AU NOM DU PEUPLE BELGE
Le Congrès national,
Décrète :
Art. 1". M. le baron Érasme-Louis Surlet de Chokier, Régent de la Belgique, a bien mérité de la patrie.
Art. 2. 11 sera frappé une médaille pour perpétuer la mémoire de l’administration de M. le Régent.
Art. 3. M. le baron Érasme-Louis Surlet de Chokier jouira d'une pension viagère de dix mille florins à charge du trésor public.
Charge le pouvoir exécutif de l’exécution du présent décret.
Bruxelles, au palais de la Nation, le 20 juillet 1831,
Le Vice-Président, Destouvelles.
Les Secrétaires, membres du Congrès,
Nothomd, vicomte Vilain XI1II, Liedts.
(Page 458.)
M. le comte de Mercg-Argenteau, ancien ministre plénipotentiaire de Napoléon I er à la cour de Bavière, ancien grand chambellan du roi des Pays-Bas, etc., à Surlet de Chokier.
• Vierset, 30 juillet 4831 .
« Je vais, mon cher ami, vous répondre avec une égale franchise sur un autre point. Lorsqu'on 181 i, je vis s’écrouler un grand empire et que j eus cessé de servir et de défendre une cause à laquelle je restai dévoué jusqu’au dernier moment, je ne songeai qu’à revenir dans la retraite consacrer aux miens et à mes propres jouissances la dernière partie de ma vie. Une année se passa sans que je mélasse une acclamation à celles des hommes qui encensaient déjà le nouveau pouvoir du royaume des Pays-Bas, et sans le retour de llle d'Elbe qui m’imposait le devoir de me prononcer, le roi Guillaume ne m'eût pas rencontré sur son chemin. Mais alors n’écoutant qu’un sentiment d honneur et suspect déjà d une tendance d’opinion contraire au nouvel ordre de chose établi en Belgique, j’allai faire la connaissance du nouveau chef de l'État à Bruxelles en lui offrant tout à la fois mes services et mon influence. I. abdication de Fontainebleau m’avait dégagé. Le traité de Vienne avait assis lEurope sur de nouvelles bases. Tout me prescrivait dans ma patrie cette conduite franche et loyale.
Vous savez ce qu’il en advint. Seize ans se passèrent à donner à mon pays des preuves non équivoques de mon zèle à le servir. Quand je dis que seize ans se passèrent ainsi, c’est ma conscience qui me le dit. Mon opposition constante et soutenue jusqu’à la fin à une marche fausse et désastreuse de la part du Gouvernement se passa dans l’ombre et n'en fut pas moins réelle, bien quelle n'eût pas l’éclat de la tribune pour soutien et le bruit de la renommée pour récompense. Une révolution est venue tout détruire d'un côté, anéantir l’ordre et une prospérité réelle, et mettre de l’autre les armes à la main à tout le monde. Nous en sommes là, et pendant la tempête, tandis que la barque des uns se trouvait entraînée par la force du courant, la mienne devait s’amarrer à un rocher du Houyoux et là, rattachant le chaînon rompu en 1814, à un autre rompu en 1830, je replace ma vie dans la retraite et la liberté. Cette retraite, mon cher ami, n'a rien d’hostile pour personne. Elle est dans ce moment employée à créer du travail à une soixantaine d hommes qui mouraient de faim en attendant la moisson.
« J’ai eu l’honneur de connaître et de recevoir chez moi, à Munich, le prince Léopold, aujourd’hui notre souverain. Personne plus que moi n’est convaincu de ses généreuses intentions et des difficultés dont sa position est environnée. Il a besoin de ramener l’ordre, le calme, la confiance dans l’avenir, si c’est possible. Je suis fort décidé à y concourir pour ma part et par mon langage et par les moyens plus assurés dont je vous parlais tout à l’heure. ...»
(Page 467.)
Surlet de Chokier à il. J. Vanderlinden, ancien membre du Gouvernement provisoire et secrétaire du conseil.
« Gingelom, le 2 octobre 4831.
«i Votre lettre du 29 septembre, mon cher et ancien compagnon et collaborateur, m’a fait le plus grand plaisir. J’en éprouve toujours un bien vif en recevant des marques de souvenir de ceux qui ont partagé mes travaux et mes tribulations et qui ont été à même de lire dans la simplicité de mon cœur qui, j'ose le dire, a pu passer par l'épreuve
du pouvoir sans subir de changement Je no connais
comme vous de la politique que ce que j’en apprends par es journaux. Ne croyez pas que les conseillers actuels du Koi me donnent le plus petit signe de vie, ce dont je m’applaudis, car cela donnerait peut-être matière à soupçon et lieu de me prêter des propos que je n’aurais ni tenu ni même pensé »
(Pages 89 et 168.)
M. Nothomb à l’ancien Régent.
• Bruxelles. 23 novembre 1833.
« Les bontés que vous avez eues pour moi me font un devoir d'appeler votre attention sur une brochure allemande (der Ab fai l der Niederlande ) publiée l'été dernier et où se trouve une assertion, qu’il vous importera peut-être de démentir. On lit, page 6, la note suivante : >* Les membres du Congrès se rappelleront que M. Surlet de Chokier, à son retour de Paris, d'ou il apportait une réponse négative de Louis-Philippe relativement à l’élection du duc de Nemours, leur dit : Messieurs, il ne nous reste d'autre parti à prendre que d'élire le prince d’Orange. »
« Il est bien vrai qu’à cette époque nous nous trouvions dans une bien grande indécision d'esprit; cette indécision a même été le caractère de votre premier ministère. J’ignore si l'auteur allemand fait allusion à un entretien particulier. J’ai relu les belles paroles que vous avez prononcées à votre retour de Paris en rendant compte de votre mission, je n’y ai point trouvé le germe du découragement que dénoterait le mot que vous attribue l’auteur allemand. Le jour de votre installation, il a été fait lecture non-seulement de la Constitution, mais aussi du décret d’exclusion de la maison d’Orange; je me souviens très-bien que vous avez interrompu le secrétaire après la lecture de ce
décret pour dire : «J'adhère de nouveau à cette résolution. « Tout cela se passait peu de jours après votre retour de Paris. Soutenir qu’à la même époque vous regardiez l’élection du prince d’Orange comme le seul parti à prendre, serait vous accuser de duplicité.
« Il est possible, monsieur le Régent, que mes travaux littéraires me fournissent l'occasion de contredire l’écrivain allemand et de donner quelques renseignements sur votre règne. Je serais flatté de pouvoir parler en quelque sorte avec votre autorisation (').
« Agréez, etc.
« Notuomb. »
(Page 478.) Obsèques.
« Liège, lo 17 août 4839.
« J’ai la douleur de vous faire part de la mort de mon digne et respectable ami, monsieur Érasme-Louis baron
(') Voir, sur la Régence , les chap. VIII et IX de l’£xai hietoriqnc et politique tur la révolution belge, par Nornom , ancien membre du Congrès national et du comité diplomatique , commissaire du Régent de Belgique près la Conférence à Londres, en juin 1831.
SurletdeChokier, membre du Corps législatif sous l'empire, membre de la seconde Chambre des États généraux du royaume des Pays-Bas, président du Congrès national, et Régent de la Belgique, décédé en son château de Gingelom, le 7 du courant, à six heures et demie du soir, dans la soixante-dixième année de son âge ; emportant les regrets de tous ceux qui l’ont connu et surtout des pauvres, sur lesquels il répandait de nombreux bienfaits.
« Depuis plus de quarante ans, étroitement lie avec M. de Chokier, je perds en lui le meilleur des amis, et son pays un de ses meilleurs citoyens.
« Votre très-humble serviteur,
« J.-F. Hennequw,
« ancien gouverneur de la province de limbonrg
« Ses obsèques auront lieu à Gingelom, le mardi 27 août, à dix heures du matin. »