‹ Le RégentChapitre 66 sur 196 · Sévelinges, t. I, p · texte numérisé non relu

Sévelinges, t. I, p

2. Elle a déjà été donnée par Sévelinges, 1. 1, p. 275. Mais, vu son importance, nous ne croyons pas pouvoir l'omettre. D'ailleurs, le texte de Sévelinges n'est pas très exact.

3. Lémontey, Sévelinges et, d'après eux, M. de Scilhac, ont daté cette lettre du 27 juin, comme si la date du 16 était vieux style, à laquelle, en conséquence, il faudrait ajouter les onze jours de retard. Mais les documents authentiques portent la mention N. S., nouveau style.

4. Les Anglais font habituellement deux mots du nom de l'abbé.

LE CHAPEAU DE i/ABBÉ DUBOIS. 185

« J'ay en même tems écrit à M. de Saphorin pour qu'il sondât la Cour Impériale, si elle voudroit concourir par des offices à Rome à faire avoir le chapeau de cardinal à M. l'abbé du Bois, si M. le Régent le désiroit. Il m'a répondu qu'elle y étoit assez disposée, et il tâche de l'entretenir dans ces dispositions comme vous le verrez par les copies cy-incluses de ses lettres. Mais comme présentement je crois la conjoncture favorable pour pousser cette affaire, et que vous ne m'avez jamais appris que vous vous en fussiez ouvert à S. A. R., je vous réitère ma prière de prendre votre temps pour l'en entretenir; et je vous répète pareillement d'empêcher avec soin que M. l'abbé du Bois n'en ait connaissance jusqu'à ce que la chose soit bien emmanchée. Car j'appréhenderois de sa délicatesse qu'à moins que S. A. R. ne le luy ordonnât bien expressément, il n'eût une répugnance invincible à permettre que l'on fît agir la maison d'Autriche pour ses intérests.

« Depuis que cette idée m'est venue, il est arrivé diverses choses qui m'y ont confirmé. Surtout, les bruits qui se répandent comme s'il y avoit quelque accommodement particulier sur pied entre l'Empereur et le Roy d'Espagne, et auxquels l'évasion de la princesse Sobiesky semble donner une nouvelle vogue, me font croire que M. le Régent dans le même tems qu'il doit être fort attentif et en garde sur la conduite de la cour de Vienne, devroit aussi tâcher de faire paroitre en public une plus grande harmonie que jamais entre tous les Alliez. Or rien ne soroit plus propre à faire éclater cette union et à donner de la réputation à notre Alliance que si l'Empereur et S. A. R. agissoient de concert pour élever au cardinalat celuy qui en a été le principal instrument, tandis qu'ils s'attacheroient à perdre Alberoni, à le chasser de l'Espagne et à le dégrader. Aussi me paroit-il naturel que l'époque de l'abaissement de l'un

et de L'élévation de l'autre doive être la même. Si Mgr. le Régent agréoit que nous tirassions là-dessus une parole positive de la Cour Impériale, j'espère qu'elle ne nous le refuseroit point à l'heure qu'il est, si nous le demandions comme une compensation des griefs dont nous pourrions nous plaindre; au lieu que si l'on tardoit un peu à se prévaloir de cette circonstance, je ne sais si nos instances conserveroient le même poids à Vienne, où notre crédit diminue de jour en jour avec celuy des ministres allemands l. C'est pourquoy je crois qu'il faut tirer parti d'eux le plutôt qu'on pourra2. »

Cette lettre n'était qu'une ruse de guerre. La recommandation d'empêcher avec soin que l'abbé n'eût connaissance de la démarche du ministère anglais en sa faveur, l'appréhension que sa délicatesse ne répugnât invinciblement à toute intervention de l'Autriche dans ses intérêts, alors que, dès les premiers jours d'avril, il avait été informé, transporté, consentant, tout cela n'avait d'autre but que d'endormir la défiance du duc d'Orléans, car, nous l'avons dit, elle n'avait été écrite que pour être mise sous les yeux du prince3. Témoin un billet du lendemain, 17 juin, où Stanhope s'en explique avec Stair.

« J'ay fort peu à ajouter aux deux lettres que je me donne l'honneur d'écrire à V. E. Je dois seulement vous avertir que celle qui concerne M. l'abbé du Bois est couchée exprès pour pouvoir être montrée au Régent, si vous

1. 11 y avait la coterie de réfugiés espagnols* dont Charles VI sYlait formé un Conseil d'Espagne qui poussait à une intervention dans la péninsule, malgré l'opposition des ministres allemands Stahremberg et Sinzendorf.

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