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CHAPITRE I

la guerre de la france et de l'angleterre contre l'Espagne

La guerre venait d'être déclarée à l'Espagne par l'Angleterre, le 28 décembre 1718; par la France, le 9 janvier 1719, De part et d'autre, on préparait l'entrée en campagne. Mais plusieurs mois se passèrent auparavant.

Le Régent faisait marcher des troupes en Guyenne. Le maréchal de Rerwick, gouverneur de cette province, avait accepté le commandement au refus du maréchal de Villars.

Philippe Y, ou plutôt Alberoni, se disposait à faire face, c'est-à-dire à prendre partout l'offensive, conformément à son génie, par la politique et la diplomatie, d'un bout à l'autre de l'Europe, en attendant les armes.

En France, il n'était pas inquiet. Ce serait assez pour y opérer une révolution, que le petit-fils de Louis XIV se montrât au camp français. Sa seule présence attirerait

sous ses drapeaux soldats et officiers, dévoués au sang du grand roi, et renverserait le duc d'Orléans du pouvoir par lui usurpé sur les droits du descendant direct.

Quant à l'Angleterre, une expédition partie de Cadix, portant des troupes et des jacobites, irait tout droit détrôner George Ier et restaurer la dynastie des Stuarts dans la personne de Jacques III.

Ce n'était pas tout :

Alberoni, tandis qu'il préparait ce coup droit contre la dynastie hanovrienne, ne pouvait pas se déprendre du rêve de compliquer les périls ,1e l'Angleterre, en la tournant aussi par le nord. Le roi de Suède, qu'il devait jeter de la Norvège sur l'Ecosse, n'était plus. Mais serait-il donc impossible d'évoquer des régions du pôle quelque autre génie de la tempête? Là se donnait carrière l'imagination turbulente et déréglée du cardinal. Tant d'aventures fulgurantes avaient jailli dans cette région lointaine de l'Europe en un si court espace de temps, qu'elle semblait être un foyer inextinguible, presque merveilleux de coups de surprise; et, à vrai dire, ce n'était pas non plus ce que George Ier redoutait le moins.

C'est cette partie diplomatique de leur duel, entamée avant que l'on ne se combatte par les armes en Occident, sur terre et sur mer, que nous allons envisager d'abord.

Réellement la situation du Nord paraissait se prêter aux vues les plus romanesques, tant elle ressemblait au chaos par le conflit des compétitions territoriales, des haines séculaires, par les convulsions du vaste dessein, qui, terrassé avec Charles XII et rompu au canon de Fredenkshall,

LA FRANGE ET L'ANGLETERRE CONTRE L^SPAGNE. 3 cherchait à se redresser encore redoutable, comme les tronçons du reptile que le chasseur a brisé.

George Ier, électeur de Hanovre et roi d'Angleterre ; Frédéric IV, roi de Danemark; Frédéric-Guillaume Ier, roi de Prusse; Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne ; le tsar Pierre, tous avaient arraché des lambeaux de l'empire suédois. De ses brillantes possessions extérieures, cet empire infortuné ne gardait plus qu'une partie de la Finlande.

Néanmoins le prestige d'un siècle de grandeur conquérante survivait à l'écrasement de la puissance, ainsi qu'en Occident, la France de Louis XIV, même après les malheurs des dernières années, avait encore été un épouvantait au dehors.

Mais si tous étaient d'accord, loups affamés , pour déchirer la proie, ils se jetaient entre eux, pendant le festin des regards de jalousie, de haine, de provocation. Entre e tsar et le roi d'Angleterre, l'antagonisme provenait de la sourde ambition du premier de s'emparer du Mecklembourg et de devenir ainsi l'un des membres du corps germanique; le second regardait comme un grave péril l'établissement des Russes sur le flanc de son électoral. Tel avait été en effet l'intention manifeste du tsar lorsqu'en 171G il avait marié sa nièce, Catherine Ivanovna ' , à Gharles-Léopold, duc de Mecklembourg-Schwerin, et qu'il avait voulu imposer à celui-ci l'échange du Mecklemboura contre des domaines en Livonie et en Courlande. Il n'y avait pas réussi; mais d'autres voies lui restaient, non noins susceptibles d'inquiéter l'Allemagne du Nord, surout le Hanovre.

1. Fille d'Ivan V. Nous avons dit par erreur dans notre t. I, p. 302 \nrni Ivanovna. Celle-ci fut impératrice de Russie de 1730 a 17i0 Catheme Ivanovna mourut en 1733; Gharles-Léopold en 1747. V. dans notre • I, I». 301-305, l'état du Nord en 1717.

Si, en effet, avec la disparition de Charles XII, les plans de Gœrtz pour réconcilier ensemble le roi de Suède et le tsar et les lancer sur l'Ecosse au nom de Jacques III, s'en étaient allés en fumée, les jacobites secondés par le Gœrtz du Midi, Alberoni, reportaient maintenant leur effort sur le tsar et s'évertuaient à forger à nouveau par ses mains la chaîne de la ligue du Nord.

Gœrtz, après de longs mois de négociations avec les Russes à Aland, venait de quitter cette île pour aller rendre compte de l'état des choses à son maître. Il se rencontra sur la route de Norvège avec les officiers qui apportaient du théâtre de la guerre la tragique nouvelle. Arrêté par eux, bientôt ramené à Stockholm, les grands se vengèrent sur lui du funeste despotisme qu'il avait servi et l'assassinèrent juridiquement (mars 1719).

Quant à la succession, aussitôt la vacance du trône, Ulrique-Eléonore, sœur puînée du roi et femme de Frédéric, prince de Hesse-Cassel, proclamée par l'armée, prit le titre de reine à l'exclusion du fils de sa sœur aînée Hedwige, Charles-Frédéric, duc de Holstein-Gottorp.

Les Etats du royaume la reconnurent et la proclamèrent, mais à titre électif et avec un pouvoir qui, tout à l'heure despotique à l'excès, fut rendu le plus étroitement limité qu'il y eût en Europe (mars 1719).

Le Tsar, à la fois en négociations et en guerre avec la Suède, rêvant d'un port dans la Baltique méridionale, arbitre en espérance de toute la Baltique, en état d'bostile jalousie avec le Danemark, le Hanovre, l'Angleterre, l'Autriche inquiète et irritée de ses entreprises en Allemagne, rangea le duc de Holstein dans sa clientèle; et, quelques années après, l'admit dans sa famille en le fiançant à sa fille aînée, Anne Petrovna, novembre 1721

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