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Rec. Off., France, vol

4. Cependant, le 24 juin 1723, Schaub écrivant de Paris à Walpole, fait mention de l'ingénieur anglais en résidence à Dunkerque, lequel avertirait Schaub s'il voyait quelque chose qui méritât l'attention, vol. 359. A la même époque, il constate que de Dunkerque à Dieppe, il n'y a que 14 bataillons et 4 escadrons, vol. 357.

Sur mer et aux colonies, on n'en était pas encore à se disputer des empires. Mais, si loin de la mère-patrie, la vieille animosité nationale, les compétitions de commerce, la tentation des coups de force, les accidents de navigation, l'ambition d'agrandir les établissements déjà fondés, créaient une sorte d'état de guerre entre les deux marines '. La mer était comme un monde à part où ne s'étendait pas l'alliance des deux gouvernements. L'àpreté britannique n'y prenait conseil que d'elle-même. Il en coûtait moins au cabinet de Londres de modifier ses vues et son action dans le champ de la politique européenne pour complaire au ministère français, que de risquer le sacrifice d'une futaille de morue à Terre-Neuve. Contingentes et passagères, malgré leur appareil imposant, étaient à ses yeux les complications du vieux continent; permanents, d'ordre primordial et intraitables de fonds, les intérêts coloniaux. Ils entraînèrent toujours la balance, de sorte que les contestations léguées par une génération à l'autre n'eurent pas de fin.

Relativement aux régions de l'Amérique du Nord, le traité d'Utrecht portait, article X, qu'il serait nommé des commissaires de part et d'autre avec pouvoir de régler les limites entre les colonies françaises et britanniques dans ces pays-là (la baie d'Hudson, Acadie...), et, article XII, que le Roi cédait la Nouvelle-Ecosse, autrement dite Acadie, en entier, conformément à ses anciennes limites, comme aussi la ville de Port-Royal, maintenant appelée Annapolis-

i. Cela était si vrai que l'art. IX du traité d'Utrecht avait stipulé la restitution réciproque des vaisseaux que les deux nations avaient pris l'une sur l'autre en temps de paix.

164 LE RÉGENT, i/ABBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS. Royale, et généralement tout ce qui dépend desdites Terres et Iles de ces païs-là avec la souveraineté , propriété

Entre la grande île de Terre-Neuve et l'Acadie, celle-ci sur la terre ferme de l'Amérique du Nord, que le traité cédait l'une et l'autre aux Anglais, l'île Royale et l'île Saint- Jean, fermant au sud-est le vaste estuaire du Saint- Laurent, restaient a la France et protégeaient l'accès de la Nouvelle-France ou le Canada1. On n'avait pas fixé les limites respectives du Canada et de l'Acadie, soit calcul perfide, comme on Ta dit, des nouveaux maîtres, soit seulement commune ignorance de la topographie d'un pays couvert d'impénétrables forêts. Quoi qu'il en soit, le gouverneur de Boston dans la Nouvelle-Angleterre s'autorisa de la rédaction vague de l'article XII pour continuer de conquérir au nom et sous le couvert du traité de paix. Ainsi avait procédé Louis XIV après la paix de Nimègue, lorsqu'il avait entrepris de déterminer à lui seul les dépendances des territoires qui lui étaient cédés par ce traité dans les pays belges et allemands.

Dubois réclama auprès du secrétaire Craggs par une lettre et un mémoire à l'appui2.

La lettre mérite d'être rapportée comme revendication polie et précise des vrais principes. Après avoir parlé à.

1. On voit par le libellé même du traité, art. XII, que, sans perdre un jour et comme par une prise de possession instantanée, l'Acadie est dénommée déjà par les Anglais la Nouvelle-Ecosse, nom qu'à la vérité elle avait reçu en 1621 de Jacques 1er, son maître pour un temps; et la ville de Port-Royal, son chef-lieu, devient Annapolis-Royale. L'ile Royale ou Cap-Breton et l'ile Saint-Jean passèrent plus tard sous la domination britannique. La première resta le Cap-13reton; la seconde devint File du Prince- Edouard.

2. 11 communique le Mémoire à L. Stair : « Voicy le Mémoire en question tel qu'on me l'envoie; si vous le faites passer en entier, je vous suplie «le bien recommander qu'il ne soit ni vu ni cité ». Ce billet, du 4 mai 1719, autographe et signé, est singulier. Dubois voulait-il agir tout à fait en dehors et à l'insu du Conseil de Marine? Rec. O/f., France, vol. 358-

propos d'autre chose, de la bonne intelligence à faire goûter et à augmenter entre les deux nations, il continue :

« C'est dans cette veûe que je vous suplie de faire attention au Mémoire ci-joint, et de prer ire la route que nous devons toujours tenir dans tous les différends que nos Estats et nos sujets auront ensemble qui est de traiter ces différends de bonne foi et à l'amiable. Les traités qui ont cédé les terres dont il s'agit prescrivent la voye de terminer les contestations qui y surviendront, en nommant des commissaires pour les régler. Je vous suplie d'en choisir.

« Je suis chargé de vous le demander. S. A. R. le souhaite moins pour l'utilité qu'il peut en revenir à la France sur les lieux que pour faire voir à toute l'Europe que la correspondance d'amitié entre Je roi de la Grande-Bretagne et S. A. R. ne se borne pas aux intérêts de leurs personnes, mais s'étendent également aux sujets des deux Estats, et qu'ils veulent vuider tous leurs procès par la justice et la raison, et non par la ruse et la violence. Je sçay bien que ce sont là vos principes. Je fais profession des mesmes et d'estre avec plus d'estime et de respect que personne, etc., (5 mai 1719). »

Le Mémoire en date du même jour expose que le marquis de Yaudreuil, gouverneur du Canada, a écrit que le gouverneur de Boston a fait des dispositions pour étendre les limites de l'Acadie au delà de ses justes bornes; que les officiers de la Grande-Bretagne étendent leurs prétentions sur toutes les terres du golfe du Saint-Laurent; qu'ils ont chassé les sujets du roi du détroit du Canceau !, enlevé le poisson qu'ils préparaient et renversé leurs cabanes. Le duc d'Orléans désire que, conformément à l'article X du

i. Ou de Canso, entre l'Acadie ou Nouvelle-Ecosse à l'ouest, et l'Ile- Royale ou Cap-Breton à l'est. L'art. XII du traité interdisait aux Français d'exercer la pèche à trente lieues près de la Nouvelle-Ecosse.

traité d'Utrecht, des commissaires soient nommés de part et d'autre pour s'assembler à Paris, régler les limites de la baie d'Hudson et de l'Acadie. Il espère qu'en attendant leur décision, les habitants des nouveaux établissements dans le territoire contesté seront rappelés, les bâtiments et les effets des Français restitués et qu'il sera fait défense aux officiers anglais de troubler les Français dans leurs pêches de la baie des Chaleurs an cap des Rozières, golfe Saint- Laurent1.

Le 24 mai, Dubois revient à la charge; et en réclamant des restitutions pour les pêcheurs maltraités à Canso, il donne la preuve qu'un bâtiment anglais ayant été pillé par un Français en représailles, les commandants français de File-Royale ont indemnisé l'Anglais et ordonné de châtier l'autre 2.

Craggs, si accommodant en Europe, est bien différent aux colonies. Aux instances, aux mémoires de Chammorel qui, à l'ambassade française, a la charge de ces affaires, il oppose des réponses dilatoires, des plaintes, prend le change. On ne doit pas ignorer, écrit-il en 1720, qu'il y a du côté des Anglais des griefs qui n'ont pas encore été redressés. Les commissaires envoyés à Paris l'année précédente n'ont pas pu obtenir des ministres français d'entrer en matière, etc. A quoi Chammorel, d'ordre de Dubois, réplique que les instructions de ces commissaires, lesquels sont encore à Paris, n'ont rapport qu'à ce qui a été laissé indécis dans le traité d'Utrecht, et que les incidents survenus depuis dans la navigation et le commerce sont des affaires courantes qu'on ne doit point faire dépendre des commissaires 3. Dubois et Sutton, ambassadeur à Paris, joutent

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