Baudrillart, I. II, p
LA FRANGE ET L'ANGLETERRE CONTRE L'ESPAGNE. 15 dinal de Noailles et pour les parlements. Il fait, dit-il à Stair, tout ce qui est en son pouvoir pour persuader au Régent de se réconcilier avec les parlements et de les rattacher à ses intérêts. Le cardinal de Noailles est très content qu'au reçu de la déclaration du roi d'Espagne, il ait conseillé au Régent de l'envoyer au parlement de Paris et ensuite aux autres parlements. D'autres en dissuadèrent le Régent par le motif que ce serait amoindrir son autorité que de permettre aux parlements de s'immiscer dans de si hautes affaires. Cependant le parlement de Bordeaux ayant condamné spontanément cette déclaration, avec les marques d'une vive indignation, il avait regagné sur le Régent de laisser les autres parlements suivre cet exemple; et sous main il avait disposé les choses de manière que le parlement de Paris avait fait savoir par quelques-uns de ses chefs qu'il était prêt à faire en cette matière tout ce qui serait agréable au Régent, s'il lui était permis de prendre connaissance de la déclaration. Le prince y avait consenti. L'abbé redoutait néanmoins que les ennemis du parlement, s'ils venaient à le savoir, ne le fissent changer de résolution.
« Bref, poursuit L. Stair, l'abbé est très fort à cette heure pour que le Régent rattache le parlement à ses intérêts et se crée un puissant parti chez la nation. Il se récrie énergiquement contre ceux qui conseillent au Régent de se maintenir strictement sur le pied de son autorité.
« En un mot, voilà où en est l'abbé, rond comme un cercle; lui et moi, nous sommes les plus chers amis qu'on puisse imaginer '. »
Stair, en finissant, rapporte un trait assez plaisant.
1. L'abbé, comme gage de sincérité, promit à Stair de lui procurer le chiflre des jacobites; et il le lui remit en effet, Stair à Craggs, Paris. 21-22 janvier 1719. Rec. Off., France, V. 3o3.
L'abbé lui a raconté que, deux jours auparavant, comme il était avec le général des Pères de l'Oratoire, son secrétaire lui avait apporté à signer une lettre au cardinal Aquaviva sur la Constitution. Il la montra au général, qui lui dit que si le cardinal de Noailles l'avait écrite, elle n'aurait pas pu être meilleure; et sur le compte que le général en rendit, le cardinal lui fît les plus grands compliments accompagnés d'offres d'amitié et de service1.
Ainsi chapitré et flatté par les Anglais, déçu du côté des jésuites, qui, avec la cour de Rome, avaient trempé dans le complot de la duchesse du Maine 2, obligé de s'appuyer sur le parlement qui faisait cause commune avec le cardinal de Noailles, l'abbé, par les nécessités politiques de la situation générale, se trouvait pour lors être un janséniste très passable.
Cela dura un certain temps. L. Stair, qui rêvait de grouper les jansénistes comme un parti politique autour du Régent, raconte qu'il établit des relations de franche amitié entre l'abbé Dubois et le maréchal d'Estrées (lequel avait des a Haches avec les appelants :;). L'abbé déclara au maréchal qu'il était ami du cardinal de Noailles et ennemi de la constitution, et il lui promit que, sous trois mois, il montrerait par des actes qu'il avait fait et ferait plus de mal à la constitution que qui que ce fût. A la vérité, L. Stair se défiait de la solidité de ces grandes protestations. « L'esprit
1. L. Stair à Craggs, Paris, 14 janvier 1719. Stair Papers, O.renf. Cast., vol. 111, B. La lettre est en anglais. Mais elle se termine par deux lignes en français : « Que dites-vous de tout cela, monsieur"? Vous avez converti l'abbé. » — Graggs, par ses lionnes paroles. Ta rendu plus maniable et plus hardi.