VI. Publicité
a) Q^Aivre de la bonne presse ;
b) Améliorations à aj^porter à la polémique quotidienne ;
c) Apologétique chrétienne ;
d) (Tiuvres de propagande : sociétés de publicité, biblio-
thèques, conférences, traités et opuscules, etc.
Deux ans plus tard, l'encyclique Rerum Novarum vint mettre un terme aux hésitations des catholiques et traça avec netteté la voie dans laquelle devait s'engager le parti de l'Eghse ; elle devait mettre fin aussi aux dissensions intérieures survenues ,iu sein de leur parti. C'est à ce moment surtout, c'est-à-dire \ers 1891, que se dressent les premiers piliers de la Démocratie chrétienne. Démagogues d'abord, les catholiques vont fhitter les masses. Ils s'appliqueront à les organiser ; ils feront du socialisme d'Etat, opposé
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à l'Etat socialiste. Une formule empruntée aux libéraux, la liberté, devenant la liberté subsidiée, sera le moyen de réaliser une législation sociale, conçue, ordonnée et appliquée dans le but d'assurer la domination de l'Eglise et le maintien au pouvoir de leur parti. Elle n'aura de la liberté que le nom. Elle sera sur le terrain des œuvres économiques ce qu'elle doit être à leurs yeux dans Je domaine de l'école : elle doit servir à faire des catholiques ; elle sera basée sur la charité chrétienne. Qu'importe que les œuvres qui bientôt vont couvrir le pays, à l'intervention du clergé, soient inaccessibles à ceux qui ne croient pas ou qui croient autrement qu'eux ! La religion est un moyen qui peut servir la politique, qu'importe qu'elle ne soit plus une fin ! Mais, impuissante à elle seule à concilier aux politiciens les faveurs des masses, la main-mise définitive sur les paysans, les ouvriers, les petits bourgeois se fera en enrôlant leurs intérêts économiques dans des œuvres chrétiennes.
L'armée formidable, au service de l'apostolat religieux de l'Eglise, fut de bonne heure mise au service de l'apostolat politique requis par le parti.
La lettre écrite par le Pape Léon XIII aux catholiques belges traçait, dans ses grandes lignes, la voie à suivre par tous les vrais défenseurs de la foi chrétienne et elle les mettait à l'aise quant au concours que le clergé devait apporter aux cléricaux sur le terrain politique.
Le Cardinal-Archevêque de Malines, Mgr Goossens, fut invité à traduire la pensée du Pape, en l'adaptant aux circonstances et aux besoins du catholicisme belge.
Devenu décisif dans l'orientation nouvelle dti Parti clérical en Belgique, il nous a paru qu'il était utile de faire connaître, dans son entièreté, le document désormais historique qui reproduit le discours prononcé par celui-ci à l'assemblée générale des Doyens i, le 23 avril 1894, en conformité avec les volontés du Pape :
« Messeigneurs,
» Messieurs les Doyens,
» Il m'est donné de vous voir réunis et de goûter encore une fois la vérité de la parole du Psalmiste : Quam bonum et quain jucundum habitare fratres in unum. C'est une précieuse satisfaction pour moi, et je remercie Dieu de me l'avoir accordée. Toutefois,
' Congregatio ad modum R. R D D. archipresbytero rum habita die XXIII mensis aprilis irocccxciv, in aulo archiepiscopali, ab eminentissimo ac reverendissimo Domino domino Petro Lamberto S. R E cardinali Goossens. archiepiscopo Mechliniensi Belgii Primate, praesentibus reverendissimis veneiabilibus et reverendis ad modum Dominis. (Suivent les noms des doyens.)
votre présence m'apporte un bien que je prise davantage : elle m'apporte le concours de vos lumières, l'appui de votre expérience ; elle me donne la nouvelle assurance de \otre dévouement k l'œuvre commune à laquelle la Providence nous a tous destinés : « le service de l'Eglise et le salut des âmes ».
» De quel autre sujet pourrais -je vous entretenir, Messieurs ? Il est toujours important, puisqu'il s'agit d'une cause qui est la cause même de Dieu et de Jésus-Christ, puisqu'il s'agit de l'Eglise que le \''erbe incarné a aimée, qu'il a épousée, pour laquelle il s'est livré : Cliristtis dilexit Ecclesiam et seipsum tradidit pro ca. Il s'agit des âmes, c'est-à-dire de la plus belle, de la plus sublime création de ce monde, des âmes faites à l'image de Dieu, et dont la rédemption a coûté à Jésus-Christ tout son sang.
» C'est un sujet toujours intéressant, parce qu'il est toujours actuel. Oui, Messieurs, Dieu l'a ainsi décidé, l'Eglise aura, en tout temps, besoin du secours des hommes, surtout besoin du secours des prêtres, pour faire connaître sa doctrine et ses bienfaits, pour défendre ses institutions, pour distribuer aux hommes ses consolations et ses grâces. Et, d'autre part, les âmes ne seront jamais, ici-bas, sans souffrances, sans faiblesse, sans dangers ; il leur faut donc des consolateurs, des guides, des sauveurs !
» Je voudrais vous parler aujourd'hui de cette question qui prime toutes les autres, question dont la solution intéresse à la fois la Religion et la société, l'Eglise et la Patrie, qui ne peut laisser, et qui, de fait, à l'heure actuelle, ne laisse personne indifférent, je veux dire la question sociale.
» Quel est le grand mal de notre temps ? Quels en sont les remèdes ? Telles sont les deux parties de cet entretien qui restera simple et familier, et dans lequel je m'inspirerai uniquement des enseignements et de la direction du Saint-Père. — Ah ! Messieurs, quel bonheur, quelle sécurité pour les fidèles et pour nous, de savoir que Dieu a placé à la tête de son Eglise un homme qu'il a rendu participant de son autorité, qu'il assiste de sa protection spéciale, qu'il a revêtu de sa force et de son amour, dont il a fait son représentant visible et l'interprète autorisé de ses volontés. Quelle joie et quelle gloire pour nous, quand cet homme s'appelle Léon XIII, et qu'aux privilèges divins qu'il tient de sa )nission, il ajoute tout ce que la science, le génie, le caractère peuvent concilier à un homme d'estime, de confiance, d'admiration !
» L'erreur et le péché sont de tous les temps : ils ont fait invasion sur cette terre dès la première heure. En se révoltant contre l'ordre divin, l'homme a introduit le désordre dans ce monde : outre que son intelligence s'est obscurcie et est devenue
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sujette à l'erreur, il a senti s'affaiblir sa volonté, et au dedans de lui-même tout un peuple de passions indomptées conspirer contre la loi, contre le bien. Et, Messieurs, qu'est-ce que l'histoire Ide l'humanité sinon l'histoire des aberrations de son esprit et des faiblesses de son cœur ? Nihil siib sole noviim, a dit le Sage ! C'est bien de la misère humaine qu'il faut le proclamer.
» Toutefois, chaque siècle a sa physionomie propre ; à cliaque période de son existence, la société présente une note caractéristique, tant pour le bien que pour le mal.
» Or, la note du mal de notre temps, de cette seconde moitié du xiX'"'^ siècle, c'est sans contredit le socialisme.
» Le socialisme ! Doctrine de négation, de négation universelle, absolue, brutalement destructive, qui s'attaque non seulement à tel ou tel dogme, mais à tous les dogmes, qui combat non pas seulement telle ou telle pratique, mais toute la vie chrétienne. « Je n'ai » pas oublié, s'écriait un orateur au Congrès de Liège, en iSSô^, » le frémissement mal dissimulé qui a couru dans les rangs de » l'assemblée quand le chef du socialisme militant a jeté au » Parlement de Berlin ce défi cynique : En politique, nous sommes » républicains ; en économie, nous sommes socialistes, et dans ce » que vous appelez la religion, nous sommes alliées. »
» Partant de ce faux principe- que tous les hommes sont égaux d'une égalité naturelle, parfaite et absolue, les adeptes du socialisme en déduisent que tous ont les mêmes droits et les mêmes de\"oirs, et ils ne reconnaissent aucune supériorité ni dans la société civile ni dans la famille.
» Détruire la propriété individuelle ou privée pour y substituer la propriété collective, faire de l'Etat l'unique possesseur du sol et des instruments du travail, revendiquer pour tous la même part à tous les biens et à toutes les jouissances, ne laisser subsister aucune hiérarchie de droits ou de pouvoirs, et par suite faire table rase de toutes les institutions existantes, religieuses, juridiques, militaires, pour reconstruire la société sur de nouvelles bases qui seraient la négation de Dieu, de l'âme immortelle, de la vie future, la destruction du lien conjugal et des règles de la morale et de la justice : voilà l'œuvre à laquelle travaillent des centaines de milliers d'hommes, d'une extrémité du monde à l'autre, enrôlés sous la bannière du socialisme.
>-• Cette puissance néfaste grandit chaque jour ; elle s'étend partout. Partout elle a des agents dévoués, intrigants ou hypocrites, entreprenants ou dissimulés, selon les besoins de la cause et le terrain où ils opèrent. Ils ont leurs revues, leurs livres, leurs
' M. le chanoine W'interer.
journaux ; ils ont leurs chaires et leurs professeurs. Ils sont dans les Parlements, les assemblées populaires ; ils sont dans la classe ouvrière surtout.
» Oui, c'est parmi ceux qui peinent et qui travaillent cjue le •socialisme exerce surtout ses ravages. Ses doctrines ont pour les malheureux un semblant de justice qui les séduit : il se montre à eux comme un redresseur de torts, et un défenseur de leurs intérêts. Jusque dans ces derniers temps, c'est au milieu des cités, des grandes agglomérations que le socialisme avait recruté ses partisans, et voilà que maintenant il s'attaque à nos campagnes : tout est tenté pour la propagande de la détestable erreur auprès de nos braves populations rurales, et malheureusement, on peut le craindre, ce ne sera pas sans succès.
» Si \ous me demandez, Messieurs, ce qui est cause des progrès effra)ants de ces doctrines subversives de tout l'ordre social, je vous répondrai avec le Pape : c'est l'irréligion et le sensualisme.
» C'est un fait indéniable, là où la foi chrétienne s'affaiblit, la théorie socialiste s'implante d'elle-même et se fortifie. Les chefs du mouvement l'avouent sans détour : la religion catholique est leur plus mortel ennemi ; l'athéisme est leur auxiliaire. Comment s'en étonner ? Otez du cœur des masses la croyanc:e en Dieu, législateur souverain de la société humaine, l'espérance d'une vie future, où les souffrances et les privations de la vie présente trouveront une juste compensation, et il ne restera aux déshérités de la fortune qu'à s'appuyer sur la communauté de nature pour nier toute supériorité et toute propriété, et revendiquer une part égale de bienêtre matériel.
■» Laissez-moi vous citer un fait significatif; le i^ mars dernici. l'assemblée générale de la Libre-Pensée, réunie à Paris, a affirmé « ses convictions socialistes et déclaré que les libres- » penseurs de principe et les socialistes doivent être étroitement » unis sur le terrain des revendications anticléricales et des reven- » dications antisociales ». Impossible de déclarer plus catégoriquement que l'impiété est de l'essence même du socialisme.
» J'ai ajouté cju'il faut chercher dans les désordres et les excès de la vie sensuelle une autre cause de la propagation des théories socialistes, d'ailleurs si absurdes. « Lorsqu'on tourne le dos à » l'Evangile, dit Mgr Frcppel, pour étaler aux yeux du peuple le » faste d'un luxe insensé, et le spectacle d'une vie où il n'y a place » que pour l'amusement et le plaisir, comment veut-on que de » tels exemples n'allument pas au cœur des multitudes la tièvre » de la convoitise ? N'est-ce pas aigrir la misère et irriter la » souffrance par des contrastes trop frappants, que d'abuser des
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» biens de la terre pour donner libre cours aux passions des sens ? » N'est-ce pas du moins fournir des prétextes aux ad\'ersaires de » la propriété individuelle ? Et qui ne voit tout ce que ces abus » peuvent apporter d'aliments au foyer des haines sociales ? ^ » — Que ces paroles sont vraies ! Ah ! on a nié le Ciel, on a proclamé la jouissance comme but suprême de la vie. Le socialisme a accepté ce dogme : il veut amener l'égalité de tous dans les plaisirs ; il réclame pour les masses le droit de s'asseoir au banquet de la vie matérielle.
» On ne saurait se faire une idée du degré d'impatience et de l'intensité du besoin des jouissances qui se font jour dans les écrits et les congrès socialistes.
» Mais je m'arrête trop longuement à vous décrire le mal, à vous faire connaître l'ennemi.
» Je \iens aux remèdes de cette immense plaie sociale : je viens aux moyens de combattre cette redoutable puissance.
» Que nous sommes heureux — je veux le redire, — que nous sommes heureux, nous catholiques, prêtres et fidèles, de pou\-oir, en toutes circonstances, prendre le mot d'ordre d'une*autorité souveraine, divinement assistée !
. » Dans la question sociale, comme dans la question philosophique ou religieuse, le Pape est notre guide et notre maître. Il a fait connaître sa direction, ses vues, ses conseils, dans un monument qu'il est superflu de louer ici, mais qu'il faut toujours étudier, scruter, approfondir : l'Encyclique Rerum novarum.
» Ce qui me reste à dire. Messieurs, ne sera que l'exposé des enseignements de Léon XIIL présentés sous une forme pratique.
» Notre grand Pape commence par le déclarer bien haut : c'est avec assurance et dans la plénitude de son droit qu'il aborde cette question. Elle est, en effet, d'une nature telle qu'à moins de faire appel à la Religion et à l'Eglise, il est impossible de lui trouver jamais une solution efficace. Or, les choses de la Religion et les enseignements de l'Eglise étant principalement confiées à son ministère, il ne peut se taire sans trahir son devoir.
» Sui\ent ensuite des considérations générales d'mie très grande importance ; ce sont comme des vérités premières qui dominent tout le sujet, et qui doivent se trouver présentes à l'esprit de quiconque veut penser et juger sainement de ces choses : c'est le résumé de la doctrine catholique sur la condition de l'humanité, ses destinées immortelles, les moyens de les atteindre.
» Ces considérations, je les indique ici rapidement.
Lettre sur le Socialisme.
)> L'inégalité des < onditions tient à la nature même de l'homme que l'on ne peut changer : chacun doit donc prendre en patience sa condition et se résigner au travail, à la souffrance et à la douleur, cju'on ne réussira jama s à bannir de ce monde.
» Mais, loin que les riches et- les pauvres soient classes ennemies-nées l'une de l'autre, la Providence les a laites l'une pour l'autre. L'Eglise, gardienne des vérités religieuses, travaille à réconcilier les riches avec les pauvres, en leur rappelant leurs devoir? mutuels.
» L'Eglise jette sur cette vie mortelle des clartés i;tonnantes, et elle aide à l'accomplissement de tous les devoirs, en élevant les hommes à la considération de l'autre vie.
» Enfin, elle seule possède — l'histoire l'a j)rou\é — des moyens qui atteignent les profondeurs du cœur humain, et le rendent capable de résister à ses passions et de faire le bien.
» Sans \ouloir m'arrêter, je l'ai dit, à ces considérations d'ordre général, je ne puis cependant omettre de \-ous signaler. Messieurs, l'importance extrême ou plutôt l'indispensable nécessité des moyens de salut indiqués par le Saint-Père, dans cette dernière proposition, c'est-à-dire des moyens sitrnatiirels. Pour guérir l'homme de ses misères, pour lui rendre l'intelligence de ses de\-oirs, pour lui donner le courage de les remplir en triomphant de ses passions, rien ne remplace et ne remplacera jamais la grâce, le secours divin qu'apportent la prédication de l'Evangile et l'administration des sacrements. Ce sont ces moyens qui ont changé la face du monde ; ils n'ont rien perdu de leur efficacité divine ! N'oubliez donc pas. Messieurs, de les mettre au premier rang" des remèdes à employer pour la régénération sociale. Pliez pour vos ouailles, catéchisez, prêchez, prêchez la parole divine, faites connaître Jésus-Christ et son Evangile, et redites à vos peuples la sentence d'un Père de l'Eglise : Solutio omnium difficultatum, Cliristus. Amenez les fidèles aux sources de la grâce : multipliez vos exhortations et vos industries pour que les sacrements soient fréquentés souvent et dignement. Vous aurez ainsi associé directement et personnellement — si je puis ainsi m'exprimer — la puissance divine à votre œuvre de salut, et quel auxiliaire. Messieurs, que Jésus-Christ ! Omnia possum in eo qui me confortât ! s'écriait saint Paul.
» Que le monde le sache, du reste : il n'y a de bonheur durable pour les nations que dans le respect de Dieu et la soumission à ses lois. Le peuple qui observe le décalogue, a dit M. Le Play, sera toujours un peuple prospère. Justifia élevât genfem, miseras autem facit populos peccatum, a écrit le Sage, des milliers d'années avant le grand économiste français.
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« Toutefois, il n'est pas douteux, Messieurs, que, pour obtenir » le résultat voulu, il ne faille de plus recourir aux moyens » humains. » Ainsi parle Léon XIII, en abordant cette partie de son magnifique exposé.
» Il n'entre point dans mon intention de le suivre, pas à pas. dans les développements si pratiques, si complets, si lumineux qui composent cette énumération des moyens humains à mettre en œuvre. J'aurai, je pense, saisi et expliqué toute la portée de la pensée du Saint-Père en traitant devant vous de la nécessité et des avantages des associations diverses dans le travail de régénération sociale qui s'impose maintenant à notre zèle.
» On l'a dit cent fois, et on ne saurait trop le redire : ce qui a fait, depuis la Ré\'olution française, le malheur de l'ouvrier, de l'homme du peuple, c'est r individualisme, c'est Visolement . Sous prétexte d'affranchir rou\-rier, de lui donner la liberté, on n'a réussi qu'à l'affaiblir. Il est resté seul en face de lui-même, n'ayant plus aucune des ressources matérielles et morales qu'il tirait auparavant d'un corps dont il était membre. Dès lors, plus une ombre de hiérarchie dans le monde du travail, plus de paternité sociale, plus de charge d'âmes, plus de fraternité professionnelle, plus de règles communes, plus de rapprochement entre les maîtres, les t)uvriers et les apprentis, plus de protection des grands à l'égard des petits, ^lais la concurrence effrénée dont rou\-rier est la victime, l'antagonisme entre le capital et le travail, l'action des sociétés secrètes rendue plus facile, plus pernicieuse sur la masse des travailleurs.
» Pour remédier à un état de choses si lamentable, il faut remonter le courant et reprendre une à une, sous des formes appropriées à notre temps, les œu\-res sociales, détruites par la Révolution.
» Est-il besoin de le faire remarquer ? L'homme est naturellement porté à s'unir en société. Il connaît l'exiguïté de ses forces, il en fait l'expérience quotidienne et il se sent amené à s'adjoindre une coopération étrangère. « 11 vaut mieux que deux soient » ensemble que d'être seul, car alors ils tirent avantage de leur » société. » C'est une sentence de nos Saints Livres.
» Depuis trente ans surtout, ce besoin d'association travaille les esprits et remue en particulier la classe ouvrière. Elle est ,témoin de ce qu'a produit dans la grande industrie, l'association des capitau.x et des intelligences : elle veut, elle aussi, profiter de la fécondité du principe. Jetez un coup d'œil autour de vous. Messieurs, et vous constaterez que partout, dans les cités et dans les campagnes, l'expansion de l'esprit d'association est considérable et que sa puissance grandit chaque jour. Malheureusement, la franc-maçonnerie a profité dans une large mesure de ce mouvement, et elle a
''ÎO Le Rci^ime clérical en Belgique.
enrôle une multiiude innombrable de tra\aiileurs sous sa î)annièTe, je veux dire qu'elle les a inscrits dans les sociétés qu'elle crée, qu'elle inspire de son esprit, qu'elle fait servir à raccom])Iissement de ses desseins, aussi antisociaux qu'antireligieux.
» Catholiques nous ne pouvons nous laisser vaincre en clairvoyance ni en dévouement par nos adversaires. Ils travaillent pour la destruction : nous tra\aillons pour le salut : ils servent le mal et le Prince du mal : nous sommes au service de Dieu et de la vertu. Ce seraii une humiliation de leur abandonner le champ de bataille, et de leur ménager une facile victoire.
» Abordons maintenant les détails, et passons en revue les œuvres principales qui se recommandent à votre zèle ;)astoral.
» Les Patronages. J'entends par là les associations de jeunes gens, destinées à les éloigner des périls de leur âge, à les instruire. à les moraliser, à leur donner avec discrétion des avertissements honnêtes et appropriés.
» C'est à la jeunesse tout d'abord, Messieurs, qu'un curé vigilant et intelligent consacrera ses soins. Le bon sens lui dit que pour reconstruire un édifice, il faut commencer par la base, et que, ):>our régénérer une paroisse, il faut s'assurer des jeunes générations. L'expérience lui dit aussi que la jeunesse présente, pour son zèle, bien des côtés accessibles que l'âge mûr ne connaît plus, et, par conséquent, que son action sera plus efficace, les résultats plus certains et plus consolants.
» Donnez donc tous vos soins, Messieurs, à l'établissement de patronages dans vos paroisses. Cette œuvre a ses règles qu'il importe de connaître et de suivre : il existe sur cette ciuestion ]iarticulière un code de l'expérience qu'il faut consulter, si l'on veut réussir. Ce sera \otre premier soin. Les divers (-ongrès qui se sont tenus dans notre pays et ailleurs ont ];)ublié clans leurs comptes rendus des discussions aussi intéressantes qu'approfondies sur la création, la direction, la bonne tenue des patronages : il faut vous en instruire.
» Deux homines surtout, deux prêtres, ont eu une vocation particulière pour ce genre d'œuvres : AL l'abbé .Allemand, prêtre de Marseille, et Dom Bosco, le fondateur de la société ,Salésienne. Vous lirez avec le plus grand ])rofit l'histoire de leurs tra\aux.
» En tout cas. Messieurs, n'oubliez pas qu'il s'agit de faire de vos jeunes gens des hommes et des chrétiens, et que !e patronage doit être pour eux leur dernière école de formation avant d'entrer dans la vie. Qu'ils trouvent là satisfaction à tous leurs besoins : autant aux besoins du corps et de la profession qu'à ceux de l'intelligence, du cœur et de la volonté.
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» Vos occupations pastorales ne vous permettront point peutêtre de prendre part personnellement à la direction du patronage. MAI. vos vicaires sont vos remplaçants tout indiqués : qu'il leur soit adjoint des laïques, des jeunes gens chrétiens, des jeunes gens de cœur et de dévouement. Leur présence, leur, coopération sera pour l'institution un élément de prospérité. Vous resterez, quand même, attentifs à tout ce qui se passe au patronage, et vous suivrez les patronnés avec l'intérêt particulier qu'un père voue à ses enfants : vous les suivrez dans leurs familles, dans l'atelier qu'ils fréquentent, chez les patrons qui les emploient : vous les suivrez dans leur travail, et, s'il le faut, \-ous les dirigerez dans le choix d'une carrière.
» Ne partagez point l'illusion de certains prêtres qui croient que la piété, c'est-à-dire la pratique de la vertu dans un degré plus qu'ordinaire, est le partage exclusif des enfants des classes aisées. « L'esprit de Dieu souffle où il veut », et l'expérience démontre que le Seigneur se réserve même, dans les conditions les plus humbles, des âmes généreuses et ouvertes à tous les dévouements de la piété. Au prêtre à les découvrir et à les aider.
» Ce que j'ai dit de l'utilité des patronages de jeunes gens s'applique également aux jeunes filles. Combien il est important de créer des patronages de filles dans les villes surtout et dans les centres industriels ! Quel appoint pour la restauration des familles, si l'on parvient à former des femmes sérieuses, amies du devoir, modestes et généreuses, des épouses et des mères chrétiennes ! Il va de soi que ces patronages seront remis aux mains des Religieuses ou de dames laïques pieuses, sous la haute direction du clergé.
» Les associations pieuses, telles que la Sainte-Famille, l'Association de Saint -François Xavier, les congrégations, les confréries, etc., etc.
» Grâce à Dieu et à votre zèle. Messieurs, ces associations existent dans la très grande majorité des paroisses de notre diocèse, elles y sont florissantes ; elles comptent sur leurs registres des miniers de noms d'hommes, d'enfants, de femmes, qui sont des noms gagnés à Dieu, à la pratique religieuse, au.x mœurs chrétiennes. Ces associations sont directement, voire exclusivement destinées à fortifier le sentiment religieux dans les âmes, à développer la foi, à amener les fidèles à une fréquentation régulière, assidue des sacrements. A ce titre, il est inutile de vous le faire i-emarquer, elles sont d'excellents agents de moralisation et de pacification. Elles concrétisent, pour ainsi parler, tout ce que Léon XIII a pro-
clame de l'efficacité profonde des moyens surnaturels que l'Eglise tient à sa disposition pour le salut des hommes.
» A côté de ces associations, il en est d'autres dont le but immédiat est de procurer aux ouvriers un accroissement de bienêtre matériel, et que nous désignerons sous le nom générique û' associations ouvrières .
>> Sans doute. Messieurs, le devoir capital de l'homme est de rendre à son Créateur le culte qui lui est dû, mais, esprit et matière tout à la fois, l'homme, et surtout l'ouvrier, condamné aux privations, à la pauvreté, à la maladie, a besoin d'assistance et de consolation, et nulle institution n'exercera sur lui une action plus profonde que celle qui saura embrasser à la fois les <liverses nécessités de son être.
» Sans doute encore, la crise que tra\erse la société est au fond une crise religieuse, et c'est en ramenant l'humanité à la pratique de l'Evangile qu'on la sauvera. Il est vrai pourtant qu'il existe aussi une question économique et sociale, qui appelle une solution opportune, et par des moyens adéquats. Il est donc nécessaire d'étudier cette question d'ordre matériel et de chercher des remèdes à cette plaie.
» Je n'oublie pas davantage, .Messieurs, que je m'adresse à des prêtres, c'est-à-dire à des hommes investis d'un ministère tout spirituel, ministres d'une religion positive et révélée, et dont la fin est de conduire les hommes au Ciel.
» Mais Léon XIII leur apprend, comme à moi, que « l'Eglise » ne se laisse pas tellement absorber par le soin des âmes ((u'elle » néglige ce qui se rapporte à la vie terrestre et jnortelle ». L'Evangile apprend aussi que Jésus guérissait les corps jjour atteindre ensuite les intelligences, et qu'il multipliait les pains et faisait mille merveilles dans l'ordre temporel pour éclairer et sanctifier les âmes. Le prêtre reste donc ministre de l'Eglise et imitateur de son divin Maître en s'occupant des intérêts temporels et du bonheur de ses frères.
» Laissez-moi insister sur ces considérations dt)nt '--ous apprécierez l'importance.
» Nul ne saurait dire l'influence bienfaisante qu'acquerra le prêtre qui s'occupera avec intelligence et dévouement du sort même matériel de la classe ouvrière. Avec confiance, avec succès, 'il prêchera la paix à ces travailleurs qu'il a baptisés, instruits, visités, consolés, que nul ne connaît comme lui. Sans grand'peine, il se fera chérir de l'ouvrier, parce qu'il l'aime, parce que souvent il est sorti de ses rangs, et parce que l'ouvrier qui sait qu'il est aimé n'est point insensible.
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» Quelles que soient nos convictions personnelles sur les avantages ou sur les dangers de la démocratie, une chose est certaine : son avènement est prochain, inévitable. Impossible de se faire la moindre illusion à cet égard : la poussée est trop forte. Vous vous souvenez de cette phrase, écrite il y a trois ans par l'illustre Cardinal Manning, « que les temps sont proches oîi l'Eglise aura » à discuter ses intérêts non plus avec les Souverains ou les Gou- » vernements, mais avec les peuples eux-mêmes ». Allons-nous, prêtres établis pour sauver les âmes, allons-nous, dis-je, assister spectateurs indifférents à cette transformation, et, par défaut de prévoyance et d'énergie, permettre à la Révolution d'accaparer le peuple à son profit ?
<; Nous avions exposé, dit Mgr de Liège, dans sa i^elle lettre » pastorale du 14 janvier dernier, nous avions exposé à Léon XIII » les craintes que les associations professionnelles d'ouvriers » chrétiens inspiraient à plusieurs et il nous avait répondu par » cette exclamation, dont nous n'oublierons jamais l'accent péné- » trant : Veut-on donc laisser aller les ouvriers au socialisme et » à la Révolution! Puis Sa Sainteté ajouta aussitôt : Ce sont vos » prêtres surtout qu'il faut exhorter à aller au peuple ; ils ne » peuvent pas rester enfermés dans leurs églises et leurs presby- » tères, il faut les animer de l'esprit apostolique, de l'esprit de » saint François-Xavier, qui allait, de-ci, de-là, partout pour » prêcher la doctrine chrétienne à tous. » Ce langage, Léon XIII » ne cesse de le répéter depuis six mois aux Evêques qu'il reçoit » en audience : c'est donc comme un mot d'ordre partant à chaque » instant de la chaire de saint Pierre et adressé par l'intermédiaire » des Evêques aux prêtres de tous les pays. »
» Qui de vous, Messieurs, pourrait encore hésiter en entendant cette exhortation ?
» Nous tenant aux indications mêmes de l'Encyclique, nous vous énumérons maintenant assez rapidement les institutions particulières qu'il convient d'établir dans vos paroisses, ou de protéger et de favoriser, si elles y e.xistent déjà.
» Les sociétés de secours mutuels. Vous en connaissez l'idée générale : c'est l'assistance de l'ouvrier par l'ouvrier lui-même, assistance dont la puissance est multipliée par l'association. On peut dire que la mutualité est la Providence de la classe laborieuse, et qu'elle l'arrache aux mille infortunes imprévues dont sa vie est remplie : chômage, maladie, accidents, perte de travail, etc.
» Rien n'est plus touchant. Messieurs, que de voir de pauvres artisans, des travailleurs à modestes salaires, s'imposer des retenues
44 Le Ré ai me cl cric al en Belgique.
pour s'assister nuiuiellcmcnl. « (.)uand les pamros s'ciUr'aidcnt. le bon Dieu sourit », dit un jiroverbe.
» Du reste, rien n'est plus moralisateur : on ne saurait être mutualiste sans pratiquer l'épargne. Or, l'épargne suppose la pratique de beaucoup de vertus : la sobriété, la tempérance, la pureté des mœurs. Le Gouvernement belge l'a compris. Il a assuré des avantages considérables à cette forme de la prévoyance, et les sociétés mutuelles se sont propagées dans le pays d'une manière étonnante. On peut en attendre les meilleurs résultats pour l'amélioration du sort des travailleurs.
. .Aux nuitualités viennent s'adjoindre naturellement .'es sociétés pour affiliation à la caisse de retraite. Si l'ouvrier est exposé à bien des infortunes pendant sa vie, on peut dire que la plus grande de ses épreuves, c'est la vieillesse, c'est-à-dire le temps du repos forcé et définitif, et partant de la cessation du gain ; le temps aussi des infirmités chroniques et de la misère qui en est la conséquence.
» Quelle charité plus grande que d'assurer aux travailleurs, par leur participation à une caisse de retraite, une ressource pécuniaire pour leur vieillesse ?
;> Mais, il faut le dire, ces institutions ne sortiront pas du sol de vos paroisses par une sorte de génération spontanée ; il faut préparer le terrain, l'ensemencer, surveiller la plante, etc. Je \-eux dire. Messieurs, que c'est à vous c[u'il appartient de donner l'idée de ces sociétés, d'en explic^uer les avantages, le mécanisme : c'est à vous qu'il appartient de les commencer, de les encourager, de les diriger. Elles conviennent à toutes sortes de populations, et trouvent partout bon accueil.
» Cercles et maisons des ouvriers. C'est un des meilleurs agents de moralisation pour la classe ouvrière. Ils sont pour les hommes mûrs ce que le patronage est pour les jeunes .gens, un abri contre les dangers de perversion, une école de bonnes mœurs, d'honnêteté et de vie chrétienne.
» La plus grande plaie des classes populaires, dans notre Belgique surtout, c'est l'alcoolisme. Par le cercle. Messieurs, et ]3ar le cercle seul, vous combattrez cette effrayante misère. \'os ouvriers auront les récréations et divertissements auxquels ils ont droit, mais ils les auront honnêtes et modérés. Ils n'entendront ni blasphèmes ni discours licencieux. Ils seront en contact avec des patrons dévoués et chrétiens, avec des membres du clergé, et la fréquentation du cercle sera pour eux comme une sorte de réfection morale hebdomadaire, un approvisionnement de bonnes pensées et de sentiments religieux.
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» Mais il importe de créer ces cercles avec prudence dans le choix des éléments et dans l'emploi des moyens. Il faut, comme noyau de la société ou pierres de fondement, quelques hommes sérieux, populaires, bien pensants : les sociétaires seront recrutés avec intelligence, et, sans exiger d'eux des qualités exceptionnelles, on n'admettra cependant point les ouvriers qui ne seraient ni moraux, ni religieux.
» En outre, on veillera tout spécialement à ce que, selon la parole de l'Apôtre, Omnia secunduni orditiem fiant. Il sera même nécessaire d'user d'ime certaine sévérité pour éviter et les excès dans les consommations, et les veilles trop prolongées, et les réunions trop fréquentes. Nous attirons votre attention, Messieurs, sur ces détails d'exécution : autant il est facile d'organiser une œuvre sur le papier, d'en rédiger les statuts, de la mettre en train, autant il est difficile de lui conserver son esprit primitif, d'en écarter les abus, de la préserver de la décadence ou de l'affaiblissement. A obtenir ce résultat on ne parvient jamais sans un dévouement et une vigilance de tous les instants, sans beaucoup d'abnégation et de sacrifice.
» Habitations ouvrières. Un autre moyen bien efficace de combattre chez l'ouvrier le fléau de l'alcoolisme, c'est de lui faire aimer son intérieur et de l'y retenir. Mais, hélas I Messieurs, comment les travailleurs pourraient -ils s'attacher à une chose cju'ils ne connaissent pas, du moins pour la plupart ? Un intérieur, un foyer, une habitation ! Oui, ce sont des douceurs bien rares pour la population ouvrière.
» Vous n'avez pas oublié les détails révélés par une enquête faite, il y a deux ans, je crois, dans une de nos grandes villes sur les logements des pauvres et des ouvriers. On ne peut pas, sans les avoir lus, se faire une idée des conditions misérables des classes populaires sous ce rapport. Tout est compromis à la fois dans ces quartiers : l'hygiène et la morale, la santé, la pureté des mœurs, l'ordre et le respect de la propriété, la soumission des enfants et la dignité des pères et des mères.
» Aussi, nous ne saurions trop applaudir aux efforts de ceux qui s'occupent d'améliorer la situation des habitations ouvrières. Des sociétés se sont formées pour aider l'ouvrier, le petit employé, l'artisan à s'assurer la propriété d'un foyer. Qu'elles trouvent auprès de vous, Messieurs, protection et assistance : soyez-en les propagateurs ; faites-en connaître partout les avantages et le fonctionnement. Engagez vos ouvriers à s'adresser à ces sociétés. Soyez vous-mêmes leur intermédiaire pour discuter les conditions du contrat qui leur convient, et pour les amener — par l'espoir si
naturel au cœur de l'homme de devenir propriétaire, — à pratiquer la prévoyance et l'épargne.
» Il appartient aux chefs d'industrie, écrit le Cardinal Thomas, Archevêque de Rouen, d'atténuer le tort causé à l'esprit de famille en favorisant la création de logements salubres et décents. Donner à ces logements de l'air, de l'espace et de la lumière, c'est combattre indirectement mais très efficacement l'intempérance, car, selon la remarque d'un éminent écrivain, « ce qui vaut mieux que » la sévérité du patron pour arracher l'ouvrier au cabaret, c'est de » rendre le cabaret inutile, en rendant la maison agréable ».
» Ligues agricoles. Il y a une question industrielle, .Messieurs ; n'est-i! pas à craindre qu'il n'existe bientôt aussi une question agi-aire ? Et, si elle surgissait, ne serait-elle pas plus redoutable pour la paix et la prospérité du pays que toutes les crises de l'industrie ?
» On l'a compris, dans ces dernières années surtout, et, de toutes parts, on porte secours à l'agriculture.
» Les hommes de l'agriculture ont droit à toutes nos sympathies et à tout notre dévouement. C'est parmi ces populations que l'esprit chrétien s'est le mieux conservé. Le travail des champs est moralisateur ; il facilite la garde des bonnes mœurs en éloignant ceux qui s'y livrent des séductions des villes et des périls de l'oisiveté. Ces populations forment la majeure partie du peuple confié à notre zèle. A tous ces titres, leur bien-être matériel doit nous tenir au cœ'ur.
>- Or, il s'est constitué diverses associations, syndicats, banques de crédit, qui ont pour but d'offrir à leurs membres des avantages matériels, tels que ceux qui résultent de l'achat ou de ia vente en commun, de l'application des méthodes scientifiques, des assurances diverses,- des coopératives de production, et»-.
» Vous ferez chose très utile, ^Icssieurs, en propageant ces institutions dans la mesure permise par les circonstances. Je ne sache pas qu'il y ait pour un curé de campagne de moyen plus assuré de gagner promptement la confiance et la reconnaissance de ses pai-oissiens que de faire preuve de connaissances en matière d'agriculture, et de distribuer des encouragements et des conseils éclairés sur tout ce qui touche aux travaux agricoles.
■» J'ai réservé, pour en parler en dernier lieu, la création des corporations ouvrières ou associations professionnelles.
» Léon XIII n'hésite pas à déclarer que, parmi les œuvres, la première place appartient aux corjjorations qui en soi embrassent à peu près toutes les œuvres.
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« C'est avec plaisir, écrit -il, que nous voyons se former partout » des sociétés de ce genre, soit composées des seuls ouvriers, soit » mixtes, réunissant à la fois des ouvriers et des patrons ; il est à » désirer qu'elles accroissent leur nombre et l'efficacité de leur » action. »
X Puis, après avoir prouvé leur opportunité et leur droit à l'existence, il entre dans la description de leur organisation et de leur programme.
» Vous lirez, Messieurs, dans l'Encyclique elle-même ces passages, trop longs pour être ici rapportés, et vous vous pénétrerez de la pensée du Saint-Père, de ses désirs, de sa direction. Vous lirez également avec une réelle titilité les développements donnés par Mgr Doutreloux à cette partie de l'enseignement pontifical, et vous en conclurez que tout prêtre soucieux du bien des âmes doit avoir sa place dans la création de ces associations, qu'il doit en être le directeur et le propagateur ; vous en conclurez que pour les masses ouvrières de nos grandes cités industrielles ou des agglomérations urbaines en général, la corporation est, dans les mains du clergé, le plus efficace moyen de conserver des milliers d'âmes à la foi et aux pratiques de la vie chrétienne, et de les soustraire à l'action du socialisme, qui rêve d'en faire les artisans de l'anarchie et du désordre.
» Permettez-moi, ^Messieurs, d'insister sur une considération capitale. Toutes les œuvres dont j'ai parlé, y compris ces corporations, doivent, de toute nécessité, avoir une base religieuse. Qu'elles soient placées sous le patronage d'un saint, qu'elles aient une ou plusieurs fêtes religieuses annuelles, qu'elles soient appelées à prendre part, à figurer — suivant l'expression reçue — dans les manifestations catholiques, telles que processions, fêtes jubilaires, fêtes nationales ; que sur leurs drapeaux s'étalent des emblèmes religieux ; que dans les réunions on procure l'instruction chrétienne, qu'on y favorise les pratiques de la religion et qu'on y revendique la facilité de les observer.
» Qu'il y soit donné des conférences sur des sujets intéressants, utiles, variés, sujets pour le choix desquels le prêtre consultera ses goûts, ses aptitudes, sa position, soit principale, soit secondaire, dans l'association, les dispositions des personnes et les autres circonstances.
» Que nous serions heureux, Messieurs, de voir se développer, d'un bout de notre diocèse à l'autre, l'esprit d'association au profit du bien, de la paix et du bonheur comn^iuns ! Nous le répétons, c'est dans la multiplicité et la chrétienne organisation des associations que nous plaçons notre meilleur espoir pour la régénération d'une
société, bien malade, il est vrai, mais qui ne veut pas périr. Nous devons désirer qu'aucune de nos paroisses, même parmi les moins populeuses, ne soit privée du bienfait d'une institution de ce genre.
» C'est sur vous, Messieurs et chers coopérateurs, sur Messieurs les curés et leurs vicaires, sur tous nos prêtres, que nous comptons pour atteindre ce résultat : il faut que chaque homme, chaque père de famille, dans les campagnes surtout, donne son nom à une association chrétienne et bienfaisante.
» Ce sera pour vous, je le comprends, un surcroît d'occupations et de sollicitudes. — Il vous faudra vous initier à l'étude de problèmes nouveaux, vous instruire d'une science qui jusqu'ici n'a point fait partie du programme de l'éducation ecclésiastique. Mais il s'agit des âmes à sauver par ce moyen : il s'agit de la société et de la Patrie qu'il faut secourir ; il s'agit de Dieu et de l'Eglise qu'il faut servir et glorifier.
» \'otre piété, votre foi, votre zèle animeront votre courage et centupleront vos forces, et avec Néhémias, travaillant à relever Jérusalem de ses ruines, vous irez à l'œuvre en répétant : In noniine Domini! < Sitrgamus et œdificemus! »
» J'ai abusé de votre attention, Messieurs, et cependant force m'est de vous entretenir encore de la propagande par la presse.
» Il n'est pas nécessaire de démontrer l'importance de ce moyen d'action pour le bien comme pour le mal. Rien n'égale la puissance et la popularité d'un journal, auprès des masses surtout. La presse forme les idées et façonne l'opinion publique ; et, à leur tour, les idées créent les mœurs et règlent la conduite d'un peuple. On a dit que la société appartiendrait à qui serait maître de l'éducation de l'enfance. Mais, qu'on ne l'oublie pas : l'éducation sociale de l'adulte se fait généralement par le journal, et celui-ci n'exerce pas une moindre influence directrice que l'école.
» \ous regarderez donc, Messieurs, le mauvais journal comme un des pires ennemis des âmes, de la société et de l'Eglise. Il serait superflu de vous faire connaître les journaux dont il faut interdire la lecture : ils sont notoires. Chaque année, ainsi que le prescrivent les Statuts diocésains, exposez en chaire d'une manière saisissante et pratique les dangers de la mauvaise presse, et prémunissez vos ouailles contre le mal.
» Favorisez de tout votre pouvoir la diffusion des bons journaux : entrez en relation avec les éditeurs pour les obtenir à prix réduit ; là où la chose est possible, établissez le colportage. Tout au moins, que dans les établissements publics, les cabarets, le bon journal soit là, étalant ses colonnes à tout venant, prêchant la vérité, défendant la vertu.
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» Je finis par une réflexion qu'appelle la situation particulière de notre chère Patrie. C'est un fait accompli : le peuple a conquis en masse l'accès aux urnes électorales : il jouit du droit de suffrage politique. Plus que jamais, le voilà « peuple souverain ». Comment usera-t-il de ce privilège ? Sera-ce pour ou contre l'ordre ? Pour ou contre le bien ? Pour ou contre Dieu ? La réponse est celle-ci : il en usera selon la préparation qu'il aura reçue, selon la direction qui lui sera imprimée. Or, Messieurs, le prêtre, voilà l'éducateur du peuple dans tous les domaines qui touchent à la conscience ! Voilà le conseiller et le guide qu'il suit de préférence. Quelle belle mission est la vôtre. Messieurs, mais aussi quelles responsabilités ! »
Les résolutions du Saint-Siège, transmises par l'intermédiaire de l'Archevêché de Malines aux Doyens de tout le pays, comportaient des indications très précises sur le rôle qu'allaient devoir jouer le clergé inférieur, aussi bien que les fidèles eux-mêmes. La rénovation sociale « dans le Christ » requérait la participation de tous à la croisade que le monde catholique devait entreprendre contre les mécréants en général et le socialisme corrupteur en particulier.
Le néo -catholicisme devait se traduire par la mise à jour de toute une série de moyens, adaptés aux circonstances nouvelles, destinés, par une offensive générale autant qu'énergique, à réduire au néant les malsaines doctrines athées et égalitaires.
Ce fut encore le Cardinal-Archevêque qui fut chargé, peu après l'assemblée des Doyens, de signifier au clergé inférieur, aussi bien qu'aux fidèles, les volontés du Saint-Siège.