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Vauquelin, juge au tribunal de Redon

Il faut noter, au nombre des notables choisis parmi les absents, le général Moreau que les Rennais n'avaient pas oublié. Les électeurs bretons choisissaient avec d'autant plus d'enthousiasme leur compatriote qu'il était encore à ce moment, au lendemain de Hohenlinden, le vrai rival de gloire de Bonaparte, le seul homme de guerre dont le prestige et la popularité pouvaient porter ombrage à l’autoritaire Premier Consul’. Le préfet lui écrivit une lettre des plus élogieuses dont les termes auraient beaucoup déplu à Bonaparte jaloux des succès militaires et déjà très inquiet de l'attitude frondeuse de Moreau *.

Les élections s'étaient faites au milieu du plus grand calme. Elles aboutissaient au résultat désiré par le gouvernement, puisque sur le chiffre de 96 notables nationaux pour les présents, 62, c’est-à-dire près des deux tiers, étaient des fonctionnaires publics’ ou des

1. Cf. ouvrage du lieutenant-colonel Picard, Bonaparte et Moreau, in-8e. 2. Borie à Moreau. Lettre du 21 pluviôse an X (10 février 1802). Arch. dép., 16M 55. 3. On compte, en effet, dans la liste précitée 6 conseillers généraux, 3 conseillers

citoyens tels que des conseillers généraux, conseillers d’arrondissement, maires, qui tenaient alors leurs charges du choix consulaire et décidés par conséquent à souscrire aux volontés de Bonaparte que la plupart d’entre eux jugeaient d’ailleurs en toute conscience le meilleur des guides pour le peuple français. Il semble cependant que dans certains départements les résultats n'aient pas toujours donné satisfaction complète au gouvernement, si nous en jugeons par un rapport que Chaptal adressa aux consuls durant le mois de pluviôse an X (février 1802), c’est-à-dire au moment où l'établissement laborieux de ces listes d'éligibilité qui durait depuis près d’un an, touchait enfin à son terme, et où le ministre pouvait apprécier l’ensemble des opérations :

« La correspondance des préfets, écrit-il, ne m'a que trop prouvé combien les élections avaient réveillé les passions que votre sagesse avaient calmées..…. plusieurs listes nationales sont suspectes d’avoir été préparées par des moyens répréhensibles. En regrettant que ces germes de fermentation aient été jetés dans un peuple trop disposé à les faire fructifier, le gouvernement a cependant à se féliciter de ce qu'ils n’ont pas produit tout le mal qu'on en pouvait attendre. Si quelques noms peu recommandables figurent sur les listes des divers degrés, je dois dire qu'on y a porté avec un empressement digne d'éloges tous les hommes que la patrie honore’. »

Les termes de ce rapport achèvent de nous édifier sur le libéralisme d'un gouvernement qui se qualifiait encore de républicain. Il y eut donc en quelques endroits des compétitions électorales sérieuses et les candidats officiels ne durent pas triompher sur toute la ligne. La nation n'était sans doute pas encore résignée au calme complet et à l'inertie politique qu’elle connut sous l'Empire. Mais le Premier Consul allait peu à peu lui en donner l’accoutumance. Ces quelques échecs électoraux suffisaient à inquiéter un gouvernement dont nous voyons nettement la politique : maintenir en apparence le suffrage universel, mais dans la pratique contrôler de près toutes les élections et sous prétexte de défendre cet ordre intérieur que la majorité des Français désirait avec raison maintenir, réduire toute velléité de libre suffrage et toute mamifestation de vie publique réellement indépendante. Bonaparte dut être frappé de certaines remarques présentées dans ce rapport de Chaptal. IL profita quelques mois plus tard

d'arrondissement, 5 fonctionnaires de l’ordre administratif (préfet et sous-préfets), 22 magistrats, 15 maires, 9 fonctionnaires des finances, 2 inspecteurs forestiers.

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