‹ Le régime clérical en BelgiqueChapitre 31 sur 166 · AGENTS DES MINISTÈRES · texte numérisé non relu

AGENTS DES MINISTÈRES

Nombre cP agent s gagnant moins de 1 ,000 francs :

Ministère des Affaires étrangères 7

de la Guerre 4

— de la Justice 63

— de l'Intérieur ' et de l'Instruciion publique 394

— des Travaux ]iublics 2,702

— des Finances ',744

— de l'Agriculture 614

de l'Industrie et du Tra\ail .... 40

Total des agents 5.568

Il y a donc 5,568 agents occupés par les divers ^iiinistères gagnant moins de i,ooo francs par an !

Etablissons, dès lors, le budget d'un jeune ménage ne comptant qu'un enfant. Le Bulletin- de l'Union des commis des Postes de Belgique en a dressé un tableau saisissant ; moyennant un traitement annuel de- 1.884 fr. 50, le ménage pourra dépenser pour :

Loyur fr. tâO.UM

Retenue sur traitement «fi 00

-2,300 kil. de charbon à 32 fr. 4- oO fr. de lumière .... 130.0(1

Pommes de terre, 300 kil. à 10 fr 30.1-0 .

Léaiumes. 20 centimes j>ar jour ! 75.00

Via'nde. 2 kil. par semaine à fr 2.40 2.ïi.00

Lard, 2 kil. par mois à fr 2 20 .Vi.SO

Pain. 1 kil. pai jour 100.00

Beurre, I kil. par semaine I fin. 00

Œufs 100.00

Boisson 1 litre de bière et 1 litre de lait par jour .... 160.00

Café, 3 i kil. par sem.iine à fr. 2 60 90.40

Chicorée 3 i kilo pai semaine à fr 0.70 36.40

Epiceries fines : sfirofle. laurier poivre, noix de muscade. . 5.00

Fromafre. 12 kil. à fr 2.20 26.40

Huile d'olive 'i litres à fr. 2.35 15.20

Moutarde 5.(1

Macaroni. 5 kil. à fr. 0.80 12.00

Riz. 15 kil. à fr 0.50 H. 10

Sucre, 20 kil. à fr. 0.66 17.16

Sel, 12 kil. à fr. 0 06 0.72

\'inaigre. « litres ;ï fr. O.iO 3.2il

.Mlume-feu 7.30

.\llumettes I .50

Savon de toilette 5 . 40

Savon mou 5 . 40

Cristaux de soude 0.48

Mine de plomb cirage 12.84

Brosses et torchons 10. 00

Frais ffénéraux 50 . 00

TOT.vL. . . fr. 1. 884.. 50

' Actuellemenl. au .Ministère de ITntérieur est adjoint le départcirtenl de l'agriculture: mai~ ceci n'a en rien modifié la situation des avrents au point de vue dos traitements.

'-' Bulletin trimestriel de l'Union professionnelle des Commis des Postes de Belgique, juin 101 1.

L'Evolution cléricale. 101

Nous constatons que ce budget ne prévoit pas l'achat de vêtements, de chaussures, ni les honoraires de médecins, frais pharmaceutiques, ni les frais nécessités par l'éducation d'un enfant, les imprévus, etc. Comment concevoir le bien-être dans des conditions de \'ie aussi précaires et à une époque où le renchérissement général des produits de l'alimentation est signalé de toutes parts, jusqu'à provoquer des manifestations publiques journalières, en même temps que l'augmentation du prix des loyers, du combustible, de tout ce qui, en résumé, fait partie de l'économie d'un ménage !

C'est ce triste état de choses qui a décidé, il y a trois ans, MM. Paul Janson et consorts à déposer un projet de loi, destiné à relever le traitement de tous les agents de l'Etat gagnant moins de 3,000 francs, aucune amélioration n'étant plus intei^venue dans ce sens depuis 1875.

Tous les amendements présentés, lors de la discussion des divers budgets, par des membres de l'opposition, en vue d'améliorer cette situation pénible, ayant été repoussés par le Gouvernement, aussi bien que par sa majorité, la proposition réclamait une augmentation de 10 p. c. pour tous les traitements et salaires qui ne dépassaient pas 1,500 francs et de 5 p. c. pour ceux supérieurs à 1,500 francs, mais n'allant pas au delà de 3,000 francs.

Cette loi eut donné, non pas le superflu, mais à peine le nécessaire aux serviteurs les plus fidèles de l'Etat : elle ne vit jamais le jour.

On prépare, néanmoins, en ce moment, un projet de relèvement des traitements et salaires pour tous les employés, agents et ouvriers relevant du département des chemins de fer et des postes : relèvement de 1 00 francs de tous les taux de traitement, jusques et y compris le taux de 2,400 francs ; relèvement de o fr. 20 par heure des salaires jusqu'à un taux déterminé au delà duquel il ne sera plus accordé que o fr. 10 par heure.

Il est question également au Ministère des Finances de procéder au relèvement de tous les traitements inférieurs à 3,000 francs.

Les élections sont proches. Jusqu'à ce jour, c'est-à-dire durant vingt -sept ans, les appointés et salariés de l'Etat ont connu une vie de privations qui n'a jamais pu émouvoir les divers gouvernements catholiques qui se sont succédé au pouvoir. Des raisons budgétaires étaient opposées, comme nous venons de le voir, aux réclamations incessantes de l'opposition. En mai prochain, la chute du Gouvernement clérical étant probable, il appartiendra aux dirigeants de demain de faire face aux dépenses nouvelles. Les augmentations accordées hâtivement, in extremis, auront ce double avantage pour les cléricaux : ou elles seront pour eux un profit électoral bien nécessaire et escompté au moment où s'ac-

102 Le Régime clérical en Belf[ique.

centiie la déchéance de leur parti, ou bien, si leur chute se produit, l'opposition au pouvoir aura à trouver les ressources nécessaires pour faire face aux dépenses évaluées annuellemeni à ])lus de 12 millinns de francs que comporte le projet.

L'énumération des conditions économiques dans lesquelles se débat, c(jmmc on voit, la petite bourgeoisie n'a rien de réjouissant, et tout homme de cœur déplorera vivement cet état de choses. Qu'on ne s'imagine pas que nous ayons eu la préoccupation voulue d'assombrir encore le tableau, si douloureux, qui dépeint l'existence de ces milliers de familles. Récemment, l'administration des chemins de fer organisait un concours afin de conférer 200 emplois de garde, dont 100 aux candidats flamands et 100 aux candidats wallons. Le nombre des inscrits s'est élevé exactement à 2,610, dont 850 Flamands et 1,760 Wallons. Il y avait, en moyenne, treize candidats pour une place !

L'alimentation, dans la petite bourgeoisie, n'est pas moins défectueuse que dans la classe ouvrière.

En 1894, la ville de Bruxelles fit officiellement faire des recherches aux fins de savoir comment les enfants étaient vêtus, nourris et logés.

L'enquête porta sur i 1,904 élèves des écoles primaires et 2,543 élèves des écoles gardiennes, soit en tout 14,447 enfants.

Sur ce total, 1,904 enfants ou 16.89 P- c. de la population scolaire, étaient mal chaussés, 3,620 enfants ou 25.04 p. c. étaient mal vêtus.

Les logements, à Bruxelles, étaient signalés comme étant dans une situation non moins misérable : 684 enfants n'avaient pas de lit, 7,161 dormaient dans la même chambre que leurs parents, 735 dormaient dans le même lit que ceux-ci, 1,266 couchaient avec une ou des sœurs, 1,228 filles couchaient avec un ou des frères, 3,294 couchaient dans la chambre où se fait le ménage, iio jiassaient la nuit dans des sous -sols ou dans une cave !

.\u point de \ue de l'alimentation, résultats non nujins navrants: 3,663 d'entre eux ou 25.^5 p. c. recevaient une nourriture insuffisante.

Non moins édifiants furent les résultats de l'enquête de la Commission des œuvres scolaires de la Ligue de l'enseignement, au point de vue de l'alimentation des enfants de petits bourgeois. Qu'on jette un coup d'ieil sur les réponses faites par les écoliers d'Ixelles. conunune com])osée d'une ]io])ulati<)n exclusivement bourgeoise, formée de ])etits négociants. ])atr<)ns, artisans et om])loyés.

L'Evolution cléricale.

REPAS DE LA VEILLE

JOUR

DE L'ENQUÊTE

Page 1