‹ Le RégentChapitre 8 sur 196 · Mém., t. XVII, p. 121. Baudrillart, t. II, p · texte numérisé non relu

Mém., t. XVII, p. 121. Baudrillart, t. II, p

comme perturbateurs du repos public et criminels de lèsemajesté \

Ainsi s'ébauchait la réconciliation du Régent et des magistrats. Le prince ta désirait. Car il lui importait de

1. C'étaient les quatre pièces dont nous avons parlé, t. II, ch. xvi, 91. En voici les titres. 1" Copie d'une lettre du roi catholique, écrite de sa main, que le prince de Cellamare, son ambassadeur, avoit ordre de présenter au roi très chrétien, du 3 septembre 1718. 2° Copie d'une lettre circulaire du roi d'Espagne à tous les parlements de France, datée du 4 septembre 1718. 3° Manifeste du roi catholique adressé aux trois états de la France, du 6 septembre 1718. 4° Requête présentée au roi catholique au nom des trois états de la France. Elle attestait que la nation le regardait toujours comme l'héritier présomptif. Elle s'indignait qu'on formât des traités, qu'on achetât des alliances avec les ennemis de la religion, avec les ennemis de la monarchie, avec les ennemis du roi d'Espagne. « Les enfants qui commencent à ouvrir les yeux en pénètrent les motifs: il n'en est point qui ne voye que l'on sacrifie le véritable intérêt de la nation à une espérance que l'on ne peut supposer sans crime, et qu'on ne peut envisager sans horreur: c'est cependant cette cruelle supposition qui est l'âme de tous les conseils, et le premier mobile de ces funestes traitez... »

Suivaient les griefs contre le mauvais gouvernement, contre l'oppression exercée sur le parlement de Bretagne; une invitation pressante au roi de convoquer les États pour aviser aux moyens de rétablir l'ordre, la tutelle et la Régence. Ne lui appartient-elle pas de droit?

Tous les cœurs voleraient au-devant de lui, quand il paraîtrait avec sa seule maison. Il n'y a point de citoyen qui ne lui servit de garde. Mais en supposant que, pour plus grande sûreté, il parût à la tète d'une armée de dix mille hommes, le duc d'Orléans parût-il à la tête d'une armée de soixante-mille hommes, le roi peut s'assurer qu'elle sera la première à prendre ses ordres. Pas un officier qui ne gémisse, pas un soldat qui ne sente l'iniquité et la perversité du gouvernement: pas un qui ne regardât le roi comme son libérateur. « Tous s'empresseraient d'aller reconnoitre, d'aller admirer en vous le fils de ce Prince si cher, qui règne toujours dans les cœurs (a); que pouvez-vous jamais craindre ou du peuple, ou de la noblesse, quand vous viendrez mettre leur fortune en sûreté; votre armée est donc toute portée en France, et Y. M. peut s'assurer d'y être aussi puissante que fut jamais Louis XIV. » Le roi sera accepté d'une commune voix pour Administrateur et Régent, selon que sa sage>>e jugera plus convenable, ou bien il rétablira avec honneur le testament du feu roi.

Après de nouvelles et pathétiques adjurations, on terminait en invoquant le témoignage du ministre d'Espagne à Paris, lequel « peut l'assurer que l'on n'avance rien qu'il n'ait lu dans tous les cœurs. Le roi n'a donc rien à craindre d'une nation qui lui est toute dévouée; et il doit tout se promettre de la Noblesse Française ». (Dumont, t. VIII, p. 5i8, 349.)

Ce style de complot, Philippe V le prit au pied de la lettre. Il eu lit son Credo et courut au-devant de la plus amère déception.

(a) Monseigneur, fils de Louis XIV, mort en 1711, prince nui a laisse l'histoire fort indifférente. 11 n'enthousiasma jamais que les harengères de Paris.

LA FRANGE ET L'ANGLETERRE CONTRE l/ESPAMNE. 10 les ramener, attendu que dans l'état des institutions, partie usurpation de la robe, partie utilité du public, ils étaient seuls en possession d'élever la voix sur les affaires, de susciter et de passionner l'opinion.

Ils firent ensuite un pas de plus dans la voie de l'accommodement; ils enregistrèrent de bonne grâce la déclaration portant que Louis, duc de Chartres, fils du Régent, aurait voix au conseil de régence et la présidence en l'absence du duc d'Orléans. Le prince, né en 1703, était seulement dans sa seizième année. Le Régent, en l'introduisant si jeune dans le gouvernement, se proposait sans doute d'opposer un contre-poids à la personnalité envahissante du duc de Bourbon '. En récompense, il rendit au parlement le président Blamont. Celui-ci en fut reçu, dit Saint- Simon, comme le défenseur et le martyr et jouit quelque

emps des applaudissements républicains 2. Il y a apparence, dit L. Stair, que le Régent regagnera

e parlement; alors le parti espagnol fera pauvre figure en

France 3.

Tandis que L. Stair et l'abbé Dubois, et, avec eux, les

ileux gouvernements de Londres et de Paris, paraissaient

en si parfait accord ensemble, un événement survint qui

sembla démentir les témoignages d'intimité échangés de

»art et d'autre, et causa un très grand trouble au Régent,

dus encore à son ministre. Ce fut dans les affaires du

I. Saint-Simon rapporte que le Régent se repentit d'avoir ainsi promu son fils en l'entendant opiner, bien des l'ois. T. XVII, p. 124.

i'. Selon le même Saint-Simon, il devint un très hou espion, rendant compte au Récent avec exactitude de tout ce qui se passait de [.lus intérieur dans le parlement. T. XVII, \>. 199.

3. L. Stair à Craggs, Paris, 30 janvier 1711). En français. Ticc. 0//'., France, vol. 353.

Nord, le traité d'alliance défensive conclu le 5 janvier 1719, à Vienne, entre l'Empereur, comme souverain des pays héréditaires, et les rois de Grande-Bretagne et de Pologne, comme électeurs de Hanovre et de Saxe. Ils se garantissaient réciproquement les Etats qu'ils possédaient dans l'Empire, et, de plus, le royaume de Pologne et le grandduché de Lithuanie contre toute agression venant du dehors et toute machination clandestine des factions à l'instigation des puissances étrangères. Cet engagement devait subsister jusqu'à l'entière pacification du Nord. On inviterait les autres puissances, surtout les Princes et États de l'Empire et les Etats-Généraux, à entrer dans l'alliance que l'on qualifiait de purement défensive \

Malgré ce dernier article, les Anglais, au lieu de demander au duc d'Orléans son adhésion, lui firent mystère du traité.

Informé de Vienne, le prince témoigna à L. Stair sa surprise que le roi ne lui eût rien communiqué de la négociation. Stair la présenta comme un simple acte de défense mutuelle entre les contractants (Craggs ajoutera que c'est un traité fait purement avec l'électeur de Hanovre, où l'Angleterre n'a pas la moindre part). En tacticien qui ne laisse perdre aucune occasion, Stair prit l'offensive contre M. de Torcy, dont il croyait, avec raison probablement, reconnaître l'influence dans la politique incertaine du Régent. Il revint sur ce que ce traité n'était qu'un acte de défense mutuelle devenu nécessaire, attendu que la France ne paraissait nullement se mettre en peine d'empêcher la ligue du Nord, puisqu'elle n'envoyait pas de ministres dans les cours du Nord, quand elle savait qu'on négociait le plus chaudement au sujet de cette ligue.

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