CHAPITRE III
Le malaise social favorise l'essor des catholiques
A. — Les conditions économiques de l'ouvrier
Dans les préoccupations nouvelles se signalant à l'attention des dirigeants catholiques, les masses populaires des campagnes, aussi bien que des centres urbains, tenues en ébullition par les militants socialistes et les propagandistes libéraux, forçaient l'attention, et d'autant plus que, bientôt, comme tout le faisait prévoir, elles allaient pouvoir participer d'une façon positive à la gestion des affaires publiques.
Un parti aussi bien organisé que le Parti catholique ne pouvait rester inactif devant des constatations aussi péremptoires et aussi inquiétantes, et sans tarder, comme nous l'avons vu, des mesures avaient été prises en concordance avec les circonstances nouvelles pour prévenir les effets d'une infériorité inévitable à l'égard des partis d'opposition, de plus en plus populaires.
Les conditions d'existence, au point de vue matériel, de ceux qu'il était urgent de conquérir, simplifiaient singulièrement cette tâche. Elles étaient alors ce qu'elles sont restées après vingt -sept ans de régime clérical ; en dépit de l'étalage que les catholiques font de la prospérité nationale, aucun homme avisé et sincère ne sera tenté de croire que celle-ci est réelle, après avoir parcouru le triste bilan que nous avons à dresser des conditions d'existence de la classe ouvrière. En Belgique, la misère est grande ; seules les qualités morales et civiques de nos populations laborieuses sont à même de couvrir d'un voile trompeur leurs souffrances, leurs privations et leur détresse.
La lutte de l'ouvrier contre les exigences de la vie est perpétuelle. L'ouvrier n*a pas de capital et n'a pas de crédit. Ne jouissant que de salaires très bas, il importe qu'il puisse acquérir les aliments et les objets usuels de consommation à des prix avantageux.
U Evolution cléricale. 63
Et voyez ce que furent et ce que sont encore ses salaires ! Lorsqu'il était bourgmestre de la ville de Bruxelles, M. Buis fit faire une enquête sur la situation économique des familles ouvrières de la capitale, sous la direction entendue de M. De Queker, le très actif directeur de la Bourse du Travail.
L'enquête avait porté sur 8,009 ouvriers. Seuls furent considérés comme tels ceux qui gagnaient au moins 2 fr. 50 par jour ; ceux qui gagnaient de 2 fr. à 2 fr. 50 étaient classés parmi les demi-ouvriers ; ceux qui ne touchaient qu'un salaire inférieur à 2 fr. étaient considérés comme apprentis.
Il fut établi que le salaire moyen des 1,155 apprentis était de I fr. 18, celui des 787 demi-ouvriers de 2 fr. 01 et celui des 5,526 ouvriers de 3 fr. 20. De ceux-ci, 1,110 gagnaient 2 fr. 50; 2,472 gagnaient 3 fr. ; 799, 3 fr. 50, et 631, 4 francs.
Par conséquent, 20 p. c. des salaires ne dépassaient pas 2fr. 50 ; 44.7 p. c. gagnaient 3 fr. ; 14.4 p. c, 3 fr. 50 ; 11.4 p. c, 4 fr. et 5.5 p. c. plus de 4 francs ! On verra plus loin, par des enquêtes plus récentes, que la situation des ouvriers ne s'est pas améliorée.
Des recherches entreprises la même année sur la situation de 100 ménages ouvriers, pris en dehors de ceux secourus par la bienfaisance privée ou publique, faisaient faire les constatations suivantes : ces 100 familles avaient ensemble 256 enfants. Le revenu moyen de chacune d'elles pouvait être évalué à 24 fr. 96 par semaine et à 1,173 f""- 37 par an, en tenant compte de cinq semaines de chômage.
Les statistiques des salaires des ouvriers industriels et des métiers, dressées, par les soins du Gouvernement, pour l'année 1909, ne sont pas moins suggestives et confirment pleinement les données précédentes. Elles établissent, de façon péremptoire, que la Belgique est le pays des plus bas salaires !
Les ouvriers y sont divisés en deux catégories : ceux qui ont moins de 1 6 ans et ceux qui ont plus de 1 6 ans .
Voici les chiffres fournis par V Annuaire statistique de 1910:
Ouvriers de moins de 16 ans.
Nombre total recensé Gagnent moins de fr. 0.50 .
— de fr. 0.50 à fr. 0.99
— de fr. i.oo à fr. 1.49
— fr. 1.50 et plus .
Les salaires n'ont pu être déterminés pour 5,259 ouvriers de cette catégorie.
Nombre
total
recensé. .
) ut, l u
Gagnent
moins
de fr. 1 . :
de fr.