‹ Le régime commercial après la guerreChapitre 7 sur 14 · LES CAUSES ÉCONOMIQUES DE LA QDBRRB · texte numérisé non relu

LES CAUSES ÉCONOMIQUES DE LA QDBRRB

préfèrent diriger l'opinion publique, que ae faire diriger par elle. La lin lamentable du procès de Krupp, accusé de corrompre La presse et le ministère de la puerre, démontre assez clairement le degré de puissance de l'industrie guerrière en Allemagne.

Mais nous possédons quand même des symptômes objectifs, qui démontrent avec une précision irréfutable les buts auxquels sont assignées les ressources d'une nation : ce sont les chiffres des budgets d'État. Nous ne nous arrêterons point au fait bien connu de la croissance vertigineuse des budgets en général et des dépenses pour la guerre en particulier. La croissance incessante des dépenses publiques constitue Le trait le plus saillant de la vie politique actuelle. Ses conséquences sociales sont très importantes. La démocratisation des impôts avec application de l'impôt sur le revenu est une des conséquences les plus importantes de la croissance continue des budgets de guerre. La loi des finances de Lloyd Georges en Angleterre, l'impôt sur le revenu en Allemagne sont des phénomènes de même ordre. Toute la vie politique de la France, avec les formes sous lesquelles elle s'exprimait avant la guerre, tournait autour de l'impôt sur le revenu rendu nécessaire par les mesures d'ordre militaire que la France devait prendre en face des préparatifs belliqueux de l'Allemagne. La loi des trois ans, par laquelle La France répondit à l'accroissement numérique de l'armée allemande, nécessita une forte augmentation de dépenses; le déficit budgétaire monta à la somme invraisemblable de deux milliards. En Allemagne, l'augmentation des dépenses guerrières s'était faite de façon plus méthodique ; mais le budget avait atteint aussi des chiflïes extrêmement élevés.

Les impôts seuls ne suffisent pas à alimenter de pareils budgets. L'État doit avoir recours aux em-

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prunts, qui sont, dans une certaine mesure, des impôts sur les générations futures. Et si nous considérons la somme totale de la dette publique mondiale, nous verrons qu'elle surpasse la somme totale des échanges entre les pays. En 1913, quand les Belges habitaient encore paisiblement Anvers, le secrétaire de la Chambre de Commerce de cette ville avait t'ait, une comparaison entre la somme totale de la dette publique et la somme totale des échanges. Il était arrivé à des résultats très intéressants. Tandis que les échanges commerciaux atteignaient le chiffre de 203 milliards , la dette publique mondiale s'élevait à 214 milliards : les différents pays s'étaient endettés pour une somme surpassant la valeur de leur production annuelle, et la majeure partie de cette dette avait été absorbée par des préparatifs de guerre. La dette publique ne représentait plus une partie du revenu de la nation, destinée à des besoins d'État ; elle surpassait de beaucoup ce revenu. (Dans la somme des échanges commerciaux se reconstituent non seulement le revenu, mais aussi le capital d'une nation.) C'était donc réellement une dette, un déficit qui rongeait le capital même des nations.

Les emprunts d'État jouèrent un rôle tout à fait prépondérant sur le marché monétaire durant ces dernières années. Si nous retournons à l'Allemagne, nous verrons que les emprunts d'État jouent, malgré le fort développement de l'industrie, un rôle prépondérant par la quantité des capitaux investis. Tout de suite après la crise de 1907, nous pouvons constater une croissance rapide des emprunts d'État. De plus, pendant les années qui précèdent la guerre, l'afflux des capitaux dans t'indusirie va en décroissant, tandis que les emprunts d'État nécessitent une quantité toujours croissante de capitaux. D'après la Frankfurier Zeitung du 4 juillet 1913, la somme totale des

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émissions avail atteint, en un an, le chiffre de 1.771 millions. Les 70 o/o de celle somme, c'est-à-dire 1/234 millions, étaient destinés aux emprunts d'État, le reste à l'industrie. Ainsi le capital allemand suivait une voie nouvelle non seulement en Allemagne, mais aussi dans les autres pays. Au lieu d'accroître pacifiquement le capital constant de production, il s'est mis à « fomenter des troubles ».

Ce rôle civilisateur du capital allemand apparaît avec grande évidence dans les pays de V Amérique latine, où les emprunts allemands n'ont pas cessé d'affluer. Le capital allemand y apporta la fièvre des armements, qui envahit ces pays dans une mesure bien plus grande qu'on n'aurait pu le supposer étant donné le développement encore insuffisant de leur industrie. Le Brésil, l'Argentine, le Mexique étaient de très bons consommateurs de produits allemands (1/3 des exportations allemandes en dehors de l'Europe). Mais ils ouvraient en outre des débouchés aux capitaux allemands. Les effets s'en montrèrent bientôt. A partir de 1908, c'est-à-dire après la dernière crise allemande, l'économie nationale de ces pays reçoit une orientation tout à fait nouvelle. Nous y voyons apparaître un déficit budgétaire chronique, une augmentation considérable de la dette publique et un accroissement inouï des armements (1).

Le microbe pathogène de la guerre en s'installant dans l'organisme de ces jeunes pays y produit des ravages tout aussi terribles que dans le pays qui les a dotés de ce microbe, c'esl-à-dire l'Allemagne. Parallèlement à la croissance des budgets, on voit se développer toutes les conséquences funestes de cet ordre de choses. La cherté de la vie, inconnue jusqu'alors dans ces pays presque exclusivement agri-

(1 Frankfurter Zeitung, 23, 24, 25 juillet 1913. « Zur wirtschaftlieben Lage in den Hauptlscndern des lateinùcben Anwnka ».

l'avenir

coles, accompagne comme une « fleur du mal » la croissance rapide du capital constant de type germanique.

Mais le rôle le plus étrange, le plus incompréhensible et peut-être le plus illogique qu'ait joué le capital allemand s'est manifesté en France par la préparation de la guerre contre l'Allemagne.

Nous avons déjà mentionné le fait que les exportations allemandes ëlaient principalement dirigées vers des pays silués en Europe. Le caractère de ces exportations était déterminé par le caractère de la production qui fabriquait des instruments de production, lesquels ne pouvaient être utilisés que par des pays d'un certain développement capitaliste. L'Allemagne s'était spécialisée dans ce genre de production. Cela lui permettait de conserver le marché des pays capitalistes; mais le placement de ses produits en Europe ne lui permettait pas de réaliser complètement tout son capital accumulé.

Comme nous l'avons vu l'Allemagne souffrait plus qu'aucun autre pays de la maladie spécifique du capitalisme, la surproduction décapitai existant et la production insuffisante des objets de consommation. Tandis qu'elle étouffait sous le poids croissant de ses capitaux, son agriculture était incapable de lui fournir sa nourriture. Pour celte raison elle était forcée, quelque étrange que cela puisse paraître d'importer plus qu'elle n'exportait. Pour un pays riche comme l'Allemagne; ce phénomène était l'indice de la circulation complexe, courant économique qui finit par aboutir à la consommai ion. Si nous comparons les chiffres des importations el des exportations, nous arrivons aux résultais suivants.

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Importations Exportations

Matières premières... 7.354 millions 2.963 millions Produits fabriqués. . . 2.010 millions 7.234 » Aliments 3.680 millions «187 »

Les chiffres d'importation et d'exportation des matières premières et des produits fabriqués se font presque équilibre. L'Allemagne exportait sous forme de produits une valeur équivalente à celle des matières premières importées, et, en échange des produits fabriqués qu'elle importait, elle exportait pour une somme équivalente de matières premières. Donc son exportation ne lui rapportait pas de quoi satisfaire ses lu-soins d'alimentation. Kl si elle s'élait contentée de sa production nationale, la riche Allemagne n'aurait pas eu les moyens de payer le pain dont elle avait besoin. Elle avait des capitaux; mais, à l'intérieur du pays, toutes les possibilités d'un placement productif de ces capitaux étaient épuisées ; le marché allemand était à tel point sursaturé de capitaux qu'il paraissait impossible de leur trouver un emploi avantageux. Alors il ne resta plus d'autre issue à l'Allemagne que l'exportation de ses capitaux. La rente de ces capitaux servait à payer la différence entre les importations et les exportations. Pour se procurer les aliments qui lui faisaient défaut, elle se Irouvait obligée d'accroître encore sa production. Et comme elle ne pouvait plus le faire dans le pays même, puisque la production allemande était saturée, elle le faisait en dehors du pays. Le capital industriel issu des entreprises métallurgiques se mit à chercher du travail. Au lieu d'entreprendre la colonisation de terres neuves, qui du reste étaient occupées par d'autres capitaux, il préféra s'appliquer au travail qui lui était familier dans des pays dont le capital était suffisamment développé. Pour que cela fût possible, il fallait

L'A VENIR

d'abord que le capitalisme de ces pays eûl atteint un certain degré de développement et (pie les industries que l'Allemagne voulait y importer correspondissent à un besoin de la production ; il fallait, en second lieu, que le capitalisme de ces pays ne se trouvât pas au môme degré de développement que celui de l'Allemagne. Ces deux conditions, l'Allemagne les trouva réalisées en France. Aussi, après la crise de U>07, quand les capitaux commencèrent de nouveau à s'accumuler en Allemagne sans y trouver de placement, une parlie d'entre eux émigra en France.

Comme l'industrie française faisait assez mauvais accueil aux produits « made in Germany », le capital allemand choisit des voies plus détournées pour pénétrer au cœur même de l'industrie française. En se couvrant du nom juridique de sociétés anonymes françaises, il se mit à travailler sur place et à trouver son profil en vendant, ses produits sans être obligé de franchir la frontière. (1)

« Ce ne sont pas seulement, écrit Louis Druneau, les produits allemands qui pénètrent en France. Il y a, à côté de cette forme normale de la guerre économique que se font actuellement les nations, l'infiltration lente et progressive de tout un peuple actif et entreprenant, El pardessus tout il y a Y installation sur noire sol, parfois même en plein cœur de la France, des filiales, de ces sociétés dont nous citions la riche floraison des filiales, qui se présentent sous les apparences et avec les qualifications de sociétés françaises et dont rien ne permet au premier abord de découvrir la véritable origine ».

Le capital allemand se niche de préférence dans les industries qui lui ont procuré une si grande prospérité dans sa patrie. En s'attaquant à des branches

(1) Louis Biu'NEau. — L'Allemagne en France.

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