LA ZONE LIMONEUSE
La zone limoneuse, plus étendue que les autres zones, occupe à peu près le tiers moyen du pays, allant également de l'Est à l'Ouest et englobant la partie septentrionale de la province de Liège, le sud du Limbourg, le Brabant, une grande partie du Hainaut et une bande de la partie méridionale des Flandres.
Le sol y est très riche, composé de limon renfermant assez bien de calcaire. La terre est assez forte et nécessite des chevaux forts et vigoureux pour le labour.
La culture est variée et se prête à l'élevage des chevaux et du bétail, et à la culture des fruits et légumes les plus variés. La betterave, très répandue, a donné, dans les régions où elle est cultivée, une plus-value considérable aux terres.
Signalons ici, à l'est de la zone limoneuse, le Pays de Hervé, très riche en pâturages, se prêtant à l'élevage et l'exploitation du bétail.
Ici l'on trouve de nombreuses ligues locales, quelques laiteries seulement, mais de très nombreuses sociétés d'assurance contre la mortalité du bétail, des sociétés horticoles et assez bien de caisses Raiffeisen.
Sauf cette région, travaillée avec acharnement par les Secrétariats permanents de Liège et de Hasselt, la plus grande partie de la zone limoneuse, occupée par des populations wallonnes, a échappé à la main -mise cléricale sur les intérêts locaux. C'est même dans cette zone, dans la Hesbaye notamment, où les grandes exploitations de loo à 300 hectares ne sont pas du tout rares, qu'un cunain nombre d'œuvres neutres ou libres ont pu être créées par les libéraux. Ici, l'influence du clergé est fort atténuée et le curé n'inspire pas aux culti\ateurs la confiance qui est accordée aux représeiuants de l'Eglise dans les provinces flamandes.
En général, dans la zone limoneuse, sauf la partie où domine la population flamande, les œuvres sont moins nombreuses. On peut même dire qu'en dehors de quelques associations plutôt libérales, à gros effectifs, il n'existe guère d'œuvres catholiques dans tout le Brabant wallon, et c'est sans doute là une des raisons prépondérantes qui, de l'aveu même des cléricaux, ont contribué au récent succès de M. le député May dans l'arrondissement de Nivelles.
Dans le Hainaut, sauf dans les régions de Tournai et d'.'^.th, il n'en est pas davantage : quelques syndicats d'élevage et unions professionnelles plutôt socialis'.cs, quelques laiteries à vapeur, assez bien cependant de sociétés ouvrières de crédit Raiffeisen catholiques, de nombreuses sociétés horticoles, quelques sociétés d'assurance contre la mortalité du bétail. Mais dans le Brabant flamand, dans un quadrilatère tracé entre Louvain. Malines, Granmiont et Soignies, on relève l'existence d'une quantité considérable de groupements créés à l'intervention du .Secrétariat catholique de Bruxelles. Le Boerenbond de Louvain, de son côté, a étendu son action dans toute la région est du Brabant flamand, et nombreuses sont ici les caisses Raiffeisen et les sociétés d'assurance contre la mortalité du bétail fondées à son initiative.
La culture betteravière, qui se fait avantageusement dans le sol limoneux, a donné lieu à la formation de nombreux syndicats dans le Hainaut et le Limbourg méridional, .\lors qu'ici ces syndicats sont plutôt catholiques, ils en est qu('li|ues-uns créés par des socialistes dans le Hainaut.
LE CONDROZ
Le Condroz s'étend à la plus grande iKUtie de la jMovince de Namur et à des portions réduites des i)ra\iiues de Liège et du Hainaut.
Les Œuvres sociales et économiques. 341
Le sol ici est argileux ; on y trouve des minéraux divers : la houille, le marbre, la pierre de taille et le grès.
La culture est variée : betteraves, seigle, froment, avoine, escourgeon, pomme de terre, plantes fourragères.
La population est composée de gros fermiers, faisant l'élevage du bétail, et les ouvriers industriels y deviennent de plus en plus nombreux ; on y retrouve néanmoins assez bien de petits cultivateurs .
Dans toute cette zone encore, les œuvres sont infiniment moins nombreuses que dans les régions flamandes : des unions professionnelles avec sections d'achats en commun, réunies à la Ligue agricole catholique provinciale ; de même, quelques syndicats d'élevage, pas du tout de laiteries, quelques rares caisses de crédit Raiffeisen. Il y a, par contre, assez bien de sociétés d'assurance contre la mortalité du bétail, dont les unes, concentrées dans le nord de la province de Namur, sont autonomes, les autres, représentant le plus grand nombre, ne sont que des sections de la Ligue agricole provinciale, dont le siège est à Dinant et qui nont plus particulièrement l'œuvre de M. le comte de Villermont. Elles ont enrôlé un grand nombre d'ouvriers industriels, propriétaires d'une vache, et qui font accessoirement un peu de culture.
Nous pouvons enfin signaler l'existence de quelques sociétés horticoles et apicoles.
l'ardenne
L'Ardenne recouvre la plus grande partie du Luxembourg et représente la zone la plus élevée du pays. Le sol est formé d'ime argile imperméable, favorable à la formation, à certaines hauteurs, de marécages dénommés communément les « fagnes » ; on y retrouve de vastes forêts et de grandes étendues de terres encore incultes. L'usage de plus en plus répandu des matières fertilisantes a eu raison peu à peu de la pauvreté naturelle du sol et actuellement on cultive avec succès, dans le Luxembourg, la pomme de terre, l'avoine, le seigle, le fourrage et le tabac.
Les petites exploitations en faire-valoir direct sont ici plus nombreuses que partout ailleurs ; les grandes fermes sont plutôt rares.
Une grande partie de la population parle un dialecte allemand ; l'absence de voies de communication avait pendant longtemps contribué à maintenir les cultivateurs sous la férule du clergé ; de là est venue cette efflorescence considérable d'œuvres catholiques que l'on trouve aujourd'hui dans toute la province. Depuis peu, cependant, le développement intense des chemins de fer vicinaux, rendant les déplacements plus faciles, a peu à peu sa répercussion
sur l'évolution des idées, et si les cléricaux n'y sont pas encore en recul notable, il est certain que, malgré l'extension de leur réseau d'œuvres, leur marche en avant semble enrayée. Les comices y font d'ailleurs tout leur devoir et nombreuses sont les œuvres affiliées à la société agricole créée sous leurs auspices.
Les ligues paroissiales ici sont très nombreuses et toutes comportent des sections d'achat en commun d'engrais. Les laiteries, surtout à bras, y sont prospères, encore que quelques-unes, depuis quelque temps, déclinent de façon manifeste ; les caisses Raiffeisen, plus nombreuses que dans n'importe quelle province, toutes catholiques, sont réunies à la Caisse centrale d'Arlon, au siège de la Ligue luxembourgeoise.
S'il n'y a que peu de syndicats d'élevage, par contre, les sociétés d'assurance contre la mortalité du bétail y sont très répandues.
Signalons encore l'existence d'un nombre assez considérable de sociétés avicoles et apicoles, aucune société horticole (ici le mouvement se prépare) et quelques syndicats de cultivateurs de tabac.