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Le mariage fut célébré par Calherine 1" en

Par ce prince, il tenait en échec à la fois la Suède, puisqu'il avait un prétendant à opposer éventuellement à Ulrique-Eléonore et à Frédéric de Hesse, et le Danemark, en raison des démêlés qui existaient entre la branche aînée ou royale et la branche cadette ou ducale de Gottorp, démêlés sans cesse renaissants depuis le partage des duchés de Sleswig et dellolstein que Christiern III avait effectué avec ses frères en 1544 \

Par une conséquence naturelle, le prince de Hesse était très attaché aux intérêts de l'empereur et du roi de la Grande-Bretagne 2. C'était le candidat que l'Angleterre et la France préféraient. Le duc de Holstein leur était déjà suspect pour avoir eu près de lui, comme conseiller intime et maréchal de cour, avant de le céder à Charles XII, Gœrtz, dont il eut pourtant le triste courage de se désintéresser à l'heure suprême en le déclarant démis de son service.

En face du redoutable potentat de Moscou, George Ier était en proie à une vive anxiété. Il ne savait pas ce qu'il pouvait subsister des plans de Gœrtz, de Charles XII et du tsar. Quoique le Régent eût apaisé en 1717 la querelle qu'avait suscitée entre les rois d'Angleterre et de Suède l'arrestation de Gœrtz et de Gyllenborg, les intérêts territoriaux mettaient le Hanovre et la Suède aux prises, pour la possession des duchés de Brème et de Verden que George détenait de seconde main, après les avoir rachetés du roi de Danemark, premier conquérant. D'autre part,

1. Ces querelles de famille ne s'éteignirent qu'en 1773, par un traité définitif entre Christiern VII et l'impératrice de Russie, Catherine II, agissant au nom de son fils, le grand-duc Paul, chef de la branche de Gottorp. Mallet, Histoire de Danemark, t. IX. Elles se sont rallumées de nos jours; et c'est sous prétexte des droits de la branche de Holstein-Augustenbourg, issue de Christiern III, que la Prusse et l'Autriche ont démembré le Danemark.

2. Stair à Craggs, Paris, 23 février 1719. Rec. Off. France, vol. 353.

les dispositions malveillantes du tsar n'étaient pas douteuses.

Il y avait lieu également de se défier du roi de Prusse. Ce prince, qui s'était attribué parmi les possessions suédoises Stettin et la Poméranie ultérieure (à Test de l'Oder), était dans une position très délicate. En guerre avec la Suède, en mauvais termes avec l'Autriche et avec l'Angleterre, il ne voulait pas non plus exposer son royaume naissant au choc du vainqueur de Pultawa. Un certain autre aimant l'attirait aussi vers le Nord, c'est-à-dire le démembrement de la Pologne qu'il entrevoyait déjà comme une des fructueuses opérations du siècle \ Tels avaient été sans doute les mobiles de son traité secret d'amitié et d'alliance avec le tsar et la France, au mois d'août 1717.

En Pologne, Auguste II, rival heureux ou malheureux de Stanislas Leczinski selon la fortune des deux grands héros du Nord, leurs patrons, était remonté définitivement sur son tronc par la victoire des Russes. Il continuait de figurer parmi les ennemis des Suédois. Cependant, sans espoir de recouvrer une vieille possession polonaise, la Livonie, enlevée par la Suède en 1660, maintenant interceptée par le tsar, et sans inquiétude désormais pour sa couronne, il était aussi sans animosité. Mais on craignait à Londres qu'il ne se laissât dériver du côté du tsar, son appui naturel, et que la ligue du Nord, qu'on avait crue ensevelie dans le tombeau de Charles XII, ne se jouât de l'atteinte qui avait paru l'anéantir, qu'elle ne ralliât ensemble la Prusse, la Pologne, la Russie et, qui sait? peut-être la Suède. Alberoni ne s'y épargnait pas, non plus que les jacobites. Il fit partir pour le Nord, outre les émissaires jacobites, deux aventuriers dont il s'était d'abord

1. Stair àCraggs, Paris, G mai 1719. Conversation de Stairavec La Marck. En français. Rec. Off., France, vol. 353.

défié, l'un qui se faisait nommer le comte Marini, l'autre, le comte Schlieben, allemand d'origine l. Ils n'achevèrent pas le voyage, comme on le verra plus loin. Mais, dans l'été de 1719, Dubois, bien informé, mandait à Stanhope que les projets des malintentionnés contre le roi de la Grande-Bretagne et le fondement de toutes les cabales en France roulaient sur l'espérance d'une puissante diversion en Allemagne et d'un transport de Moscovites en Ecosse 2.

Tandis qu'elle travaillait contre toute espérance à ramasser les éléments disloqués de la ligue du Nord, l'Espagne s'efforçait en Hollande de désagréger la ligue de l'Ouest, c'est-à-dire la Quadruple-Alliance, en retenant à elle la République. Et en vérité il semblait que la Haye offrit un champ avantageux à la stratégie de ses diplomates. La Hollande était devenue très pacifique pour deux motifs : l'un, politique; l'autre, commercial. Sortie de la guerre de la succession d'Espagne rassassiée de combats, dont finalement le profit n'était pas en proportion des sacrifices qu'elle avait prodigués, épuisée d'argent, atteinte dans sa vieille moralité, éclipsée par la primauté anglaise en partie son œuvre, elle sentait l'indispensable besoin d'une paix réparatrice, et s'attachait maintenant à la conserver avec la même ténacité qu'elle avait mise si longtemps à la repousser et à perpétuer la guerre. On l'avait amenée sans trop d'efforts à la Triple-Alliance de 1717, qui était incontestablement un instrument de paix. Mais la Quadruple-

1. Lémontey, t. I, p. 231. Selon Saint-Simon. Mém., t. XVI, p. 190, Schlieber, d'origine danoise.

2. Dubois à Stanhope, 16 juin 1719. Baudrillarfc, t. II, p. 367, note 2.

Alliance portait la guerre clans ses flancs, puisqu'il n'y avait guère à douter de la résistance de l'Espagne et que le traité de Londres prévoyait le recours à la contrainte.

Alors, autre fléau : l'interruption du commerce de la République en Espagne, tandis qu'en observant la neutralité, elle conservait sa propre clientèle et y ajoutait celle qu'allaient perdre, du fait de la rupture, l'Angleterre et la France, quoique Philippe Y eût annoncé, en ce qui concernait les Français, qu'il leur continuerait les avantages dont ils jouissaient jusque-là. Or, ni les Français, ni surtout les Anglais ne voulaient se prêter à ce genre de duperie. Aussi avaient-ils, immédiatement et par provision, constitué les Hollandais membres de droit de la Quadruple- Alliance. Ceux-ci, trop prudents pour leur rompre en visière, mais passés maîtres dans la tactique des ajournements, sans opposer un refus positif aux instances d'impérieux alliés, multipliaient les subterfuges, les moyens dilatoires dont leurs institutions fourmillaient, et reculaient indéfiniment leur adhésion en forme au traité fait sans eux à Londres.

L'ambassadeur d'Espagne, Beretti-Landi, exploitait leur répugnance, s'en attribuait le mérite. Plus avantageux que clairvoyant, il mandait à sa cour des nouvelles dont la flatteuse exagération entretenait chez son maître le vain espoir delà dissolution imminente de la Quadruple-Alliance par la sécession de la Hollande.

Philippe V avait donc un intérêt majeur à prolonger indéfiniment la temporisation des Hollandais, et ceux-ci l'eussent volontiers portée à l'extrême limite. Sollicités, assiégés pour ainsi dire par les deux parties, ils se défendaient savamment, profitaient des deux mains, vendant du matériel naval aux Espagnols, obligeant l'empereur à régler à leur avantage le traité de la Barrière, recevant

LA FRANCE ET L'ANGLETERRE CONTRE L'ESPAGNE. 9 sans émotion les vifs assauts de l'abbé Dubois. Cependant comme, après tout, il ne leur était pas possible de faire bande à part, enserrés qu'ils étaient entre les grandes puissances, ils acceptèrent le principe de la Quadruple-Alliance en février 1719. Mais ils cherchèrent à éloigner l'éventualité de la guerre, en demandant, au grand chagrin de l'Empereur, que le délai de trois mois imparti à l'Espagne pour adhérer au traité, sous peine de déchéance des duchés italiens, fût prorogé d'autant. L'Autriche, au contraire, prenant à la lettre la Quadruple-Alliance, croyait n'avoir plus qu'à s'approprier ces territoires par elle tant convoités; ses envoyés protestèrent, de Penterriedter à Londres, Kœnigsegg à Paris (février 1719). Leurs plaintes n'eurent d'écho ni dans l'une ni dans l'autre capitale. On n'y voulait pas laisser dévier les expectatives de Parme et de la Toscane de leur destination première, et pas davantage prendre des résolutions sans l'adhésion des Etats, quoique l'Empereur fût tout prêt à se passer d'une coopération qui, pour lui, n'était qu'un obstacle et un leurre. Il dut, bon gré mal gré, donner son assentiment à un nouveau délai de trois mois. Mais il obtint de la France et de l'Angleterre une contre-lettre portant que cet atermoiement serait le dernier; qu'aussitôt expiré, les puissances statueraient sur la nouvelle destination à donner aux duchés. De plus, en souvenir de la défection de l'Angleterre en 1712-1713, il sollicita de George Ier la promesse de ne pas traiter sans l'Autriche et la France. George, encore sous l'impression de l'empressement de Charles VI à lui fournir des auxiliaires contre le Prétendant, le satisfit aussitôt. L'Empereur souhaitait non moins passionnément de gagner aussi sur les Etats-Généraux qu'ils consentissent à signer l'alliance dans le délai de trois semaines, ainsi que la ratification du traité du 22 décembre précédent relatif à la Bar-

rière. C'était trop à la fois et trop vite. Il resta engravé clans les lenteurs hollandaises. Les Etats bataillèrent avec un art consommé tendant à éloigner l'heure des résolutions définitives; et même alors à ne figurer que de nom dans la Quadruple-Alliance.

Il semble qu'Alberoni eût dû faire tout au monde pour encourager une disposition si favorable à sa politique. Précisément, il choisit le rôle opposé. Au commencement de 1719, les Etats avaient envoyé à Madrid un délégué, nommé Colster, porteur de conseils pacifiques. Le cardinal trancha du Romain. Comme le nouveau venu sollicitait une audience du roi, qui était alors à Balsain, et l'autorisation de le suivre dans son voyage vers le Nord, il lui fit demander s'il avait quelque chose à proposer. Sur la réponse de celuici qu'il ne portait que des assurances d'amitié de son Etat et des ordres d'employer ses bons offices pour la paix sur le pied du traité, Alberoni lui signifia (25 avril 1719) que toute négociation était inutile et qu'il n'avait qu'à rester à Madrid !.

Mal reçus du fantasque ministre qui dédaignait leur bienveillance parce qu'elle n'allait pas jusqu'à l'abandon d'eux-mêmes, les Hollandais avaient affaire aussi aux ministres de France et d'Angleterre, à cause de leur politique personnelle. On les sommait de rentrer dans le rang. Mais on n'apportait pas dans ces instances une entière sincérité. Si l'orgueil des deux puissances était choqué des allures indépendantes de la République , leurs calculs secrets s'en accommodaient. Autant l'Autriche était impatiente de se saisir des duchés italiens par la déchéance de l'Espagne, autant la France s'appliquait à les préserver de

1. L. Stair à L. Stanhope, Paris, 6 et 7 mai 1719. En français. Rec. Off. France, vol. 353 et Weber, p. 92, d'après une dépêche de Pen terri ed ter, Londres, 11 mai 1719.

LA FRANGE ET L'ANGLETERRE CONTRE L'ESPAGNE- 11 ses dévorants appétits, et à garder les expectatives libres pour le jour où Philippe V accepterait le traité de Londres.

L'Angleterre ne se souciait pas non plus d'accroître indéfiniment les possessions territoriales de l'Empereur.

Elle jugeait plus expédient de contenter le Régent, son véritable appui, dont l'autorité avait besoin d'être renforcée dans le royaume.

A vrai dire, pour elle, le nœud de la situation était en France. Selon l'opinion des Anglais, il dépendait de la France, d'une part, d'obliger Philippe Y à adhérera la Quadruple-Alliance; d'autre part, de rendre ou non la vie à la ligue du Nord, leur terreur. Avant tout, il leur fallait fixer le Régent, dont on ne se croyait jamais assez sûr, disputé qu'il était entre son bon et son mauvais génie, Dubois et Torcy ; ce dernier, très fort par l'autorité de son caractère, de ses services, de sa connaissance du monde européen; l'autre, pétri des contraires, ardent et timide, prolixe ou fuyant les explications, dissimulant sous des éclats de colère ou parfois avouant sans détour que le théâtre des événements du Nord lui était peu familier, surtout, semblerait-il, attentif à masquer aux regards des profanes la figure de son ennemi, le ministre en expectative embusqué derrière le ministre en titre, pour le forcer à agir à l'inverse de l'alliance anglaise.

Et, avec cela, en face, L. Stair, dont le regard aigu le traverse jusqu'au fond de l'âme, à qui rien n'échappe, qui ne lui fait grâce de rien. Entre eux orages et accalmies se succèdent.

Vers le milieu de janvier, l'abbé marche droit. Stair lui rend ce témoignage que les affaires vont à souhait. La cour est aussi ouverte et aussi franche quant aux affaires du Nord, qu'elle était naguère fermée et mystérieuse. Le sagace politique discerne clairement que la mort du roi de Suède a déplacé le nœud de la question européenne et Ta fait descendre du Nord au Sud, de la Suède à la France.

Selon lui, elle dégage l'Angleterre, et le Régent en vient à se considérer comme partie principale dans la guerre, comme la seule personne spécialement en danger. A présent, dit-il, cette cour s'attachera de bon cœur au roi et suivra ses vues pour sauver son propre crédit et garder en apparence l'influence dont elle semblait vouloir nous exclure, il y a quelques semaines.

« L'abbé et moi, continu e-t-il, nous sommes à présent les meilleurs amis du monde. C'est tout mon désir; et nous causons, comme s'il n'était survenu entre nous ni querelle ni refroidissement. »

Ce qui précède ne justifie-t-il pas les susceptibilités de l'abbé, qui, en jetant la sonde dans la cordialité démonstrative de son interlocuteur, reconnaissait aussitôt le tuf '.

Dubois lui réplique de même style et le prêche à son tour deux heures durant sur la nécessité pour le roi et le Régent de demeurer bien unis et d'agir de concert 9.

Il tient simultanément le même langage dans une lettre à L. Stanhope, lettre où il semble forcer le trait à dessein (16 janvier 1719) : « Nous reconnaissons par les découvertes que nous avons faites, et vous en verrez des preuves indubitables, que l'Espagne et la moitié de la France ne se

1. L. Stair à Craggs, 14 janvier 1719. En anglais. Stair Papers, Oxenfoord Castle, vol. 111, B.

2. Stair à Craggs, Paris, 13 et 14 janvier 1719. En français. Rec. Off., France, vol 353.

Stair Papers, Oxenf. Castle, vol. 111. B.

sont élevées contre S. A. R. qu'en haine du traité et de sa liaison avec le roi de la Grande-Bretagne, et la guerre que nous entreprenons contre l'Espagne va être à proprement parler une guerre civile, dans laquelle personne ne peut juger qui sera pour S. A. R., qui aura contre elle non seulement tous ceux qui sont engagés ou prévenus pour l'Espagne, mais tous les Jacobites, qui sont plus nombreux et plus considérables ici qu'en Angleterre même, et qui, sans mentir, font les deux tiers du royaume. Il faut donc nécessairement agir en Angleterre et ici avec un concert parfait et que rien sans exception ne puisse déranger et préférer cet intérêt à tout autre... On peut négliger ou perdre tout autre avantage, mais on ne peut donner la moindre atteinte à celui-ci sans porter à l'un et à l'autre gouvernement un coup mortel. Voilà la maxime sur laquelle je suis persuadé que nous devons préférer l'Angleterre à toute autre puissance, et que l'Angleterre doit préférer la France à toute autre liaison, et qu'il ne faut pas vivre ensemble avec fidélité seulement pour les engagements pris et avec de simples égards les uns pour les autres, mais en intime liaison et en amitié et de la même manière que si les deux états appartenaient au même maître, faisant attention de part et d'autre aux préventions populaires pour n'effaroucher personne et parvenir à notre but qui doit être de porter l'union jusqu'à une union nationale *. »

Dubois ajoute que, par tout ce qui lui a passé dans les mains depuis quelque temps, on ne peut plus douter que le cardinal Alberoni n'ait juré la perte du roi de la Grande- Bretagne et du Régent, qu'il n'ait pour but d'enlever la couronne à ce dernier prince, si elle à venait vaquer, de la procurer au roi catholique, lequel conserverait l'Espagne pour

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