‹ Le régime clérical en BelgiqueChapitre 136 sur 166 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le mouvement syndical chrétien

Les cléricaux qui ne veulent pas se rallier à l'avis émis par M. Woeste, reconnaissant que les socialistes ont obligé les catholiques à les suivre sur le terrain syndical, s'évertuent à faire croire dans tous leurs écrits, toutes leurs études sur la matière, que les syndicats chrétiens existent depuis plus de cinquante ans.

Sans doute nous savons que, jadis, ils avaient créé la Fédération des associations catholiques ouvrières, mais nous savons aussi qu'ici l'activité tout entière des cercles affiliés était absorbée par les pratiques religieuses et que sur ce terrain l'ouvrier qui en faisait partie était invité à faire l'apostolat pour amener de nouvelles recrues. Nous avons rappelé qu'à la Fédération fut substituée, en 1891, la Ligue démocratique belge, sous la direction de l'Archevêché de Malines, qui en choisissait le comité et s'efforçait de mettre en pratique les prescriptions de l'Encyclique Rcrum novarum : nous nous en occuperons plus loin.

Au Congrès de 1896, organisé par la Ligue, au local des « Ouvriers réunis » de Charleroi, on a entendu notamment M. Renkin s'exprimer ainsi ' : « Le Congrès de 1896 sera marqué en lettres d'or dans l'histoire de la démocratie ; il scelle {'accord entre tous les démocrates. (Bravos.) Il y a dix ans, la démocratie chrétienne était à peine connue ; elle s'est révélée depuis comme la doctrine de l'avenir. »

Les associations ouvrières qui participaient au Congrès étaient notamment des unions dites ouvrières, des maisons et cercles d'ouvriers, etc. Mais, comme l'écrivait fort bien, en 1902, M. l'abbé E. Vossen ^ directeur du Secrétariat des œuvres catholiques de Bruxelles, parlant des syndicats proprement dits :

« Les congrès en proclament partout l'impérieuse nécessité. Les pouvoirs publics s'en occupent vivement. Les dirigeants des

' Almanach de la Ligue démocratique belge, 1897, p. 03. ' Les Syndicats ouvriers. ]iar Tabbc E. Vossen, p. 1 et 2. Imprimerie Nationale, rue (lu la Founhf, i3, Bni.xelles.

Les Œuvres sociales et économiques. 515

cercles ouvriers changent la base de leur organisation. Ils se rendent compte que l'heure de la disparition des cercles ouvriers a sonné, du moins dans leur forme actuelle, qu'ils doivent changer de caractère et de nature et faire place à d'autres organismes, mieux appropriés aux besoins de l'heure présente. Il faut que dans ces cercles transformés, groupés en associations puissantes, éclosent non seulement des œuvres d'agrément ou à caractère exclusivement religieux, mais aussi des œuvres de combat de toutes sortes, et, au premier rang de celles-ci, les syndicats. »

Ce ne fut donc que quelques années après la promulgation de la loi sur les unions professionnelles que les cléricaux, stimulés par les socialistes, décidèrent de provoquer le mouvement syndical chrétien. Le rapport publié pour l'année 1909 par le Secrétariat 1 de Gand nous apprend qu'en 1904, année de sa fondation, il y avait exactement 14,759 syndiqués chrétiens.

Mais l'arrivée en scène du Rév. P. Rutten, apôtre infatigable du syndicalisme chrétien, devait bientôt donner au mouvement un essor énorme, provoquer son développemetit dans le pays tout entier, de telle manière qu'en 19 10 seul l'arrondissement de Huy- \\'aremme lui restait fermé.

Nous aurons à rechercher quels sont les éléments qui furent et sont encore décisifs pour assurer au mouvement plus d'ampleur et qui font avouer aux socialistes eux-mêmes que les effectifs syndicalistes chrétiens représentent une masse avec laquelle il faut compter.

La propagande est tout entière basée sur ces principes, rappelés dans le rapport de Gand pour 1909 :

î. Conformément, aux résolutions adoptées à l'unanimité au Congrès de Malines, nos amis s'efforceront d'organiser partout une propagande syndicale méthodique dans les patronages de jeunes gens et de jeunes filles, dans les mutualités et dans les cercles ouvriers.

II. Une propagande énergique sera entreprise en vue de constituer partout des syndicats d'ouvrières, en commençant, de préférence, par les catégories d'ouvrières les plus mal payées .

Pour surmonter les obstacles résultant du nombre, de la diversité et de l'éparpillement des ouvrières à domicile, il est désirable de constituer d'abord des Ligues paroissiales de femmes chrétiennes.

Les meilleurs éléments du futur syndicat pourront être recrutés au sein de ces Ligues.

En vue d'unifier la propagande et l'organisation, il sera utile de trouver dans chaque doyenné important ou au moins dans chaque arrondissement, un propagandiste au,ori;é. Ces propagandistes s'entendraient afin d'arriver à constituer des Fédérations régionales qui seraient ensuite affiliées à la Ligue nationale des femmes chrétiennes.

' Rapport sur le mouvement syndical chrétien en Belgique, par le P. Rvïten. 1910. Imprimerie « Het \'olk », Gand.

III. Nous rappelons à nos amis certaines conclusions de notre rapport de 1905, qui furent votées à l'unanimité;

a) Tous les syndicats se feront un devoir de s'affilier aux Fédérations : ,

b) Les bureaux des syndicats informeront régulièrement le Secrétariat général des chances et des moyens d'organiser d'autres Unions dans les localités voisines de telles où il en existe déjà ,

c) Ils tâcheront de connaître les tarifs auxquels sont payés dans leur région et dans leur profession, les travaux de même nature. Ces renseignements seront classés par les bureaux des Fécérations et transmis ensuite au Secrétariat général ;

d) Les syndicats s'efforceront d'augmenter progres.sivemeni le taux des cotisations. Celles-ci seront, de préférence, recueillies à domicile, et au moins deux fois par mois, s'il n'est pas possible de le faire chaque semaine.

I\^ Toutes les Fédérations de syndicats chrétiens devront chercher à s'attacher au moins un ou deux employés -propagandistes, chargés exclusivement de la propagande syndicale et de la rédaction des journaux professionnels.

\'. Dès que les hommes d'oeuvre entreverront la possibilité de fonder un syndicat dans une profession pour laquelle il existe déjà une feuille (professionnelle, ils la feront dlistribuer à tous les ouvriers susceptibles de faire partie du futur syndicat.

\T. Il importe que les actionnaires catholiques usent de toute leur influence pour faire cesser l'hostilité de nombreux directeurs de sociétés anonymes à l'égard du mouvement syndical chrétien.

Aux divers secrétariats régionaux, comme à celui de Gand, sont rattachés des propagandistes français et flamands, rémunérés par le Gouvernement sous prétexte de conférences.

Chaque année, le Secrétariat des unions professionnelles organise, ainsi que nous l'avons vu dans un chapitre spécial S des réunions, dites semaines sociales, françaises et flamandes, à l'intention des militants et dirigeants des syndicats. Ces réunions ont un caractère politique très accentué.

Les semaines organisées cette année se sont plus que jamais occupées de la réfutation des idées socialistes.

L"ne propagande aussi méthodiquement organisée doit évidemment donner de boniie heure des résultats tangibles.

Les syndicats chrétiens, de plus en plus nombreux, font partie, pour la plupart, de fédérations classées d'après les divers métiers et industries. De celles-ci, les unes sont wallonnes et ont leur siège dans un secrétariat spécial, à La Louvière ; les autres groupent les ouvriers flamands et ont leur siège à Gand. Ensemble, elles forment la Confédération nationale, avec siège au Secrétariat central.

Le tableau suivant, tiré du rajjport du Rév. P. Ruttcn, rend compte de l'importance de leurs effectifs.

' Voir le chapitre concernant la description du Secrétariat permanent des unions professionnelles, page 232.

Les Œuvres sociales et économiques.

Les Fédérations chrétiennes en Belgique au 30 juin 1911

FEDERATIONS

Page 1