SOLUTIONS RÉALISABLES
Quelle sera donc la solution ? Est-ce qu'il n'y aura rien à l'aire qu'à rétablir le régime commercial antérieur. Non, ce serait impossible. Il va sans dire que tous les traités de commerce conclus entre les Etats de l'Entente et l'Allemagne se trouveront anuulés par le fait de la guerre — y compris l'article 11 du traité de Francfort en ce qui concerne la France — et, que par conséquent nous n'aurons plus entre nous qu'une table rase sur laquelle il faudra bâtir un régime nouveau. Mais quel régime? Assurément nous aurons le droit et même le devoir de le discuter et de tacher de profiter de la supériorité économique de l'Entente pour obtenir les conditions les plus favorables.
Or la supériorité économique de l'Entente est énorme et telle qu'il estvraimentprodigieuxque l'Allemagne ait réussi à la tenir en échec depuis plus de deux ans. tl suffit pour s'en assurer de jeter les yeux sur la carte du^monde et de voir que les huit Etats de l'Entente possèdent les 4/5 de l'Europe, la totalité de l'Afrique (à l'exception du royaume d'Abyssinie et de quelques petites enclaves appartenant à l'Espagne ou à la République de Libéria), la totalité de l'Aus-
LE RÉGI M H COMMERCIAL Al'HES LA QUHRRB
Lralasie el des Iles du Pacifique, la moitié de l'Asie, el presque la moi l ié tic L'Amérique du Nord ! au total 7.700 millions d'hectares el 850 millions d'hommes sur les 13.800 millions d'hectares el les 1.632 millions d'hommes que compte notre planète, donc plus (le la moitié comme superficie et. comme hululants (56 o/o en superficie, 52 o/o en population). L'Empereur allemand n'exagère donc pas quand il répèle sans cesse : Nous sommes aux prises avec un monde d'ennemis. Un monde d'ennemis aujourd'hui mais qui aurait pu devenir un monde de clients ! qui l'était déjà, car la somme des achats que tous les Etals de l'Entente .faisaient à l'Allemagne s'élevaient à plus de 6 milliards, près de la moitié ^43 o/o) de sou exportation totale. Et la capacilé actuelle d'acquisition de cet ensemble énorme d'hommes n'est rien en regard de ce qu'elle sera plus lard, bientôt. Le jour n'est pas très éloigné où les Dominions, l'Australasie, le Canada, le Cap, seront des puissances comparables à l'Angleterre ou à l'Allemagne ellemême, égales comme population et bien supérieures comme étendue de territoire. Quel malheur pour l'avenir économique de l'Allemagne, pour ses espoirs de conquête commerciale du monde, pour sa fringale de profits, pour son émigration môme, si ces prodigieux marchés lui étaient désormais fermés.
Eh bien ! voilà le Paradis économique dont au jour des négociations l'Entente pourra apporter la clé sur la table . Elle dira aux Allemands: La voulez-vous ? il faut la payer cher. — <Juel sera le prix demandé? On pourrait, par exemple, leur dire: Acceptez-vous un désarmement elle principe de l'arbitrage ? Renoncez-vous à cet état de guerre permanente qui s'appelle la paix armée ? Alors de notre côté, nous renoncerons à la guerre sous forme de boycottage. . . Non ? Vous n'en voulez pas, vous vou-
l'avenir
lez continuer à exercer sur le monde la pression de votre force militaire ? Alors ne vous indignez pas si nous vous faisons sentir la pression de notre force économique.
Vous allez me dire sans doule : Mais l'Allemagne ne prendra pas celte menace au sérieux puisque vous venez de démontrer vous-même que le boycottage est irréalisable? Sans doute, mais entre la prohibition absolue et le régime de la nation la plus favorisée il y a de la marge, et celle marge est suffisante pour laisser la place, quand l'heure des négociations sera venue, à un liés efficace et très légitime marchandage. Le mot, il est vrai, est déplaisant, mais il s'impose pourtant. 11 ne faudrait pas qu'un sentimentalisme humanitaire nous y fil renoncer.
Ce serait donc nous placer dans des conditions d'infériorité pour les négociations de la paix si, dès à présent, nous déclarions que, quelle qu'en soit l'issue, nous mettrons les Allemands sur le même pied que les Alliés dans les relations commerciales. Mais, en sens inverse, encore plus fâcheuse est. l'attitude de ceux qui déclarent, que, quoiqu'il advienne, nous ne ferons aucune concession et que le but visé c'est la destruction du commerce allemand. Il est évident que de telles déclarations ne peuvent avoir d'autre résultat que de faire le jeu des pangermanistes en Surexcitant le sentiment national et en le poussant à lutter à outrance.
Mais, en tout cas, si nous nous croyons en droit d'user de toutes les armes, économiques ou autres, qui sont en nos mains pour obtenir les conditions de paix les plus favorables, nous pensons aussi qu'une lois la paix signée, elle devra l'être pour tout de bon et ne pas se prolonger indéfiniment en une guerre sourde. Nous acceptons le mol d'ordre : la guerre jusqu'au bout! c'est entendu, mais en entendant par là, évi-
LE nâOIUÏ COMMERCIAL APRÈS LA ui i mu
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déminent, qu'il y aura un bout, c'est-à-dire une fin.
C'est pourquoi les coopéraient^ devront s'abstenir de toute participation aux nombreuses Ligues « antiboches » qui sont en train de se constituer pour continuer la guerre après la guerre et auxquelles un certain nombre de personnalités notables ont donné leur patronage. D'autant plus que ces Ligues qui ne visent tout d'abord que les produits austro-allemands seront entraînées peu à peu'à voir dans tout ce qui vient de l'étranger des produits allemands déguisés des périls qui risquent de compromettre le relèvement de la France après la guerre. On parle beaucoup contre lesquels on s'organise déjà : alcoolisme, malthusianisme, développement des maladies vénériennes — mais on oublie un des plus funestes, à notre avis, qui sera la xénophobie, c'est-à-dire cette maladie qui consiste premièrement à voir dans tout Allemand un espion, et secondement à voir dans tout étranger un Allemand déguisé.
Les Goopérateurs ont eu un beau rôle dans cette guerre et qui a même dépassé tout ce que nous pouvions espérer. Us ont rendu à l'œuvre de la Défense Nationale, dans leurs pays respectifs, des services signalés. Mais ils auront une plus grande tache a rempli] après la guerre.
En tant que représentants des consommateurs, ils auront à lutter contre toutes les mesures protectionnistes qui, en excluant les produits du dehors, auraient pour résultat d'augmenter le coût de la vie, alors qu'il y aura déjà assez à faire pour lutter contre la hausse des prix qui se prolongera longlcmp après la guerre. En tant que consommateurs aussi, ils devront diriger leurs achats non par la passion mais par la raison, ils devront se donner pour but non d'infliger un mal à autrui, mais de se procurer à eux-mêmes et à tous le plus grand bien possible.
l'avenir
En tant que coopérateurs , nous devrons tâcher de réaliser d'abord, sans doute, cette coopération à l'intérieur qui veut que la production d'un pays soit aussi diversifiée que possible pour donner un aliment à toutes les formes d'activité nationales — car contrairement à ce qu'on croit le mouvement des échanges à l'intérieur aura toujours plus d'importance que l'échange extérieur — mais nous ne devrons pas avoir la prétention qu'en France on puisse faire toute chose mieux qu'ailleurs. Chaque population a son génie propre, chaque territoire ses ressources naturelles, et nous devons croire que la division du travail, qui n'est qu'une forme de la coopération, est la loi du progrès pour les peuples aussi bien que pour les individus, et que la maxime de chacun pour soi serait aussi funeste à ceux-là qu'à ceux-ci. Tel a été tel restera est bien le programme de l'Alliance Coopérative Internationale, et c'est pourquoi les coopérateurs français lui resteront fidèles.