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LE CONGRÈS NATIONAL

Considérant que le trône est vacant et qu'il est nécessaire de [jourvoir à l’exercice du pouvoir exécutif,

Décrète :

Art. 1". M. Érasme-Louis baron Surlet de Chokier est nommé Régent de la Belgique.

Art. 2. A dater du jour de l'entrée en fonctions du Régent, la Constitution deviendra obligatoire dans toutes celles de ses dispositions qui ne sont pas contraires au présent décret.

Le Congrès national se réserve le droit de nommer le chef de l'État.

Le Congrès exclusivement continuera à exercer les pouvoirs législatif et constituant; néanmoins le Régent pourra exercer l’initiative par l'intermédiaire de ses ministres.

Le Régent ne prendra part à l’exercice du pouvoir législatif que lorsque le Congrès national aura été remplacé par la législature ordinaire.

Art 3. Il est assigné mensuellement au Régent une liste civile de dix mille florins.

Il est mis à la disposition du Régent un des palais de la nation.

Il lui est ouvert un crédit de dix mille florins pour frais de premier établissement

Bruxelles, au palais de la Nation, le 24 février 1831 .

Le vice-président du Congrès national, E.-C. De Gerlaciie.

Les secrétaires, membres du Congiès national,

Liedts.

Henri de Broiceere.

Notiiomb.

Vilain Xllll

(Page 106 )

M. de Gerlache, président du conseil, au Régent.

• Liège, 7 mars <831.

« Lorsque, d'accord avec vos ministres et à mon insu, vous daignâtes m’appeler aux fonctions de président de votre conseil, je crus donner une preuve de dévouement à mon pays en les acceptant C’était, me disait-on, un gage offert it l'union, qui seule pourrait terminer heureusement notre révolution. Mais j’avais compté, je l’avoue, sans la méchanceté des hommes; et j'ai tout lieu de craindre aujourd’hui que ma participation aux affaires ne soit utile ni à mon pays, ni a vous, monsieur le Kégenl, ni à moi-méme. I)ppuis huit jours à peine que j'ai changé de position, mes

actions, mes paroles, mes intentions les plus innocentes, les plus louables même , sont dénaturées de mille manières avec des intentions tellement perfides, tellement odieuses, que j’en demeure confondu.

« Ces injures sont soigneusement recueillies et accréditées par ceux qui trouvent que le ministère est excellent tel qu'il est, pourvu que je n'y sois point, et qui, par conséquent, cherchent, dès à présent, à y semer la division. D'abord, détournant le sens des paroles que j'avais l’honneur de vous adresser dans ma réponse, le jour de votre installation, un honorable membre du Congrès, correspondant de ('Émancipation, et qui ne signe pas sa lettre, me traite sans façon d’intrigant et d’hypocrite. Puis, on dit qu’on a sans doute voulu faire entrer le catholicisme au conseil des ministres, en nommant M de G..., mais que c'est bien Yorangisme qui est venu s'y asseoir; puis, attendu que je n'ai point voté l'exclusion des Nassau, que j’ai parlé contre l’élection du duc de Nemours, en témoignant une répugnance vive pour la réunion à la France, on ajoute que je ne puis siéger avec MM. Vande Weyer, Gendebien et de Brouckere, sans exciter une guerre intestine dans le conseil ; et pour preuve on allègue que je suis cause que déjà M. Gendebien a voulu se retirer; que M. Le Hon a failli n'être point envoyé en ambassade à Paris, etc. {Voir Y Émancipation, numéros des 28 février, 1,2, 4, 5 et 6 mars.) Dans un journal qui se dit l'interprète d’une partie du Congrès, je me trouve attaqué plus de huit fois en huit jours, avant d avoir pu faire un seul pas. Et tous les organes du même parti s'empressent de propager ces imputations injurieuses avec des variantes de leur façon.

« D'un autre côté, une feuille qui veut la Hollande, ni plus ni moins que l'ancienne Gazette , fait de moi Y espion du parti catholique, une espèce de grand inquisiteur d'État. Il suppose plus que malignement qu’en conseillant, dans ma réponse à M. de Surlet, « d'appeler dans ses conseils quelque homme qui lui ressemble, s’il vient à le rencontrer sur son chemin, » c’est moi que j'ai voulu lui indiquer. Dans les circonstances singulières où nous nous trouvons, je ne connais d’homme fort, d'homme qui puisse être vraiment utile, que celui qui jouit d'une popularité générale et incontestée. Que faire, dans la position imprévue où je suis, pour prouver qu’un malheureux qui court le monde depuis plus de six mois, de Liège à la Haye et de la Haye à Bruxelles, qui a renoncé à ses intérêts personnels et à ses affections les plus chères pour s'acquitter d'un devoir, serait plus content de rentrer honorablement chez lui que d'accepter un brevet d’ambitieux , d intrigant, d’hypocrite, d’orangiste ou d’espion ? »

• Liège, le 9 mars <831 ,

•< Monsieur le Régent ou plutôt :

« Mon digne et ancien ami,

« J'ai bien du regret de vous avoir envoyé tout ce rabâchage avant-hier. Un seul trait me reste sur le cœur : il résulte trop clairement de Y Émancipation du 6 mars (qui parle de l’ambassade de Le Hon contre laquelle j’avais en effet propose quelques objections), que mes opinions au

conseil pourraient être rapportées par une personne qui est loin de m’être favorable. Cette personne hante, à ce qu’il me semble, cette même feuille où je me vols traité chaque jour comme le plus indigne, le plus misérable et le plus dangereux des hommes. En voilà bien assez ! Au lieu de servir Eum'on par ma présence, je la servirai par mon absence. Comme je me trouve réellement et gravement incommodé depuis mon retour, et que j’ai besoin de repos, je désirerais qu’on mit dans notre journal officiel que M. de G..., « dont « la santé est dérangée par suite de ses travaux |>arlemen- « taires, a obtenu de M. le Régent sa démission de prési- « dent du conseil des ministres, et qu’il sera incessamment « pourvu à son remplacement. » Ce serait la vérité; il n’y aurait, je pense, aucun commentaire possible sur les motifs de ma retraite »

(Page 1 02 )

'* Le comte de Celles au Régent.

• Paris, le samedi <2 mars 1831.

« J’ai reçu le 1 0, par mon collègue et ami Charles Le Hon, votre lettre du 7, mon cher Ermite-Régent, et je trouve tout simple ce qui est fait, mais il me faut la pièce en règle, c’est-à-dire une lettre de rappel, car, je le répète, je me porte à merveille et je n’ai pas donné ma démission. Je suis révoqué, destitué, remplacé ou rappelé, le mot n'y

fait rien ; la chose est vraie et doit rester telle qu elle est . Bien loin d’être partisan de la réunion, j’ai ici été en butte aux mauvais propos de ceux qui ne peuvent et ne veulent pas concevoir notre indépendance nationale belge, qui a été proclamée unanimement, sur ma proposition, par le Congrès, le 18 novembre 1830, sous votre présidence, mon cher et excellent ami. Je n'ai pas contracté de nouvelles habitudes, je reste le même, même après cinquante jours de fonctions diplomatiques, à mes frais, à Paris. La restauration , la réunion sont deux choses qu’il faut empêcher dans notre patrie, et je l’ai dit, je le dis et je le dirai en toutes occasions, parce que c’est mon opinion. Que maintenant il y ait une calomnie ridicule mise en valeur sur mon compte, pour dire que je pense autrement, peu m'importe ; je suis remis dans la vie privée, et ma façon de penser et ma conscience de ce que je pense me restent pour satisfaction personnelle. Je vous prie d être convaincu que je n’ai pas le moindre mouvement de mécontentement de votre décision, parce que je sais qu elle n’est jws fondée en raison qui me soit personnelle. C’est une décision basée sur un préjugé de mon opinion contraire à ce qui est réellement. Croyez que j’y mets de la franchise et de lu bonne foi.

« Veuillez me conserver votre amitié particulière. Il viendra un temps où l’on sera fort étonné d’avoir mal jugé, et ce temps n’est pas loin. Ce n’est pas le regret ou la pédanterie qui me font dire cela, c’est la sincérité de mes sentiments, mon cher Ermite, qui s’exprime ainsi au Hégent, qui est toujours le même ami pour moi, et je suis de même pour lui.

Comte de Celles.

(Page 4 4 4 .)

Le général Goblet au Régent.

• Bruxelles, 49 mars 4834.

■■ Monsieur le Régent,

« D'après ce que vient de me dire M. ie colonel Prisse, je suis porté à croire que je n'ai pas été bien compris, quand hier j’eus l’honneur de déposer ma démission entre vos mains. Ma résolution de quitter le ministère de la guerre est cependant irrévocablement arrêtée et même le bruit de ma retraite étant déjà répandu en ville, je me dois à moimême de cesser de signer comme ministre dès aujourd’hui.

« Je n’en traiterai pas moins les affaires urgentes jusqu’à ce que vous ayez désigné la personne qui doit me remplacer.

« Veuillez agréer, etc.

« A. Goblet »

(Page 4 43 )

M. Ponde Weyer au Régent.

« Bruxelles, 33 mars 4831.

« Je reçois à l’instant la lettre que vous m’avez fait l honneur de m’écrire. Je connais les auteurs de cette

. ma

intrigue, que vous avez vous-même qualifiée de basse et d ignoble. J’avais pris la ferme résolution de leur tenir tête et de rester aux affaires jusqu’à ce qu elles eussent reçu une fin heureuse pour mon pays. C’était un devoir pénible que je m'étais imposé dans les circonstances difficiles où nous nous trouvons. Vous aviez approuvé cette résolution. Mais, depuis, on vous a, de gaieté de cœur, plongé dans de nouvelles difficultés. Dés lors, je ne balance plus, et j’obéis avec empressement. Permettez-moi, monsieur le Régent, de vous exprimer toute ma reconnaissance pour les témoignages nombreux de confiance et d'affection que vous m’avez accordés avec tant de bonté.

« Agréez, etc.

« Sylvain Yande Weyer. »

(Page 105.)

Le comte d’Arschot au Régent.

9 Londres, 25 mars 1831.

Il n'y a pas dêspoir d’être reçu officiellement, du

moins pour le montent. Vous jugerez donc s il est utile que je reste ici. Lord Palmerston m'a manifesté les intentions de son gouvernement d une manière si positive que l’on ne peut guère conserver d'espoir de le faire changer, surtout si la France, loin de nous appuyer, consent à l’exécution des décisions de la Conférence et de la Confédération germanique. ...»

Dans une autre lettre du i avril, M. d'Arschot disait que le prince de Talleyrand l’avait invité à sa table où se trouvaient aussi quelques-uns des plénipotentiaires à la Conférence. « Ce fut lui, ajoutait-il, qui me mit en rapport avec Esterhazy et Wessemberg, et qui aborda toutes les questions, mais toujours en les résolvant contre nous. »

(Page II 9.)

Le général Vandersmissen, gouverneur militaire de la province d'Anvers, au Régent.

Anvers, 19 mars <831.

Le général Vandersmissen écrit d'Anvers au Régent, le 49 mars 1834, pour s’excuser de n'avoir pu s'associer aux félicitations personnelles que les gouverneurs et chefs militaires lui ont sans doute déjà adressées. Il allègue les devoirs et la responsabilité qui le retiennent au siège de son commandement. Il ajoute :

« Cependant j’apprends que l’on vous a dit que j’avais passé à Bruxelles la journée de dimanche dernier, 1 4 du courant; on a même affirmé avoir fait le voyage avec moi. Cela n’est pas; car le même jour, à midi, je passai à Anvers, sur la place de Meir, une revue dont presque tous les journaux ont parlé, et le soir je fus rendre visite à M . le bourgmestre Legrelle, récemment de retour à Anvers. Mon

caractère personnel suffit d’ailleurs, je crois, à démentir cette imputation que je regarde comme calomnieuse, parce qu elle ne peut pas être attribuée à une simple méprise : militaire, je n’aurais pas donné l’exemple de quitter mon poste devant l’ennemi, sans l'autorisation du ministre ; gouverneur de l'une des principales provinces de la Belgique, je n’aurais pas commis la grossière malhonnêteté de passer dans votre résidence pour la première fois depuis votre installation, sans vous présenter des hommages qu'il sera toujours pour moi un agréable devoir de vous rendre. »

(Page lît.)

Le général L. Nypels au Régent.

« Anvers, 28 mars 183).

« J’apprends qu’une enquête a été faite ù ma charge et qu’un officier part à l'instant vous en porter le procèsverbal. Comme commandant supérieur, je puis arrêter cet officier ainsi que ceux qui le délèguent ; mais modéré en tout, je n'en fais rien parce que j’ai la conscience pure. Vous lirez les dépositions à ma charge, monsieur le Régent. J’espère que vous aurez lu aussi mon rapport de ce matin. Je n’y déguise rien. J’y dis les choses telles qu’elles se sont passées, avec la réserve que je dois en homme d’honneur et le désir de conserver à ma patrie, comme personne ne le peut mieux que moi, une cité qui fait sa gloire.

« A présent, monsieur le Régent, vous voudrez bien permettre de vous observer que la latitude que vous avez laissée à des généraux en sous-ordre, que vous faisiez mettre officiellement à ma disposition, a rompu l’unité, la discipline qui régnait dans l’armée dont j'avais Iecommandement : les conséquences en sont incalculables. En instrumentant à la sourdine, malgré leurs misérables dénégations, ces généraux ont aliéné au chef l'esprit des principaux officiers qu’ils ne pourront jamais gagner eux-mémes, parce qu’ils ne peuvent offrir assez de garanties à cette fin.

« Ma profession de foi, monsieur le Régent, est invariable : le bonheur de mon pays. Vous savez que, le premier des officiers supérieurs de l ancienne armée, j’ai tout sacrifié pour lui. Ma devise ne changera pas, malgré les sourdes menées conduites, je me plais à le croire, sans votre participation.

<i Je vous prie d’agréer, etc.

« Nypels. >•

(l’âge 137.)

M. Louis de Schiervel, commissaire de l'arrondissement de Ruremonde, au Régent.

• 33 avril 183).

« La commission que vous m’avez donnée le 3 mars dernier, je l'ai exécutée avec tout le zèle et tout le courage que

vous êtes en droit d’attendre de moi. Pendant un mois entier j’ai parcouru, le pistolet à la main, le juron à la bouche, le cantonnement du corps de volontaires de Mellinet. Les souffrances et les vexations sans fin dont étaient victimes mes malheureux concitoyens, à mon arrivée parmi eux, ont rehaussé mon courage et m'ont donné des forces nouvelles pour les relever de cet abattement où les avait plongés le désespoir. . . . Les temps modernes n offrent rien de semblable à la conduite de Mellinet et de son corps dans le Limbourg »

(Page (35.)

L'abbé Andries, membre du Congrès, au Régent.

« Dans mon modeste village de Middelbourg, loin des intrigues et des coteries, ce 8 mai (83t.

» Monsieur le Régent.

« Je vous en conjure, convoquez au plus têt le Congrès. Votre ministère est généralement détesté. L indignation est au comble dans le cœur de tous les honnêtes gens. Ce ministère paraîtra devant les représentants de la nation : il se justifiera, si moyen il y a, ou il se retirera. La position actuelle n est plus tenable. »

{Page 139.)

INVESTISSEMENT DE MAESTRICHT. — CORRESPONDANCE CONFI- DENTIELLE DU GÉNÉRAL BELL1ARD AVEC LE RÉGENT.

Le général Belliurd au Régent.

• Bruxelles, 13 mai 1831, a dix heures du soir.

« Monsieur le Régent,

« Par tout l'intérêt que je prends aux destinées de votre pays, par tout l’attachement que je vous porte, je vous conjure de suspendre l’ordre d'investissement que vous voulez donner pour Maestricht. Attendez les résultats des dernières démarches qu'on vient de faire. N’assumez pas sur votre tête tous les malheurs qui doivent suivre une pareille mesure. Je vous en ai fait connaître tous les dangers dans la conversation que je viens d’avoir avec vous. Je vous prie en grâce de m’accorder encore huit jours. »

Le général Belliard au Régent.

TOl’TE CONFIDENTIELLE ET D'ATTACHEMENT.

• Bruxelles, 14 mai 1831 , à dix heures du soir. * Plus je réfléchis à l’ordre que vous avez donné, car j’en suis sans cesse occupé, plus j’en vois les dangers.

L'exécution en est impossible sans rompre l’armistice et toutes les conventions. Vous commencez donc la guerre au moment même peut-être où vos affaires s'arrangent. 11 faudra mettre en mouvement toute une division, même tout le corps de la Meuse pour exécuter cet ordre. Les troupes croiront qu'on les mène à l’ennemi, l'exaltation surgira dans des corps indisciplinés; ils n’écouteront plus la voix de leurs chefs, ils vous entraîneront malgré vous, et la guerre sera déclarée dans trois jours, même dans deux. Alors vous allez rompre tous les liens qui unissent la Belgique à la France, son unique appui, et vous êtes en guerre avec toute l'Europe. Quelle source de malheurs! Pesez, je vous en conjure, dans votre sagesse, toutes les raisons qui combattent cette mesure et tous les dangers qui doivent en résulter ; peut-être serez-vous convaincu de la nécessité 'de retarder le plus possible l’exécution de l’ordre que vous avez donné, si vous croyez ne pas pouvoir le révoquer. »

Le Régent au généi-ul Belliard.

• <5 mai 4831.

« La nuit porte conseil, et c’est sans doute parce que vous comptez sur la vérité de ce proverbe que vous m’écrivez tous les soirs. Je vous remercie bien sincèrement de ceux que vous me donnez non-seulement dans l’intérêt général, mais aussi dans mon intérêt particulier. Je ne veux rien précipiter. Le conseil s'assemble ce matin pour régler l’importante affaire de la paix ou de la guerre. On doit y

réfléchir mûrement avant de prendre un parti définitif. Il me faut agir de manière à mettre le bon droit de mon côté et je crois que, comme nous l’avons, cela ne doit pas être bien difficile. (Suit la nomenclature des griefs des Belges au sujet de la suspension d armes de novembre \ 830.) Il y a de quoi faire un manifeste pour justifier le mouvement que j’ai ordonné, mais qui n'est pas encore exécuté et qui sera discuté ce matin, pièces et cartes sur table. Entretemps, mon cher général et ami, permettez-moi cette dénomination, soyez tranquille ; mais je le répète, je crois que nous ne pouvons demeurer dans une inaction complète sans irriter la nation, sans donner sujet à des récriminations et par là priver le Gouvernement d une force morale dont il a besoin pour pouvoir encore temporiser pendant quelque temps tout en conduisant de front les négociations diplomatiques et les affaires de la guerre, qui ne manquera pas d éclater si les puissances ne se hâtent d’arranger nos affaires. Redites cette vérité à votre gouvernement jusqu’à satiété! »

(Page tî9 )

M. Ch. de Brouckere au Régent.

« Bruxelles, le 30 mai (H3I.

•* Monsieur le Récent,

“ J'ai eu l'honneur de vous donner ma démission de ministre verbalement : je prends la liberté de vous réitéré:

ma déclaration par écrit. La lettre de lord Ponsonby, lue à la dernière séance du Congrès par un de mes collègues, n’a pu que justifier une décision déjà irrévocable avant cette malencontreuse épltre.

« Vous savez, monsieur le Régent, à quelles conditions le ministère s'est composé : ces conditions me semblent de plus en plus éludées. Ma conscience me fait un devoir de ne plus assister au conseil et de me retirer immédiatement.

« Veuillez, monsieur le Régent, agréer l'expression de mon entier dévouement au pays et de mon sincère attachement à votre personne.

« Cii. de Brouckese. »

(Page <43. )

M. de Gerlache, président du Congrès national, au Régent.

« Londres, le <0 juin <831.

« Nous nous sommes empressés de solliciter, à notre arrivée ici, une audience de S. A. R. le prince de Saxe- Cobourg, qui a témoigné le désir de nous recevoir d'abord en particulier seulement. Nous sortons, à l'instant même, de cet entretien. Le prince nous a accueillis avec une bienveillance et une bonté naturelle que chacun de nous a jugé être le fond de son caractère. Son intérêt pour notre cause semble s'être encore accru, s'il est possible; et nous ne pouvons douter qu’il n’emploie ici toute son influence à

procurer une prompte et honorable issue aux négociations qui concernent la Belgique. Quoique cette simple conversation ait dù s'établir, d’après le désir même du prince, en termes purement généraux , plusieurs de nos collègues ayant touché quelques mots des grandes questions qui nous regardent, le prince, après avoir exprimé de nouveau combien il était flatté d’avoir été élu à une si grande majorité, et surtout de la manière honorable dont on s’était énoncé sur son compte, a dit qu’il avait espoir dans une solution satisfaisante quant au Luxembourg : relativement à Maestricht, il a ajouté que c’était, depuis l’origine, la pierre d'achoppement ; cependant, a-t-il dit, avec un peu de patience encore, j espère bien, messieurs, que nous viendrons à bout de nos affaires

« De Gerlache. »

(Page 4U.)

Le général Belliard au Régent.

• Bruxelles, U juin (S3I.

« Les rapports que je reçois avant de partir sont qu’au lieu d’un mortier chargé à Anvers il y en avait quatre, et qu’on a trouvé sur un des canonniers arrêtés plus de cent napoléons. Le savez-vous ? — Le parti orangiste se remue beaucoup. On me confirme ce que je vous ai dit ce matin de a Hollande. Vous avez besoin de fermeté et de grande

surveillance. Il est bien nécessaire de faire exemple des canonniers d’Anvers.

Le même au même.

• Paris, 15 juin <831, une heure du matiu.

« Je m’occupe ici de vos intérêts, j’ai déjà fait beau-

coup; il y a toujours même intérêt, même bienveillance pour la Belgique. — Conseillez, comme je l'ai fait moi-même avant de partir, qu’on s’abstienne à la tribune de toute diatribe, de toute insulte envers les rois, les gouvernements et les individus. Cela nuit beaucoup à vos intérêts. Évitez les hostilités.

Je suis allé ce soir à Saint-Cloud. Toute la famille royale m’a bien demandé de vos nouvelles. On vous aime beaucoup.... »

( Page U5. )

il. bestouvelles au Régent.

• Londres, <9 juin 4834

« N. B. A ne communiquer à qui que ce soit.

« Je compatis bien sincèrement, mon digne ami, aux chagrins que vous éprouvez. Je voudrais qu’il fût en mon

pouvoir de les adoucir; mais hélas ! je ne regarde pas la fin de notre révolution comme aussi prochaine que plusieurs de mes collègues qui me paraissent s'abandonner avec une confiance pour moi inexplicable à des illusions qui ne survivront pas à quelques jours. Jugez-en vous-même. Tel est

l'ultimatum du prince (')

■; Douze membres du Congrès, y compris les négociateurs (MM. Devaux et Nothomb), sont ici présents. Et il existe parmi eux une divergence d'opinions dont il serait trop long de vous rendre compte. Que sera-ce quand l'affaire sera rapportée dans l'assemblée générale ? Je puis me tromper, je le désire bien vivement, mais je ne trouve pas que nos négociations, si elles restent dans les mêmes termes, soient de nature à clore la révolution et à nous ramener Tordre et

la tranquillité dont nous avons besoin

« Dans une entrevue particulière accordée par le prince à M. de Gerlache et à moi, le 13, votre lettre a été remise à Son Altesse. Royale. J'avais préféré profiter de cette occasion pour la lui donner, dans l’espérance qu’il l’ouvrirait en notre présence et qu’elle fournirait matière ù des explications importantes : mais mon attente a été déçue. Il Ta déposée sur son bureau. Cependant, comme j’en connaissais le contenu, j'en ai tiré parti pour représenter ù Son Altesse Royale que la situation du pays exigeait impérieusement une prompte solution. Je persiste dans l’opinion que j'ai émise sur son compte. S’il accepte, la

(') On sait que le prince Léopold subordonnai! son acceptation de la couronne à une entente préalable du Congrès avec la Conférence. Les bases indiquées dans l'ultimatum du prince furent en quelque sorte les préliminaires des Dix-huit Article».

Belgique aura un souverain distingué et qui parait pénétré de cette grande vérité qu'il a répétée plusieurs fois, que le premier devoir d'un roi était de travailler à procurer au peuple qu’il gouverne la plus grande somme de bonheur possible. Il est très-considéré à Londres. Ses avis sont d’un grand poids. Dans un pays qui compte des hommes d'État d’un mérite élevé, la réputation de capacité dont jouit ce prince est pour moi une forte garantie «

(Page 119. )

Le Régent à M. Tielemans, gouverneur de la province de Liège, en réponse à une lettre où cet ancien ministre se montrait disposé, le cas échéant, à rentrer au conseil.

• Bruxelles, 26 juin 1831.

« Le ministère actuel m a déjà demandé si j'avais

pensé à former un nouveau ministère pour le 30, au cas que la combinaison proposée par celui-ci vint à manquer. Il a fortement insisté pour qu’il fût tout prêt à entrer en fonctions le cas échéant . C'est une mesure de prudence que je dois prendre ; mais je ne suis pas encore fixé sur le choix des hommes qui doivent y entrer. Ce n’est pas chose facile que cette composition pour en former un tout homogène et en même temps cependant satisfaire toutes les opinions ou au moins n’en heurter aucune et inspirer de la confiance à toutes »

(Page 160.)

Le général Belliard au Régent.

• Sans date (Paris, .... juillet 4831.)

« Mon cher Régent,

« Recevez mes compliments pour votre noble conduite. Tout le monde en fait ici l’éloge, et si quelque chose pouvait ajouter à l’estime et à la considération dont vous jouissez et à la cour et à la ville, ce serait bien certainement tout ce que vous faites dans l’intérêt de votre pays, et pour le repos de l’Europe. J’avais besoin de vous exprimer tout mon contentement de tout le bien que j’entends dire de vous et de vous renouveler l’assurance de mon attachement. Vous avez, je pense, fini aujourd’hui et décidé du sort de votre pays ; je l’apprendrai avec plaisir demain, peut-être ce soir par Lille. J'espère bientôt aller vous rejoindre. Mes vœux, vous le savez, vous accompagnent. Nos élections sont bonnes. La confiance renaît. Votre fermeté qui maintient chez nous la tranquillité vous fait bien. »

( Page <51. )

Témoignages de reconnaissance de la nation à il. le baron Surlel de Chokier, Régent de la Belgique.

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