I. — IxTKonrri-inx
Pourquoi vous rendez-vous en France?
Tout simplement pour gagner de l'argent.
Mais ne pourriez-vous pas en gagner en Belgique?
Oui, en nous rendant, comme beaucoupi de nos camarades, dans les contrées industrielles ; on peut se faire de bonnes j^ournées au Borinage et dans les environs de Liège ou de Charleroi, mais ce genre de travail ne nous plaît guère ; il nous faut à nous le grand air, le soleil et le réconfortant travail des champs ; et nous plaignons de tout cœur ceux qui vont s'enfouir dans une houillère, se renfermer et se rôtir dans les forges et les laminoirs, ou s'abrutir sur les quais db chargement dans l'éreintante corvée de manœuvre.
En restant au village, impossible de gagner des salaires convenables ; la population est trop considérable ; le travail a toujours été rare et peu rémunéré, il devient de plus en plus rare, de moins en moins rémunérateur, par suite de l'emploi des machines agricoles et de la création de nombreuses prairies.
La France nous appelle ; elle nous offre bon accueil, bon salaire ; après y avoir passé quelques mois, nous pouvons rapporter au logis une bourse bien garnie. C'est du pain pour l 'hiver, de quoi assurer l'avenir et garantir la vieillesse.
Du reste, nous ne sommes pas les premiers et nous ne sommes pas les seuls .
Nous allons en France parce que nos pères nous ont ouvert la route, et nous pourrions retrouver sur certaines terres la sueur de trois générations .
Nous ne sommes pas isolés : plus die 3,000 Wallons partent chaque année pour les travaux die la moisson et de la fabrique de sucre ; vous le voyez, nous sommes en nombreuse compagnie.