CHAPITRE IX
Les traités du Nord, si désagréables à M. de Torcy, coïncidèrent du côté du Midi avec d'autres événements non moins propres à l'exaspérer; en Espagne, la prise de Saint-Sébastien (17 août), qui fut suivie du projet d'invasion en Catalogne; en Sicile, où le marquis de Lède avait laissé languir les opérations après sa victoire de Franca- Yilla, les Impériaux mirent le siège devant Messine, la grande place d'armes des Espagnols (22 juillet), et se rendirent maîtres de la ville le 9 août. Toutefois la garnison, retirée dans la citadelle sous le marquis Spinola, se défendit encore plus de deux mois (9 août- 18 octobre).
La prise de la ville de Messine eut du retentissement à Paris. Jusque-là le Régent avait ajourné de son mieux l'envoi des munitions promises à l'Autriche. La nouvelle fit miracle1. 11 céda aux instances de L. Stair, qui lui demandait d'aider, selon le traité de Londres, par de l'ar-
1. L. Stair à Craggs, 9 septembre 1719. En anglais. Harduicke Papers, vol. II, p. 591.
gent, au transport de l'artillerie impériale en Sicile et à la conquête projetée de la Sardaigne. Il est remarquer qu'à une audience sur cette question, le 31 août, le duc de Chartres fut présent pour la première fois, son père continuant à l'initier aux affaires1. Sur la fin d'octobre, l'artillerie et les munitions de France arrivèrent dans le Milanais2.
Comme compensation, l'Angleterre obtint de l'Empereur qu'il adhérât au nouveau délai de trois mois pour les expectatives. A la vérité, on dut promettre que ce serait le dernier.
« Le cardinal, disait Stanhope, se moquerait avec raison de nos termes, s'il savoit qu'ils ne fîniroient jamais3 ».
Autre bon procédé : au mois de janvier précédent, le Régent s'était senti blessé de ce que le roi avait, sans l'avertir, fait son traité d'alliance défensive avec l'Empereur. Cette fois, dans ses arrangements du Nord, région où la France exerçait une influence traditionnelle, le roi l'introduisit spontanément comme garante avec la Grande- Bretagne. Même, il poussa l'attention jusqu'à séparer de la garantie générale ce qui regardait la religion protestante. Dubois, en remerciant Stanhope (20 octobre), fit observer que, le roi (de France) étant garant des traités de Westphalie qui établissaient la liberté des religions tolérées dans l'Empire, tout ce qui n'excéderait pas ce qui était porté par
1. L. Stair à Craggs, Paris, 30 août, 1er septembre. En français. Rec. Off., France, vol. 354.
2. Le comte Colloredo à L. Stair, Milan, 31 octobre 1719. En français. Id., ibid.
3. L. Stanhope à Dubois, au Gôhre, 8 octobre 1719. En français. Rec. Off., France, vol. 354.
ces traités touchant la religion ne pourrait pas être désavoué en France.
Il ajoutait : « Ce que vous venez de faire nous laisse l'espérance que vous viendrez à bout du projet entier de pacifier le sud et le nord et d'assurer au Roy de la Grande- Bretagne la gloire d'avoir donné la tranquillité à toute l'Europe ! ».
Le duc d'Orléans dit à L. Stair qu'il fallait reconnaître qu'il n'y avait point d'allié tel que le roi son maître, dont la conduite fût si claire et si nette. Il loua cette manière d'agir; il en montra les avantages et dit que certainement les princes qui agissaient autrement connaissaient très peu leurs propres intérêts2.
Au même moment, par une curieuse concordance de bons sentiments, Stanhope mandait à Stair (Gôhre en Hanovre, 20 octobre 1719), à propos des affaires du Nord, que les bons offices de la cour de France avaient été d'une utilité infinie pour amener les affaires au point où elles étaient, et, ajoutait-il prudemment, jusqu'à ce qu'elles fussent terminées, il pourrait y avoir des occasions journalières de recourir à l'intervention du Régent3.
Quelles que fussent les complications du Midi, ce n'était plus, pour ainsi dire, qu'un jeu en comparaison de celles du Nord. Le Midi était à la portée des alliés ; les adversaires qu'ils y rencontraient, roi et ministre, avaient plus d'or-
1. Rec. Off., France, vol. 354. V. aussi : L. Slanhope à L. Stair, Hanovre, 9 novembre 1719. En français. Ici., ibid.
2. L. Stair à L. Stanhope, Paris, 18 octobre 1719. En français. Rec. O/f., France, vol. 354.