Lettre de L. Stair à Stanhope, citée ci-dessus
2. Saint-Saphorin à L. Stanhope, Vienne, 31 mai, 3 juin 1719. En français. Rec. 0/f., Germany, vol. 212.
3. Du même au même, Vienne, 7 juin 1719. En français. Ici., ibid.
Mais il n'abandonne pas la partie, loin de là. Il s'enflamme; il veut qu'on en vienne aux moyens de coercition. Il faut que le pape cède de gré ou de force. S'il reste obstinément réfractaire aux négociations, qu'on fasse appel aux armes. « Le pape, écrit-il à L. Stanhope (Il juin), s'est tellement démasqué dans toute sa conduite par rapport à la Sobieski f, que ceux même des ministres de l'Empereur qui étoient les plus disposés à juger bien de lui sont obligés de convenir qu'il n'y a eu dans toute sa conduite qu'un tissu d'obliquités, et que l'on échouera toujours vers lui par la voie de la négociation, si elle n'est soutenue par la force et si l'on ne lui inspire de la crainte. » Et plus loin : « Je ne désespère pas tout à fait que, si l'on pousse bien la chose, l'on ne dispose cette cour à prendre un parti rigoureux contre le pape pour l'obliger à donner, malgré qu'il en ait, le chapeau de cardinal à M. l'abbé Dubois - ».
Ainsi coaliser ensemble l'empereur et le roi d'Angleterre, le catholique et le protestant, pour s'en aller en guerre contre le pape, et pour ouvrir à coups de canon la brèche par laquelle l'abbé Dubois pénétrera dans le sacrécollège : quelle audacieuse, quelle burlesque imagination! Inutile de remarquer que Saint-Saphorin n'est pas catholique; à sa façon il rêve guerres de religion 3.
L. Stanhope sourit probablement de la politique enflammée qu'on lui soufflait de Vienne. Au même moment,
1. Le pape avait reçu dans ses États la princesse Clémentine Sobieski, future épouse du Prétendant.
2. Saint-Saphorin à L. Stanhope, Vienne, 14 juin 1719. En français. Rec. O/jf., Germany, vol. 212, et The Sfair Annals, vol. II, p. 391, 392. Stair Papers, vol. XXI.
3. Peut-être est-il juste de rappeler que le Bernois Saint-Saphorin était sans doute tout chaud encore de la guerre civile entre les cantons catholiques et les cantons protestants, terminée par la paix d'Aarau en 1712, à l'avantage de ces derniers.
il écrivait de Hanovre à Saint-Saphorin (15 juin) une lettre très rassise. Fort éloigné de prendre les armes contre le pape tant qu'il n'y sera pas provoqué par quelque manifestation en faveur du Prétendant, il persiste à vouloir, au moyen de la cour impériale, le gagner par l'engagement de lui assurer ses revenus en Espagne que Philippe Y, c'està-dire Alberoni, avait saisis. Le Souverain-Pontife a donc intérêt, et il y peut concourir très efficacement, à ce que Alberoni soit chassé d'Espagne, sans quoi pas de paix solide, la conduite de ce cardinal ayant dû lui apprendre que, s'il reste dans l'administration du royaume, les droits du Saint-Siège seront tout aussi peu à l'abri de ses attentats que la tranquillité publique. Cependant il n'y a guère lieu d'espérer que le pape, après l'accueil hospitalier qu'il a fait à la princesse Sobieski et au Prétendant, veuille désobliger ce dernier et entrer tout de bon dans des mesures contre la seule puissance qui le soutienne l.
C'est ainsi que s'exprime Stanhope, sans aigreur, même sans humeur à l'égard du pape, en homme d'état aguerri à la philosophie des affaires.
A la fin de sa lettre, il recommande de presser à Vienne la promotion de Dubois et résume en quelques lignes très nettement ses motifs : « La cour impériale est plus intéressée que personne à procurer le chapeau de cardinal à M. l'abbé Dubois, et je ne doute point que quand nous en ferons l'ouverture au Régent, il ne concoure volontiers à mettre par là M. l'abbé à couvert, et en liberté de suivre ses vrays intérêts et ceux de ses alliez avec moins de circonspection 2. »