C. Les Œuvres scolaires
L'effort considérable fait par les catholiques en vue d'assurer la formation confessionnelle des enfants, futurs soutiens du parti, par la création d'écoles nombreuses, ne pouvait se concevoir sans l'appoint de toute une série d'œuvres annexes, destinées à favoriser leur fréquentation. Nous venons de voir que c'est là notamment lui des buts poursuivis par les Patronages.
Nous verrons que diverses autres œuvres de propagande, les Confréries du Très Saint-Sacrement, les Conférences de Saint-
liSU Le Régime clérical en Belgique.
Vincent de Paul, l'Œuvre des Dames de la Miséricorde, etc., sont chargées plus particulièrement de faire la chasse aux parents, pour les décider à envoyer leurs enfants dans les écoles confessionnelles. Comme prix attaché à leur docilité, nous verrons qu'elles comblent ceux-ci de petites faveurs de toutes espèces, fort appréciées dans les familles vouées à une misère perpétuelle.
Mais les écoles communales sont fréquentées par l:)eaucoup d'enfants catholiques, parce qu'ici, outre que l'enseignement qui y est donné satisfait les parents, une organisation puissante d'œuvres scolaires, infiniment plus complète que celle des cléricaux, assure aux écoliers des avantages nombreux : soupes, vêtements, séjour aux colonies scolaires, etc. Dans ces conditions, il s'imposait aux catholiques de faire un effort susceptible d'annihiler les .avantages inhérents à la fréquentation des écoles publiques et c'est ainsi que les cléricaux, lutteurs avisés, mirent en action toutes leurs influences pour créer des oeuvres scolaires similaires.
Etant données les ressources inépuisables dont ils disposent, accrues encore par les appels réitérés adressés au public, les produits des quêtes, fêtes de bienfaisance, voire même les subventions consenties par les administrations communales libérales, etc. — la commune de Bruxelles seule leur donne annuellement 5,000 francs, — ils n'eurent guère de peine à créer, dans les grandes villes tout au moins, des oeuvres accordant aux enfants des écoles libres les petits profits attribués aux élèves des écoles publiques.
Moins complète est leur organisation dans des villes de moindre importance, et ceci, en dernière analyse, constituait une cause de faiblesse pour la main -mise sur l'enfance.
Mais, disposant du pouvoir, ne disposaient-ils pas aussi d'autres moyens susceptibles de rétablir l'équilibre au profit de leurs écoles confessionnelles ? Leur majorité parlementaire ne pouvait -elle, sur ce terrain, leur venir en aide, par la simple promulgation de lois, détruisant l'effet utile des œuvres avantageant exclusivement la fréquentation des écoles publiques ?
Dès 1888, leur effort législatif s'annonce pour détruire les oeuvres scolaires, complétant, grâce à l'initiative privée, la tâche incombant aux écoles communales.
La loi du 7 mai 1888 prévoit des pénalités pour les membres des administrations charitables et les employés de celles-ci qui décideraient de procurer ou d'aider à procurer des aliments et des vêtements aux élèves des écoles communales, sans accorder la même faveur aux élèves des écoles libres.
En 1905, l'incident de Tirlemont. à propos d'une donation du bureau de bienfaisance de cette ville, mit en évidence le désaccord
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existant entre M. Woeste, l'auteur de la loi de iS88. et ^I. Vanden Heuvel, alors ministre de la Justice, quant à l'interprétation à donner à la loi : les dispositions de celle-ci parurent insuffisantes au premier pour assurer aux œuvres scolaires catholiques le même bénéfice intégral des faveurs accordées par les communes aux œuvres favorisant la fréquentation des écoles publiques. Un nouveau projet de loi fut déposé, amendé par M. de Trooz, aggravant les dispositions de la loi de 1888 dans un sens plus favorable à la conception cléricale de la liberté subsidiée. Celle-ci, toujours à l'état de projet, interdit aux communes et aux provinces d'intervenir dans les distributions scolaires de soupe, de vêtements ou d'objets quelconques d'habillement autrement que par l'intermédiaire des bureaux de bienfaisance.
C'est-à-dire que si ce projet passait à l'état de loi, le droit d'organiser des réfectoires et des vestiaires au profit des enfants fréquentant les écoles publiques sortirait du domaine légal des communes i Ce serait la destruction certaine des œuvres scolaires annexées aux écoles publiques par la privation des subsides, car il est à présumer que les bureaux de bienfaisance, qui seuls deviendraient compétents pour l'organisation de ces services, ne se soumettraient pas à ces prétentions, et, à supposer qu'ils le fassent, les charges qui en découlent incomberaient aux communes.
La thèse cléricale qui veut que les œuvres scolaires, réfectoires, vestiaires, colonies de vacances, relèvent uniquement de la bienfaisance — toute la législation des cléricaux ne repose-t-elle pas sur la charité chrétienne ? — justifie, à leurs yeux, la mise en vigueur de toute une série de mesures susceptibles de valoir à leurs œuvres scolaires l'égalité des subsides.
Le rapport présenté au dernier Congrès de Malines marque ainsi le but qu'il importe d'atteindre et que les cléricaux n'auront sans doute plus le temps de réaliser :
«LU y a lieu de maintenir dans notre législation et de consacrer par un texte exprès la compétence exclusive des bureaux de bienfaisance aux fins, soit d'organiser les œuvres de- la soupe, des vêtements et des colonies scolaires à titre de services publics, soit d'accepter les libéralités faites en vue de la création ou de l'entretien de pareils services.
» IL II y a lieu d'autoriser les provinces et les communes à voter des subsides pour aliments, vêtements ou colonies scolaires aux élèves des écoles primaires ou des écoles gardiennes.
» III. Le bénéfice, soit des œuvres ainsi directement installées par le bureau de bienfaisance, soit des subsides ainsi votés par les provinces ou les communes, doit être attribué uniquement aux enfants indigents. II serait rationnel de considérer, dans l'espèce.
ly2 I.e Régime clérical en Belgique.
comme indigents les enfants qui ont droit à l'enseignement gratuit.
» IV. Le législateur a le devoir de veiller à ce que la loi nouvelle rende possible l'affectation des subsides communaux ou provinciau.K, non seulement aux bureaux de bienfaisance, mais aussi aux institutions privées formées en vue de l'organisation des œuvres de la soupe, des vêtements ou des colonies scolaires.
» V. Il a aussi le devoir de prendre des mesures efficaces pour que les secours directement alloués par les bureaux de bienfaisance ou le montant des subsides provinciaux et communaux soient jiécessairement répartis entre les écoles publiques et les écoles privées, à proportion du nombre des élèves indigents qui les fréquentent.
» VI. Une de ces mesures consisterait dans la nullité des délibérations du conseil provincial et du conseil communal qui poursuivraient un but contraire. Une autre pourrait consister dans l'organisation d'un système où la faculté serait reconnue soit au président de chacune des institutions privées visées ci-dessus, soit à la personne désignée dans les statuts, de réclamer en justice la part des subsides communaux ou provinciaux auxquels l'institution aurait droit. La même faculté serait d'ailleurs reconnue au bureau de Jjienfaisance relativenaent à la part des subsides qui lui reviendrait. »
D. Les Œuvres pour la formation religieuse
des enfants
La formation religieuse de l'enfance est à la base de toute l'action catholique. Ici prévaut l'avis qu'il est indispensable, non seulement d'initier les enfants à la connaissance parfaite du dogme, commencée par l'enseignement du catéchisme et continuée par l'étude de la religion, mais il ajiparaît aux apôtres de l'Eglise tout comme aux hommes politiques qui la représentent qu'il faut faire pénétrer dans le cerveau de l'enfant la conviction, sans laquelle toute empreinte religieuse est superficielle et éphémère.
L'atmosphère religieuse devient ainsi, dans les écoles, une nécessité impérieuse, pour marquer, imprégner l'âme de l'enfant des stigmates ineffaçables de la croyance, de la foi, sans laquelle aucune vie chrétienne n'est possible.
L'enseignement confessionnel doit préparer les catholiques de demain. Il doit les préparer non pas en vui- d'une sage défensive, respectable, qui mettrait les croyants à l'abri de toute agression de ceux qui ne croient pas ; mais il s'efforce de développer, dans l'âme de la jeunesse, l'esprit d'apostolat se traduisant par une
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offensive tenace, permanente, inconsidérée parfois, pour ramener à l'Eglise des fidèles, non pas I mais des soutiens du parti qui la représente.
Ainsi, il importe que tout soit mis en œuvre pour former des hommes de caractère, imprégnés de cette conviction que rien ne doit pouvoir ébranler, à savoir que le Parti catholique a besoin de tous ses soldats, que tous doivent accepter la mission de combat qui leur est assignée par les prêtres ou les chefs du parti, préparant, par des luttes continuelles, de petites victoires successives devant amener le triomphe définitif de l'Eglise sur la société civile !
Toute la machine scolaire catholique se meut sur ces conceptions, et l'on envisage sans peine qu'aucun des éléments susceptibles de consolider, chez l'enfant, la foi, acceptée sans discussion, ne peut être omis.
Nombreuses sont, à cette fin, les œuvres ayant pour objet exclusif la formation religieuse de la jeunesse :
I" L'enseignement du catéchisme ;
2" La confession et la communion fréquentes, puis des retraites ;
3" L'assistance régulière à la messe ;
4° Les cours de l'apologétique populaire ;
5'3 La formation eucharistique en vue de l'apostolat.
L'enfant ne devient chrétiennement normal et... moral que s'il a subi l'influence de ces divers facteurs, se complétant l'un l'autre et préparant des catholiques sûrs et utiles au parti.
L'enseignement du catholicisme se fait dans toutes les écoles dites libres ; il est continué dans les patronages. Il se donne, aussi, là ou ceux-ci n'existent pas, là encore où les écoles existent en régime libéral, au presbytère annexé à l'église.
Les Dames de Sainte-Julienne assurent l'enseignement du catéchisme, dans des locaux spéciaux, au profit des enfants d'ouvriers fréquentant ou ne fréquentant pas les écoles libres.
D'autres œuvres se sont donné pour tâche d'organiser des cours de catéchisme le soir, pour les jeunes ouvriers ou ouvrières retenus à l'atelier durant le jour ; parmi ces œuvres, il en est qui s'occupent uniquement des arriérés ou anormaux. D'autres, enfin, préparent les enfants spécialement en vue de leur première communion.
La confession, la communion fréquente, hebdomadaire, les retraites, au moins une fois par an, font l'objet des préoccupations de la plupart des œuvres dites charitables.
Ici l'on dispose de mille et un moyens pour décider les parents à faire prendre à leurs enfants le chemin de l'église. Si les petits cadeaux, les petites faveurs accordés à ceux-ci sont autant de petits profits pour des malheureux dénués de toutes ressources, les indul-
gences plénières sont les récompenses accordées à ceux ou celles qui pratiquent cet apostolat.
Les retraites sont gratuites, grâce à l'intervention d'œuvres s'occupant spécialement de cet objet.
La fréquentation de la messe, ([uotidienne ou hebdomadaire, est assurée par la mise en action de moyens divers, intéressant les enfants, leurs maîtres et leurs parents : récompenses aux premiers, compliments du haut de la chaire aux seconds, auxquels revient une place d'honneur à l'église, visites au domicile des derniers, exhortations, mise au tableau d'honneur, etc.
Tout ceci exige un contrôle sévère pour les présences ; les parents sont avertis par carte spéciale de l'absence de leurs enfants aux saints offices.
M. l'abbé Honnay ^ curé de Resteigne, va nous dire comment il faut s'y prendre pour attirer les enfants des écoles officielles :
« V 11 faut tâcher de gagner leurs b\mpathies, de se faire aimer-d'eux. Donc, éviter toute brusquerie, toute mauvaise humeur. Les accueillir d'un air ouvert et cordial. Leur adresser de temps en temps un encouragement ;
» 2" Faire entrer l'assistance à la messe en ligne de compte pour la place de la première communion ;
» 3° Etablir un système de récompense.
» Voici un moyen employé avec succès : remettre à ( haque enfant un petit calepin avec son nom. Chaque dimanclic, après la messe, les enfants vierment se ranger au banc de 'ommunion et on y imprime un cachet qui équivaut à un billet de loterie pour une tombola ou à une monnaie pour l'achat de petits objets mis en vente. »
Dans maintes paroisses, sur les conseils de S. Em. le Cardinal- Archevêque de Malines, on a tenté d'organiser des messes journalières, uniquement destinées aux enfants, mais elles n'ont guère réussi.
Les cours d'apologétique populaire sont donnés dans les patronages, les maisons et les cercles d'ouvriers. Il en est organisé le soir, dans certaines paroisses, pour les jeunes ouvriers et ouvrières.
Les Confréries du Très Saint Sacrement réunissent, de même, au moins une fois par mois, leurs adeptes pour l'enseignement apologétique. (^)uelques Conférences de Sainl-\'incent de Paul sont entrées dans la même voie.
Il n'existe pas encore d'ceuvres se préoccupant de la ])réparation eucharistique des enfants. On peut s'en étonner. Ce soin, il est
' Comment promouvoir l'assistance à la messe dominicale, en corps et sous la surveillance des maîtres, par M. l'ahlir Hunnw. ("i>ih;ti-s di- Maliiifs.
L'Organisation de la Propagande . 185
vrai, est confié à toutes les mères, et les dames du monde aussi bien que les jeunes filles, sont expressément invitées par les autorités diocésaines à mettre tout en oeuvre pour assurer la formation eucharistique de la jeunesse. Celle-ci, comme on sait, par des communions fréquentes, prépare aux Confréries du Très Saint Sacrement, dont on verra plus loin le rôle sur le terrain social et politique.
L'Œuvre de l'Adoration de l'enfance s'efforce de cultiver chez les enfants d'élite des dispositions très spéciales à la vie religieuse, qui permettent d'en faire soit des religieux proprement dits, soit des apôtres laïcs acceptant la tâche de vulgariser la religion.
C'est d'ici que l'on voit sortir les éléments les plus agissants qui vont constituer les militants des Ligues Eucharistiques.
E. La Ligue scolaire catholique
Reprenant un vœu émis au Congrès de Malines de 1867, S. Em. le Cardinal-Archevêque de Malines décida, il y a quelques années, qu'il y avait lieu de fonder une Ligue scolaire, chargée de la défense de l'enseignement catholique dans tout le pays.
La Ligue devait être, dans l'esprit de ses promoteurs, un organe d'information méthodique et de propagande continue. Son but ne devait pas être de faire double emploi avec les oeuvres existantes pour chercher dans l'ensemble du pays des ressources à répartir en quelques localités, ni surtout d'attenter en quoi que ce soit à l'autonomie des œuvres locales, mais bien de provoquer et de soutenir l'initiative de ces œuvres indépendantes, de les mettre en mesure de bénéficier des expériences faites par d'autres, de leur assurer les meilleurs instruments de publicité et d'action dont elles ont besoin.
La Ligue facilitait ainsi la tâche des comités scolaires locaux, créés un peu partout, en leur assurant le bénéfice de certaines créations, telles qu'une caisse centrale de pension ou d'invalidité prématurée pour le personnel enseignant, un conseil général d'études et de perfectionnement pédagogiques, un comité d'études de législation belge et étrangère apte à fournir immédiatement la solution des problèmes proposés. C'était là un cadre très vaste d'activité que seule une œuvre de grande extension peut remplir.
La Ligue espérait arriver à ce but par la multiplication de cotisations annuelles à un franc et par l'intérêt des cotisations de pnembres à vie capitalisées et garantissant à l'œuvre de l'enseignement chrétien des ressources stables accrues de jour en jour.
Ainsi s'exprimait le manifeste lancé dans tous les milieux catholiques.
Mais il va de soi qu'au milieu des préoccupations de nature à favoriser le développement de l'enseig'nement libre, la Ligue se préoccupe de cléricaliser les écoles officielles et de faire naître des écoles libres, là où l'enseignement public est entre les mains des mécréants .
Huit sections se partagent ainsi son activité :
I" Une section religieuse s 'occupant de tout ce qui a i apport à la pratique des devoirs de tout bon chrétien ; assistance à la messe, aux communions, au catéchisme, etc. ;
2" Une section s'occupant des questions pédagogiques susceptibles de faire progresser, en l'améliorant, l'enseignement confessionnel :
y Une section s'occupant de la diffusion de plus en plus grande des œuvres annexées aux diverses écoles libres ;
4" Une section s'occupant des questions purement matérielles des écoles : locaux, ameublement, fourniture des livres, etc. ;
5" Une section s 'efforçant de mettre à jour les moyens d'améliorer le sort des instituteurs ;
6" Une section de propagande, faisant connaître les écoles libres, provoquant la mise en action de tous les moyens susceptibles d'assurer la fréquentation scolaire catholique, notamment par la constitution de comités centraux urbains et ruraux ;
7° Une section purement financière, devant aviser aux mesures à prendre en vue de trouver les ressources nécessaires à l'entretien ou la propulsion des écoles catholiques dans tout le pays, en venant en aide notamment aux comités locaux : souscriptions, donations, caisses diocésaines, subsides de l'Etat, des provinces, des communes, quêtes à domicile par des dames ou des jeunes gens, troncs dans les églises et les cafés, quêtes par les curés, œuvres du denier des écoles, obligations pour les congrégations et les châtelains catholiques d'ouvrir des écoles libres.
Voilà bien des moyens capables de promouvoir l'enseignement confessionnel, qui permirent d'ailleurs aux catholiques d'édifier quelques milliers d'écoles de parti en Belgique.
Mais des besoins nouveaux, des défaillances, des protestations de souscripteurs devant lesquels les politiciens exaltaient le droit des pères de famille à un enseignement conforme à leurs croyances et organisé aux frais de l'Etat, la crainte, vraisemblablement, de la chute prochaine du Gouvernement clérical, la difficulté qu'auraient les libéraux, une fois au pouvoir, tout au moins pendant un certain temps, de remplacer une loi scolaire qui serait votée en hâte, furent autant de raisons qui décidèrent les catholiques à
L'Organisation de la Propagande . 187
demander une revision urgente de la loi de 1895 et à insister pour obtenir l'égalité de tous les subsides officiels au profit de leurs écoles .
C'est dans ces conditions que la 8<= section, dite juridique, de la Ligue scolaire fut chargée de la mission de chercher une formule consacrant cette égalité et que la majorité cléricale de la Chambre et du Sénat aurait à voter sans retard.
Un vœu formel fut admis, à l'unanimité, dans ce sens par le Congrès de Malines de 190g :
« Le Congrès demande à la législature de reviser la loi scolaire de 1895 dans le sens de l'égalité de toutes les écoles devant les subsides de l'Etat, de la province et de la commune, et confie à la Ligue scolaire catholique le soin de veiller à l'exécution de
ce vœu. »
On sait ce qu'il en advint depuis !
F. Les Œuvres post=scolaires
On peut étudier toutes les œuvres de propagande cléricale en les considérant comme œuvres post-scolaires. C'est l'école et le patronage qui préparent et fournissent les éléments agissants de demain, qui se retrouvent ensuite dans les divers organismes de combat qui font l'objet de la deuxième partie de ce livre.
Il en est, néanmoins, qui ont conservé plus spécialement l'étiquette post-scolaire, sans doute parce qu'elles groupent les jeunes gens dès le moment même où ils quittent l'école.
Les anciens patronnés forment des « amicales » ou « cercles de persévérants », qui vont offrir leur appui aux curés, directeurs des patronages, avec le titre honorifique de « maîtres », dans l'organisation des diverses sections de jeunes gens.
Nous avons développé leur rôle dans la description que nous avons donnée des patronages, et nous avons vu comment, enrôlés dans diverses œuvres économiques, il devient difficile, sinon impossible, aux anciens patronnés de se dégager de la tutelle ecclésiastique.
Les jeunes collégiens, devenus étudiants universitaires, se retrouvent dans les nombreuses sociétés ou cercles dont nous nous occuperons plus loin. Ils vont, de même, renforcer les contingents des jeunes gardes placés sous la tutelle des associations politiques.
C'est dans la jeunesse qui vient de quitter l'école que les Confréries du Très Saint Sacrement, les Conférences de Saint- Vincent de Paul, les maisons et cercles d'ouvriers, les secrétariats
permanents d'œuvres sociales, etc., trouvent leurs plus ardents zélateurs, les « apôtres laïcs » opérant sous la direction du clergé.
Mais c'est dans les œuvres dites « Congrégations ' » qu'ils se retrouvent plus particulièrement, et ils n'y sont admis qu'après un noviciat permettant d'apprécier leurs qualités et mérites en vue du rôle qu'ils auront à remplir.
Le? vocables sous lesquels ces congrégations sont placées varient selon les dévotions locales. Nous en donnons ici i'énumération, ainsi que le nom des écoles où elles sont en pleine activité, avec le nombre de leurs membres :
i" Congrégation de la Très Suinte Vierge : Bruxelles, Saint- Georges, 1O2 membres ; Gand. Saint-Enfant Jésus, 127 membres ; Molenbeek, .Saint -Jean-Baptiste, 65 membres ; Saint-Gilles, pensionnat, 65 membres ; Nivelles, 60 membres ; Soignies, 45 membres ; 'Famines, 28 membres ; Gosselies, 24 membres ; Courtrai, Saint-Louis, 21 membres ; Schaerbeek, Sacré-Cœur, 59 membres ; Liège, Sainte-Marguerite, 49 membres.
2" Congrégation de Notre-Dame des Anges : Verviers, 1 60 membres ; Tamines, Saint-Louis, 60 membres.
2'-' Congrégation de l' Immaculée Conception : Hervé, 75 membres ; Alost. 80 membres ; liand, Saint-Luc, 42 membres ; Courtrai, Providence, 50 membres; Louvain, iio membres; Saint -Trond, 68 membres ; Châtelet, 63 membres : Liège, Saint-Nicolas. 38 membres ; Wawre, 37 membres ; Gand, Saint -.Amand, 120 membres ; Vilvorde, 30 membres,
4" Congrégation de Notre-Dame de la Présentation : Tournai, Notre-Dame, ^$ membres.
5" Congrégation de Notre-Dame de la Visitation : Ath, 40 membres.
6" Congrégation de Notre-Dame du Bon Conseil : Bois-de-
Breux, 24 membres ; Ciney, j;^ membres.
7" Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie : Salzinnes. 40 membres,
8"^' Confrérie de la Sainte-Famille : Basel, 37 membres ; Florennes. 75 membres,
9" Confrérie de Notre-Dame de Lourdes : .\ubel, 40 membres.
lo" Confrérie du Saint-tufant Jésus de Prague : Liège, Sainte- ALarguerite, 25 membres.
' \ous einpmntons eus lenseigrijcmcnts sur lus Consfégations post-scolaires à vin travail (lu Frùre Macmkk. intitiilr : L'Œurrc dc.< frères de^ Fcnles chrétiennes en Belgique.
U Organisation de la Propagande . 189
1 1'^ Confrérie de Saint-Jean- Baptiste de la Salle, établie à l'école de Binche avec l'approbation de l'évêque et de S. S. Pie X, qui lui a accordé de précieuses indulgences ; elle se compose de vingt vaillants jeunes gens, lesquels s'engagent à vaincre le respect humain en prenant part, ostensiblement, à toutes les manifestations religieuses de la ville.
1 2'' Archiconfrérie du Saint et Immaculé Cœur de Aiarie : Dinant, 70 membres ; Malonne, 880 membres ; Carlsbourg, 500 membres.
1 3" Confrérie du Saint Enfant Jésus de Bethléem : L.essines, 265 membres ; Nivelles, 30 membres ; Mons, 109 membres.
14'' Une société ou confrérie des Maîtres chrétiens s'est formée parmi les instituteurs sortis des écoles normales de Malonne et de Carlsbourg. Elle est placée sous le patronage de .saint Jean- Baptiste de la Salle, modèle des instituteurs de l'enfance .chrétienne. Elle a pour but de porter ses membres à l'accomplissement plus exact de leurs devoirs professionnels et à la pratique plus parfaite des vertus chrétiennes.
Lors de son agréation dans la société, le nouveau membre prend l'engagement de satisfaire autant que possible aux exercices de piété que prévoit le règlement. Des réunions ont lieu phaque année à l'époque des retraites pour instituteurs, qui se font alternativement à Carlsbourg et à Malonne.
Beaucoup d'écoles ont associé leurs élèves à l'apostolat de la prière ; un certain nombre, à la garde d'honneur du Sacré-Cœur. A Ciney, quelques élèves, parmi les plus âgés, font l'adoration nocturne.
Signalons, enfin, la part importante que prennent les jeunes gens sortis des écoles confessionnelles à l'organisation de cours de catéchisme du soir, en faveur des ouvriers.
CHAI'ITRE TU
La conquête des classes laborieuses
A. Les hommes d'œuvre
'A défaut de militaires, le clergé donne au pays des militants.
Les catholiques rappellent assez volontiers, et non sans une certaine jactance, le bilan de leurs œuvres sociales et économiques. Leurs journaux quotidiens multiplient à l'infini les comptes rendus des congrès régionaux ou nationaux, exaltant l'activité d'une propagande qui ne se relâche jamais et soulignant les progrès incessants de la marche en avant de l'armée cléricale.
La croisade entreprise pour la conquête des suffrages, par l'enrôlement des travailleurs dans des œuvres économiques, a donné, incontestablement, au Parti catholique, ces appuis qui sont le secret de sa force et de sa puissance. II n'est, que nous sachions, de parti mieux organisé, dans aucun pays. Mais qui donc pourrait contester que cette cohésion et cette vitalité ne soient l'œuvre du clergé tout entier, intéressé à l'existence et à la prospérité du parti et discipliné à ce point que le modernisme même n'a guère pu l'émouvoir.
Jusqu'en 1884, les prêtres s'étaient contentés de prêcher en chaire contre les malsaines doctrines des libéraux athées, de faire des visites à domicile, de presser leurs ouailles à soutenir les candidats catholiques, de les menacer des foudres de l'enfer s'ils montraient des velléités à suivre le drapeau bleu.
Mais combien allait grandir leur influence le jour où leurs administrés leur livraient la gestion de leurs biens, leur confiaient le secret de leur aisance ou de leur pauvreté et la sauvegarde de leur avenir ! Combien l'autorité ecclésiastique ne devait-elle pas grandir, à leurs yeux, lorsque le clergé leur apparut détenteur de la manne gouvernementale, que seul il pouvait distribuer sous forme de subsides I Entouré de son état-major de militants, formant des ligues de la Sainte Eucharistie, secondé par de puissantes Confréries paroissiales et les Conférences de Saint-Vincent de Paul, le
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curé devenait un potentat rendant des services inestimables au Parti clérical.
Les divers congrès catholiques eurent à rechercher les moyens permettant de mettre à profit cette somme énorme d'influence, de la rendre plus productive encore en ordonnant la méthode, en conciliant l'action officielle avec l'initiative privée, indiquant à tous comme but terminal la domination d'un parti par la domination de l'Eglise.
Les presbytères et les couvents devinrent ainsi, dans les villes aussi bien qu'à la campagne, autant de succursales des secrétariats permanents d'œuvres catholiques ; les curés et les congréganistes furent désignés à titre de correspondants et invités à se préoccuper avec zèle de la création de groupements économiques. Dans chaque diocèse les évêques les sollicitaient à mettre au service de la bonne cause leur autorité ou leur astuce, ces mille et un moyens de persuasion ou de pression adaptés aux circonstances locales. Si certains d'entre eux n'acceptèrent le nouvel apostolat qu'avec tiédeur, il est indéniable que l'immense majorité des membres du clergé sut fléchir devant une discipline rigoureuse et poursuivre avec ténacité la mission qui leur était assignée.
On trouve aujourd'hui les prêtres et les congréganistes comme dirigeants ou conférenciers des secrétariats permanents, rédacteurs de journaux et revues politiques, membres statutaires des comités des œuvres sociales, membres de commissions officielles, adhérents de tous les congrès catholiques ou même neutres, membres actifs de toutes les œuvres de propagande, présidents de cercles d'études, organisateurs de manifestations politiques, groupés en cercles pour l'étude de la propagande : ils sont les vrais hommes d'œuvre et les meilleurs propagandistes du Parti catholique.
Mais il serait injuste et contraire à la vérité de dire que tous les membres du clergé éprouvent une attraction invincible pour la vie politique active, voire même pour les questions sociales. Nous avons vu que c'est par ordre de l'Archevêché qu'ils ont dû sortir de la pratique exclusive des obligations inhérentes à leur ministère pour aider les politiciens dans leur propagande.
Il en est qui ne sortent des limites de leurs devoirs pastoraux qu'à leur corps défendant. Certains manifestent des préférences pour les arts et la littérature, d'autres voudraient se confiner dans les études théologiques ou scientifiques, d'autres enfin aspirent à passer leur vie dans le culte de la prière.
Les occupations multiples inséparables de l'action au sein des œuvres ne vont pas, au surplus, sans certains inconvénients pour l'accomplissement de l'apostolat religieux. Tout récemment, le conseil de fabrique de l'église paroissiale de Saint-Josse-ten-Noode
a signalé cette lacune lorsqu'il réclamait la création d'une quatrième place de vicaire :
« Considérant c|ue la population de la paroisse Saint-Josse s'élève à près de 20,000 âmes ;
» Considérant que les devoirs de leur charge et les œuvres paroissiales absorbent de plus en plus l'activité des membres du clergé ;
» Que cette situation ne leur permet que difficilement d'exercer régulièrement les obligations de leur ministère ... »
Nous avons eu l'occasion de montrer ce que sont ces œuvres. Le but même qu'elles poursuivent, aussi bien que certaines de leurs dispositions intérieures, les condamnent, à nos yeux, parce qu'elles ne sont, somme toute, que des oeuvres d'asservissement et de prosélytisme au profit d'un parti.
Et lorsque l'on envisage leur portée, plus particulièrement encore le but politique qu'elles poursuivent, lorsque l'on pèse leur importance dans les luttes électorales d'aujourd'hui, la question se pose de savoir si les membres du clergé régulier, les évêques, curés et vicaires, ont le droit, étant salariés de l'Etat au même titre que les fonctionnaires, de faire acte de propagande au profit d'un parti politique.
Ici, la réponse est toujours prête : l'usurpation «les biens du clergé, en 1801, impose à l'Etat, en vertu du Concordat de Napoléon, continué par (iuillaume, l'obligation de subvenir indéfiniment à l'entretien des ministres du culte.
Cependant, nous savons que la Belgique abandonna le régime concordataire dès 1830; les stipulations du 26 messidor an IX, décrétées par Napoléon, et celles du 18 juin 1827, décrétées par Guillaume de Hollande, furent considérées comme abrogées, sans protestation de la Papauté . Certaines modifications demandées dans une lettre écrite par le Cardinal-Archevêque de .Vlalines au Congrès, qui proposait d'ajouter à l'article i i 7 de la Constitution : « et autres avantages de quelque nature ciue ce soit, dont jouissent actuellement les différents cultes et leurs ministres », ne furent même point admises. Sans doute, l'idée d'indemnité, à l'égard du clergé catholique, suggérée par la même lettre, agit sur les décisions de l'assemblée. Mais si les traitements du clergé furent mis à charge du budget de l'Etat, ce n'est pas en compensation d'avantages perdus depuis longtem])s par l'Eglise, mais ils devaient être considérés comme rétribution de services rendus à la collectivité.
Les ministres du culte devinrent ainsi des serviteurs de l'Etat, remplissant une mission reconnue d'utilité sociale et légitimement rémunérée. Dès lors, ils devraient rentrer dans le droit commun
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applicable à tous les employés de cette catégorie ; toute imnoixtion active sur le terrain politique devrait leu,r être interdite ; mais on sait que, même en chaire, à l'occasion des offices religieux, les ministres du culte sont autorisés à se livrer à la propagande politique. Sont -ce bien là les moyens susceptibles de ramener au bercail de l'Eglise ceux qui s'en sont éloignés? Qui voudrait le croire ?
C'est peut-être parce que le Pape s'est rendu compte que le Parti catholique, dans ces conditions, par l'entremise du clergé, ne sert pas toujours bien la religion, qu'il a mis un frein à l'activité excessive déployée par celui-ci, surtout dans le domaine des œuvres. A cet égard, de regrettables incidents, qui s'étaient produits en divers pays en ces derniers temps, avaient mis, de l'avis même des journaux catholiques, les autorités diocésaines dans de grands embarras. Et, pour y mettre fin, les Acta Sedes, bulletin officiel du Saint-Siège, publièrent récemment un décret pontifical interdisant aux prêtres d'assumer les responsabilités financières assez graves se rattachant à la partie économique de ces œuvres. Un délai de quatre mois leur fut laissé pour se soumettre au décret.
Mais des récriminations se firent entendre en Allemagne, en Italie et en Belgique, sous forme de critiques fort peu respectueuses à l'égard d'un ordre jugé impolitique. Il y eut des .iccommodements. Des exceptions furent prévues, en cas de besoin, pour ceux des prêtres qu'il serait indispensable de voir suppléer les laïcs dans cet ordre de fonctions. C'est le cas notamment de ceux qui, dans certains syndicats de vente d'engrais, de machines agricoles, etc., véritables firmes commerciales, se sont rendus indispensables à la bonne marche des affaires. On peut présumer que, dans notre pays, oti le catholicisme détient le pouvoir grâce à l'organisation de ses œuvres sociales, il y aura aussi des accommodements avec les évêcjues et que les prêtres, comme par le passé, se livreront à la propagande électorale par les œuvres et par la parole du haut des chaires des églises.
Partout on tentera de créer une confusion entre la religion et la politique.
Quant à nous, respectueux des croyances religieuses au même titre que de toutes les doctrines philosophiques — tout idéal de beauté, de bonté et de justice est respectable, — nous pensons que c'est rendre un mauvais service à la religion du Christ que de la transporter sur d'autres terrains pour servir à défendre des intérêts matériels vulgaires. Cette tactique expose la religion à des attaques inévitables et dangereuses et l'intervention sur ce même terrain des apôtres qui doivent la mieux faire connaître, la propager et la faire aimer n'est, certes, pas de nature à relever le prestige de
l'Eglise. Si l'apostolat religieux peut s'exercer par ailleurs, dans d'autres pays, librement, conformément à l'offensive de l'Eglise, il est supporté beaucoup moins docilement là où les catholiques poursuivent une politique religieuse. Le prêtre social ici devient bien vite un prêtre ]3olitique. Invité à participer à la rénovation sociale, en vertu des décisions du Saint-Siège, il crée des œuvres qu'il transforme de bonne heure en œuvres politiques. Il les conduira lui-même, comme ce fut le cas le 27 août dernier k Louvain, à des manifestations dirigées contre un autre parti.
Ces abus appellent des remèdes. L'existence d'un parti catholique de\-ait nécessairement provoquer une réaction de la société civile contre l'omnipotence et les usurpations de la théocratie. A cet égard, elle justifie l'existence du libéralisme en Belgique et, comme l'offensive de l'Eglise se fait de plus en plus pressante, de plus en plus énergique, elle lui impose le devoir, au nom de la liberté de conscience, de poursuivre l'exécution de sa mission historique.
La progression ininterrompue de ses effectifs depuis plus de dix ans démontre d'ailleurs à toute évidence que tous les catholiques de religion n'approuvent pas sans sérieuses réserves les agissements du Parti clérical.
B. L'organisation des paroisses
Lorsque fut décidée la marche en avant de toute l'armée cléricale pour la conquête des populations laborieuses devenues de plus en plus infidèles et menaçant de se convertir au .socialisme ou de renforcer les contingents libéraux, l'œuvre des retraites !-pirituelles apparut au Haut-Clergé comme un des remèdes les plus efficaces pour contenir l'exode vers l'athéisme.
Depuis, l'organisation ébauchée dans tout le pays, avec ses congrégations et confréries disséminées à l'infini, l'institution surtout de secrétariats permanents d'œuvres sociales dans chaque arrondissement, avait produit des résultats inespérés au j.'oint de vue de la propagaride.
Mais si toutes les forces vives du cléricalisme avaient été mises en action pour consolider le maintien au pouvoir du parti catholique, les paroisses n'avaient pas encore été utilisées dans l'œuvre générale de la propagande, avec des moyens et méthodes conformes aux temps nouveaux. Cette lacune allait être réparée.
Dès 1891, la Maison de Notre-Dame du Travail', dirigée par les Jésuites, à Fayt lez-Manage, avait complété son œuvre de
' Consulter la mono,i,Miii)hie : Un plan pour paroisse, du R. P. Lechikn, directeur de la Maison de N. D. du Travail de l'avt lez-Manage.
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Retraites fermées en annexant à celle-ci des Lignes dites paroissiales de retraitants. Ces ligues, fondées moyennant des règlements bien établis, devaient assurer d'une manière plus régulière, plus méthodique, le recrutement des retraites. Déjà auparavant, les Conférences de Saint-Vincent de Paul avaient fondé des ligues de retraitants en y enrôlant leurs ouvriers protégés. Le projet avait été approuvé dès 1899 par l'Evêque de Namur et l'Archevêque de Malines ; les statuts-types avaient été adoptés dès l'année suivante : toutes les paroisses allaient être invitées à s'en servir.
Mais que sont ces retraites ?
Le but apparent des retraites fermées est de retirer durant quelques jours l'ouvrier de l'atelier ou de l'usine, dans une des maisons organisées ad hoc par certaines congrégations et de le faire vivre dans une atmosphère religieuse continue, entretenue par des prières, des sermons, des messes, communions générales, etc. Mais le but réel des retraites fermées ne serait pas atteint si l'on ne s'y occupait pas de politique et si l'on ne profitait des courts moments durant lesquels les ouvriers se livrent à leurs maîtres ou protecteurs pour exercer sur eux l'influence décisive qui doit les éloigner des autres partis. « Oui, affirme le Rév. P. Vermersch, dans son étude sur l'œuvre des retraites fermées, on parlera ^du socialisme, mais à l'heure propice, vers la fin de la retraite, et de la manière qui conviendra. » Et le but poursuivi est si bien un but politique et si peu conforme à une préoccupation exclusive d'amener de pauvres pécheurs à se retremper, à communier de nouveau avec Dieu, de les mettre enfin en situation de sauver leur âme, que le Rév. P. Vermersch ne veut que des hommes valides, des ouvriers représentant une influence, par leur intelligence, leur volonté et leur énergie : « Envoyons à la retraite, écrit -il dans la même étude, des ouvriers considérés, des contremaîtres, des membres de cercles ou d'autres organisations, qui trouvent tout de suite après la retraite un milieu à influencer en bien. Il les faut assez formés ijour être en état de recevoir une impression sérieuse ; assez jeunes, assez vigoureux pour donner un nouvel élan à leur vie. Seize à quarantecinq ans paraissent les limites extrêmes. »
On voit tout le parti qu'il était possible de tirer d'une organisation méthodique et générale des retraites dites fermées.
Les résultats obtenus à Fayt lez-Manage étaient encourageants à tous égards ; de bonne heure il fut décidé que chaque paroisse aurait désormais à constituer, par l'intermédiaire des curés et vicaires, des associations permanentes, assurant à leurs membres la participation à une retraite annuelle et s'engageant à remplir certaines missions, que nous définirons plus loin. Sous le nom de Confréries du Très Saint Sacrement et de Ligues Eucharistiques,
l'Archevêché de Maliiics créait, au sein «le chaque paroisse, des organisations qui. à l'abri d'une étiquette reUgieuse, devaient bientôt constituer la force de propagande la plus puissante dont dispose actuellenu-nt le Parti clérical en Belgique.
l'ne cir(ulaire épiscopale, envoyée à tous les membres du clergé séculier, fit connaître les volontés de l'Archevêque. Le Mémorial disait en effet, à l'article Vil :
a) Le clergé et les humilies d'œuvrc de chaque paroisse se concerteront en vue d'envoyer, chaque année, un groupe d'hommes à la Retraite cantonale, qui se donnera à Fayt lez-Manage ;
b) Il sera formé une Ligue comprenant les retraitants et ceux qui ont la volonté sérieuse de faire la retraite ;
c) Chaque ligue, après un stage déterminé, sera érigée en Association religieuse, à l'occasion d'une Récollection régionale, là oii l'association n'existe pas encore ;
d) Il est à souhaiter que les Confréries du Très Saint Sacrement se groupent, autant que possible, sous un même règlement ; celui de la maison de Fay'., approuvé par l'autorité épiscopale, est tout désigné à cet effet. Il est connu dans tout le diocèse et il y a produit d'e.>ccellents résultats :
e) Pour donner à chacune de ces ligues ou associations plus de force, elles seront groupées dans une Fédération cantonale, qui se réunira une ou deu.>: fois par an,, sous la direction de M. le Doyen.
Voilà, indiquée nettement, la marche à suivre ; telle que le :"ongTès ' l'a sanctionnée :
I" La Ligue, après (et de préférence avant) la retraite ; Ligue destinée à (préparer à la retraite et à réunir, à la suite dé celle-ci, ceu-^c qui seront plus tard les meilleurs éléments de l'association à ériger ;
2° L'Association, érigée canoniquement dans une Récollection régionale, à la suite d'un stage fait au sein de la Ligue :
3° La Fédération cantonale, destinée à grouper les ligues et associations religieuses d'un même canton.