‹ Le Régime Consulaire en BretagneChapitre 169 sur 221 · ARRONDISSEMENTS MEMBRES A ÉLIRE | MEMBRES ÉLUS · texte numérisé non relu

ARRONDISSEMENTS MEMBRES A ÉLIRE | MEMBRES ÉLUS

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On atteint ici plus des trois quarts ; il semble que les électeurs ont eu un choix plus aisé en désignant dans leur entourage immédiat de modestes propriétaires ruraux, des notaires et aussi quelques mem-. bres du clergé populaires auprès de leurs paroissiens: c’est le cas pour dix curés ou vicaires : Berthault, curé de Montfort, Levesque, recteur de Chartres, Gohel, recteur de Gahard, Dar recteur à Tinténiac ; l'assemblée cantonale de Retiers (n° 41) sous l'influence de Lancelot, curé constitutionnel de Retiers, désigne pour le Collège départemental, l'abbé Dein, vicaire, et pour le Collège de Vitré, Gendrot, recteur de Coësmes, Juroche, vicaire à FR Le-Rous recteur de Piré, Roullé, recteur à Essé, et Lancelot lui-même.

C'est encore l'arrondissement de Montfort qui présente le plus grand nombre d'élus ; 1l ne lui manque que 20 députés, tandis que le collège de Vitré compte 91 sièges vacants. En résumé sur les 43 assemblées cantonales, il n’y en a que six pour avoir une représentation complète dans les deux collèges : Fougères (n° 2), Bécherel (n° 7), Montauban (n° 8), Fougeray (n° 13), ee sud-ouest (n° sn) Saint-Malo (n° 32).

Après celle — des assemblées cantonales en l’an XI, il n'y en eut plus d'autre avant 1810, et durant l'Empire le collège ne fut pas encore au complet. D'ailleurs nous ne voyons pas que les représentants du gouvernement aient fait de grands efforts pour lutter contre l'apathie de certains cantons: les grandes passions de l’époque précédente étaient bien calmées ; le maître de la France ne tenait pas à les voir renaître : ses serviteurs, préfets et sous-préfets, avaient comme lui la défiance des corps électoraux, et bientôt Bonnaire, successeur de Mounier, écrira après les élections de 1810: « En dernière analyse les choix du collège électoral sont bons, mais on à dù apprendre qu'il y aura encore longtemps ici des inconvémients dans les assemblées politiques, quoiqu'elles ne soient pas admises à délibérer ‘. »

Si nous cessons de considérer le nombre des représentants dans les collèges électoraux pour envisager la composition même du Corps électoral, la situation de l’an XII est sensiblement différente de celle de 1810. Au moment où le préfet Mounier fit dresser pour la première fois la liste des six cents plus imposés du département, beaucoup de grands propriétaires du pays crurent que le gouvernement préparait un nouvel impôt sur les familles les plus riches, et ils ne

1. Arch. nat., FlCrrr. Ille-et-Vilaine 4. Bonnaire au ministre de l'Intérieur, 10 février 1811.

déclarèrent qu'une partie de leurs revenus ou tout au moins ne voulurent faire aucune démarche pour attirer les suffrages des électeurs ; ils étaient encore pour la plupart dominés par l'esprit d'opposition aux institutions de la France nouvelle. Aussi sur les 188 membres du Collège départemental compte-t-on 91 fonctionnaires, c’est-à-dire environ 50 pour 100, sous-préfets, maires, conseillers généraux, conseillers d'arrondissement, qui tous tiennent leurs mandats du pouvoir central; l'ordre judiciaire, avocats, juges des tribunaux, commissaires du gouvernement, est particulièrement représenté avec 32 membres, soit environ un sixième du total (sans compter les juges de paix encore élus). Nous avons déjà constaté que quelques grands propriétaires nobles avaient été élus dans les arrondissements de Redon, Rennes et Vitré, mais il est évident que les choix des citoyens formant les assemblées cantonales s’étaient portés de préférence sur les administrateurs de tout ordre qui avaient Joué un rôle dans la période révolutionnaire.

Au contraire quand le consul Bonaparte fut devenu l’empereur Napoléon qui se montrait plein de prévenances pour les représentants de l’ancienne aristocratie, les propriétaires nobles d'Ille-et- Vilaine, anciens émigrés ou chefs de chouans ralliés, recherchèrent le titre d'électeur lors de la seconde convocation des assemblées cantonales en 1810 ; ils n’eurent pas de peine à se faire désigner par les cantons où étaient situées leurs propriétés, et l'ensemble du collège électoral se trouva sensiblement modifié. La vie politique du département n'en devint pas plus intense ; d’ailleurs elle n'existait déjà plus guère au début même de l'Empire quand le collège électoral se réunit le 1° floréal an XIIT (21 avril 1805) dans la grande salle du Palais de Justice de Rennes pour désigner 2 candidats au Corps législatif, 2 au Sénat et 16 au Conseil général. Le président Gandon, juge à la Cour de cassation, résume bien la situation dans son discours d'ouverture de la session. « Ce ne sont plus ces élections orageuses où chaque parti se disputait violemment le dangereux honneur d'aller attaquer ou défendre une autorité toujours incertaine. Aujourd'hui qu'il existe un gouvernement fort et par son institution même et par ses bienfaits, et par le génie du héros à qui la ration en a confié le dépôt héréditaire, tous les partis se confondent dans l'unité de sentiment et d'intérêt avec le chef auguste de ce pouvoir". »

Quelles devaient être la force de ce sentiment et la solidité de la fameuse fusion exaltées par l’orateur officiel de” 1805, Napoléon

5. Arch. nat., FC nr. Ille-et-Vilaine 3. Procès-versaux des Collèges électoraux, an XIIT.

devait en faire aux jours sombres de 1814 la bien triste‘expérience Ses préfets pouvaient couler des jours heureux, sans la troublante perspective d'élections difficiles ; le corps électoral ne se réunissait que rarement et ne songeait guère à gêner l'autorité des chefs du département. Le pouvoir central prenait les dispositions nécessaires pour rehausser le prestige du préfet comme le prouve la circulaire du ministre de l'Intérieur, 30 messidor an X (19 juillet 1802)°. Un corps de garde est établi à l’entrée de la préfecture et le détachement militaire est commandé par un sous-officier. Quand le préfet est en tournée, à son entrée dans toute ville de garnison, les corps de garde prennent et portent les armes, les tambours prêts à battre. Dans toute cérémonie publique 1l occupe la première place; une garde d'honneur de 30 hommes sous les ordres d’un officier l’accompagne depuis la préfecture jusqu'au lieu de la cérémonie et le reconduit ensuite. Toujours entouré de l'appareil militaire le préfet rappelle de plus en plus l’intendant tout puissant de l’ancienne administration royale. Tout dépend de lui. On lui demande de régler la question religieuse, d'achever la pacification du pays en surveillant les émigrés, et de mettre en pratique la nouvelle loi relative à l’instruction publique. Nous allons étudier l’œuvre de Mounier dans les diverses parties de son administration.

1. Arch. dép., 16 M2. Ces honneurs à rendre au préfet furent confirmés plus tard par le décret impérial du 24 messidor an XII. Bulletin des Lois, IV. B. 10.

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