Qu'avez-vous à redouter au point de vue social
Nous sommes (fens une période de transformation sociale et d'agitation révolutionnaire.
yuoi que vous fassiez, vous vous trouverez en contact, dans le train, dans les aubergts. au travail môme, avec ces hommes néfastes qui, incapables de se créer une position convenable jjar le travail ei l'ordre, cherchent à pêcher en eau trouble et se hissent au pouvoir et à la richesse en grimpant sur le dtos et sur les épaules du bon peuple abusé .
Ils \ous prêcheront que la société est mal organisée ; i|u'il faut tout démolir... sans même sax'oir cc' qu'on jxjurra reconstruire et comment. Ils vous diront qu'il faut supprimer les riches, les :apatalistcs. les fermiers, les bourgeois ; qu'il faut tout confisquer, tout partager et mettre les lâches et les fainéants sur le inême pded' K\ue les braves et les travailleurs ; ils vous parleront d'un nouveau système d'organisation de la propriété tju'on appelle collectivisme, auc|ucl ni i>ux, ni vous, pas plus ciue nous d'ailleurs, ne roniprendrez rien : ils vous diront beaucoup d'autres choses aussi impos-ibles l'une que l'autre ; mais ils les diront si 'bien, avec tant d'aplomb, avec tant d'éloquence, on flattant si habilement les mauvais instincts qui soinmeillent dans toutes les -Imes, que vous serex tentés de dire : mais ils ont raison !
Sans dbute ici. en Belgique, nous entendons les mêmes dé lamations. nous sommes témoins des mêmes agitations : mais, par contre, nous sommes en contact habituel avec dtes gens sérieux, prêtres, magistrats, bourgeois dévoués, ouvriers d'élite qui peuvent nous éclairer et dissi]>er nos doutes ; et puis il n'est pas une localité de quelque importance qui ne renferme un cercle, un patronage, une maison des ouvriers, où nous trouvons de vrais amis et des guides sérieux. En France, tout cela vous fera défaut : donc grand danger!
4" Enfin, quels dangers courez-vous au point de vue famUial?
Ici encore la diminution de l'esprit religieux a produit en France une situation redoutable. Le mariage, en certains endroits, n'est plus qu'une simple union civile, qu'aucun prêtre n'a béni ni consacré ; cette union, contractée au hasard d'une affection éphémère, se .lissout avec une facilité inouïe; ce n'est même plus Vunion purement civile; c'est \'//monr libre, et on comprend ce qu'est la famille en [>areil cas.
En outre, même là oii le lien du mariage est encore noué par la religion, que de calculs abjects pour limiter le nombre des enfants !
A la questit)n : Que faut-il faire en France? notamment, après avoir rempli tous les devoirs religieux, le catéchisme ajoute :
Nous le savons et nous l'avons déjà dit : l'assistance régulière à la messe du dimanche n'est pas toujours facile. Mais est-elle impassible ? Non, n'est-ce pas ? Alors, pourquoi ne pas y aller .- Il faut de temps en temps se débarrasser de la terre et respirer vers le Ciel. Et ne l'oubliez pas. qui s'habitue à manquer à la messe en France transporte facilement chez lui ces inauvaises habitudes et perd insensiblement l'esprit chrétien.
Ajoutons qu'il faut se récréer le dimanche ; la lecture, la correspondance, des jeu.^c honnêtes.
La lecture; oui. si vous tscuvez un bon livre, un bon journal ; mais défiez -vous, le poison se rencontre partout. Lisez quelques pages de votre Carnet, dévorez le journal que nous vous envoyons : vous y trouverez des nouvelles du pays ; cela vous ragaillardiira.
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La correspondance . Oui. paresseux que vous êtes. Vous savez écrire : donne/ de xos nouv.elles ; qu'on sache où vous êtes et ce que vous faites. \'ous êtes si heureux quand on vous écrit : pourquoi ne pas procurer aux autres le même bonheur ?
Les jeux honnêtes : nous en parlerons plus loin.
Joignez à cela le soin de vos vêtements et de votre bagage : n'avezvous pas de quoi employer utilement et agréablement le dimanche ?
jMais il ne suffit pas de prier, il faut encore veiller, c'est-à-dire prendre garde à tout ce qui peut devenir un danger.
1° L'isolement. Ne soyez pas seuls ; ayez quelques bons camarades avec qui vous puissiez vous récréer. Quelques-uns seulement : en cherchant la quantité, vous trouverez difficilement la qualdté .
Sachons -le bien : si l'isolement est un danger, les compagnies en sont un autre non moins redoutable : malgré votre désir de vivre toujours avec les vôtres, vous vous rencontrerez nécessairement avec des gens du pays. Soyez polis, aimables, mais ne vous liez pas avec eux, pas d'intimité. Et puis surtout défiez-vous des femmes. Hommes mariés, jeunes gens, vous voulez conserver l'intégrité de votre cœur. de votre corps et de votre bourse ; alors, gare à la femme !
1° Les amusements. Il en est de dangereux et de déshonnêtes : bannissez -les à tout prix : les cafés -concerts, les beuglants, les salles de danse, les maisons suspectes. C'est clair. Et quant aux amusements honnêtes, prenez-en toujours avec modération. Que l'on joue, mais en n'engageant que des sommes modestes ; que l'on boive, mais avec modération et en évitant ce poison qu'on appelle l'alcool, sous quelque forme qu'il se présente ; que l'on chante, mais en évitant les propos grossiers et crapuleux.
En un mot, soyez en France ce que vous êtes chez vous, et de chaque village français faites une petite Belgique : ce sera parfait.
III Que faut-il faire à votre retour? Ne vous amusez pas en cours de route et revenez promptement au logis .
Puis, faites bon usage de l'argent que vous avez gagné. Lisez et suivez les bons conseils que nous vous donnons plus loin. Pères de famille, vous savez ce que vous en devez faire : c'est le bien de votre femme et de vos enfants. Ne gaspillons jamais en beuveries inutiles et nuisibles ce qui nous a coûté tant de peine.
Jeunes gens, de l'assentiment de vos parents, faites deux parts des fonds que vous rapportez : l'une, la plus grosse naturellement, pour la famille ; l'autre, pour vous. Placez cette réserve à la Caisse d'épargne ; quand vous aurez à vous établir, vous serez heureux de trouver un petit magot.
Et si vous prenez soin de vos intérêts de ce monde, n'oubliez pas votre âme.
Allez, comme au départ, rendre visite au bon Dieu en votre église paroissiale, remettre en ordre votre conscience par la .éception des sacrements ; reprenez la régularité des habitudes chrétiennes et faites provision de force, d'énergie et de vertu pour le voyage prochain.
( "()X< I-ISION
Tel.-, sont les conseils que nous dicte l'expérience. Ils vous paraîtront peut-être stricts et sévères ; peut-être direz -\'0us que ;tous sommes trop exigeants.
C'est possible ; mais, en tout cas, ces paroles sortent de cœurs tiui vous sont absolument dévoués. L'ami n'est pas celui qui flatte et qui, sous pwétexte de ne pas déplaire, laisse un compagnon courir à l'abîme , c'est celui qui dit franchement la vérité, dût -il blesser, et qui sait à point crier casse -cou. Nous sommes vos amis, vos vrais amis, amis complètement désintéressés ; nous voulons que vous restiez bons ; et nous serions fiers de vous, si les Français disaient : Ces Belges, quels travailleurs! mais aussi quels honnêtes gens! Cherchons ù les imiter! Soyez donc fermi-«; ''t ■ i)nstant> : rcoutez-nous. \'ous ne le regretterez jamais.
Le carnet ajoute : « A lu demande des (Comités de /irotection, le Couvernenient belge a notablement augmenté, en 1903. le nombre de ses consuls. » (Suit une liste des consuls.)
Le Comité de protection de Tournai, qui est affilié à la Ligue démocratique belge, est organisé, d'après ce que nous apprend encore le Carnet de voyage, par la Fédération agricole du Hainaut, union professionnelle reconnue et groupant de nombreuses autres unions également recoimues !
Ici dans le Conseil, nous trouvons un chanoine, des curés et des doyens, ainsi que deux juges de paix !
Nous demandons, une fois de plus, comment il est jjossible de concilier l'activité de ce Comité, par conséquent de la Fédération agricole du Hainaut, avec les stipulations formelles de la loi de 1898, article premier, sur les unions professionnelles r
Il nous reste, pour compléter l'étude des moyens employés pour conserver au Parti catholique les faveurs des ouvriers émigrant à l'étranger, à signaler que diverses mesures sont prises égalemeni par l'Evêché de (iand pour ne pas jierdrc l'influence que représentent les ouvriers flamands allant travailler en Wallonnie.
En 1908, le Rév. P. Séraphin, gardien des Pères (Japucins, • prenait l'initiative de les grouper à Mons. L'Evêque de Tournai lui venait en aide en procurant aux Flamands de tout le diocèse des prêtres et congréganistcs. capucins. récolle:s et pères du Sacré- Cœur, connaissant leur langue et s'en servant vis-à-vis d'eux. II semblerait, de l'aveu même des cléricaux, que les réunions organisées dans ces conditions ont beaucoup de succès et rendent des services considérables au parti.
R. La Ligue démocratique belge
La Ligue démocratique belge est issue, en 1891, de la transformation de la Fédération nationale des œuvres catholiques belges, née. comme nous l'avons vu, en 1867.
C'est à l'initiative de M. Helleputte. doyen de la iWIdc des
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métiers de Louvain, que fut créé l'organisme nouveau, dont l'action, basée sur les principes proclamés par l'Encyclique Rerutn Novarum, devait rayonner dans tout le pays.
D'une manière générale, la Ligue démocratique avait pour but, dans l'esprit de ses promoteurs, d'assurer le relèvement moral des classes laborieuses sur cette base indispensable qu'offre, aux yeux des catholiques, la religion, et contribuer à aplanir les conflits entre le capital et le travail.
En réalité, il s'agissait bien plus d'opposer hâtivement, avant que des lois dites de protection sociale, avec distribution de sub- . sides, aient pu être votées, une digue à l'invasion socialiste, cjue de procurer un peu plus de bien-être à la classe ouvrière.
Nous avons eu l'occasion de reproduire son programme à l'occasion de l'étude des Conférences de Saint-Vincent de Paul.
Lors de la constitution de la Ligue, il fut entendu, comme conclusion d'un rapport présenté à l'assemblée générale des délégués, que partout seraient créées des Ligues catholiques antirévolutionnaires.
Avec le rapporteur, M. le député Verhaegen, son président actuel, réclamait pour ces groupements politiques la reconnaissance légale ( !) dans les termes suivants ^ :
« Les Ligues pourront réclamer l'aide et la protection de la loi dans la mesure compatible avec les moeurs et les institutions de chaque pays. » Précisant la portée de ce vœu, M . Verhaegen disait : « J'entends que la protection de l'Etat ne s'attache pas au gouvernement intérieur des ligues, mais je ne vois pas en quoi l'octroi de la personnification civile — avec intervention de l'Etat dans le genre de ce qui se fait depuis longtemps pour les sociétés de \secours mutuels — pourrait être dangereux le jour où nous aurions perdu le pouvoir. En quoi cela peut -il nous couper les ailes et nuire à ces sociétés, plutôt que de leur être utile ? Il est très avantageux pour les ligues et pour d'autres associations d'avoir la personnification civile. Elles ont le droit naturel, comme dit le Pape, d'obtenir cette reconnaissance légale. C'est pourquoi j'insiste sur mon amendement. »
Celui-ci fut rejeté sur opposition de M. Woeste.
Outre ces groupements, la Ligue se constituait moyennant l'affiliation d'associations professionnelles, composées de patrons ou d'ouvriers, ou des deux à la fois, et l'adhésion de membres individuels, pratiquant tous la religion catholique.
Les associations professionnelles, ayant adopté la forme de
Assemblée générale des catholiques de Belgique. 1891, pp. 277 et 279.
syndicats, de coopératives ou de gildes, sont groupées en corporations nationales, les mutualités en fédérations.
Mais à côté de ces associations, se livrant, en régime légal, à toutes espèces de manifestations d'ordre politique, nous trouvons des ligues féminines, des patronages, des Tiers-Ordres, des Conférences de Saint -Vincent de Paul, des cercles ouvriers, des sociétés de musique, des jeunes gardes, des sociétés de tempérance, une imprimerie, des sociétés dramatiques, des ligues d'instituteurs, des cercles d'études sociales, etc., etc.
Tous ces groupements paient une cotisation annuelle de cinq centimes, mais le maximum de participation de chacun d'eux ne peut pas dépasser loo francs.
Les membres affiliés indi\-iduellement paient 50 centimes s'ils sont ouvriers et un franc s'ils sont patrons ; les membres protecteurs paient 25 francs par an.
La Ligue est administrée par un conseil, formé des délégués des associations, qui y sont représentées proportionnellement à leurs effectifs ; au sein de ce conseil est choisi un bureau, présidé par M. A. Verhaegen député de (îand.
Au total, 1,743 sociétés comportant environ 130.000 membres sont affiliées à la Ligue.
I/activité de celle-ci se manifeste de différentes manières. Tout est mis en action pour en faire une œuvre de propagande politique et nationale. Nous en avons fait connaître le programme au chapitre précédent. Son influence est énorme au sein du Parti catholique. Ses enquêtes, les vœux des congrès annuels qu'elle organise, sont presque toujours suivis de l'élaboration d'une loi, conformément aux desiderata de ses membres.
C'est avec l'appui de la Ligue qu'a été fondé le Secrétariat permanent des unions professionnelles chrétiennes de Gand. C'est elle aussi qui organise chaque année les congrès et les semaines sociales les mieux suivis. Ses « retraites » jouissent de beaucoup de faveur auprès des ouvriers catholiques, qui sont autorisés à les suivre gratuitement.
La Ligue publie enfin 'un annuaire, envoyé à tous ses membres, et éditait jadis un almanach de propagande, dans lequel les ouvriers trouvaient une foule de renseignements sur la pratique des lois sociales en vigueur. 11 ne paraît plus depuis quelque temps.