses mépris dans la personne de Dubois l'homme de rien, complice de ces desseins scélérats. On ne pouvait rien à Paris contre ce nouveau roi des Halles, dont les allures théâtrales, la jactance, les soixante-dix-

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